Le CHAUR de Trois-Rivières accueille des patients de Montréal pour soulager la pression sur les hôpitaux de la métropole.
Le CHAUR de Trois-Rivières accueille des patients de Montréal pour soulager la pression sur les hôpitaux de la métropole.

Des patients de Montréal transférés à Trois-Rivières: «En bout de ligne, c’est toujours notre personnel qui paie»

Paule Vermot-Desroches
Paule Vermot-Desroches
Le Nouvelliste
Trois-Rivières — Depuis mardi, le Centre hospitalier affilié universitaire régional (CHAUR) a reçu trois patients atteints de COVID-19 provenant de l’extérieur de la région afin de soulager les centres hospitaliers pour qui la pression est actuellement très forte. Ce système de coordination des lits de soins intensifs à travers la province mis en place depuis le début de la pandémie amène le syndicat des infirmières à se questionner sur la pression supplémentaire qui pourrait incomber au personnel en place.

Mardi, deux patients des hôpitaux de Joliette et Santa-Cabrini, dans l’est de l’île de Montréal, ont été transférés aux soins intensifs du CHAUR. Un troisième patient, cette fois de l’hôpital Anna-Laberge en Montérégie, a été transféré mercredi, pour être hospitalisé dans une unité hors des soins intensifs.

Selon Kellie Forand, porte-parole du CIUSSS Mauricie et Centre-du-Québec, quelques transferts provenant de l’extérieur de la région sont survenus depuis le début de la pandémie, mais en nombre très limité. «Le Ministère de la Santé et des Services sociaux a donné un mandat, au début de la pandémie, au COOLSI (coordination des lits de soins intensifs) pour la gestion des lits en centre hospitalier pour les cas de COVID positifs en fonction de l’occupation des lits dans chaque région. Ce système est donc déjà en place depuis le début de la pandémie pour gérer de façon provinciale les besoins en hospitalisations liés à la COVID-19», précise-t-elle, ajoutant que toutes les mesures sont mises en place pour protéger la santé des ambulanciers chargés de faire le transfert.

La ministre de la Santé, Danielle McCann, a d’ailleurs commenté la situation en point de presse quotidien, mercredi après-midi. «La situation à Montréal est très différente du reste du Québec. Ce qu’on fait ce n’est pas nouveau. On a ajouté Trois-Rivières dernièrement, on a transféré des patients pour diminuer la pression sur l’île de Montréal. Au-delà des patients COVID-19, il y a quand même une pression parce que les autres activités reprennent aussi à Montréal, comme ailleurs, mais à Montréal il y a davantage de pression», fait savoir la ministre.

À la Fédération interprofessionnelle de la santé (FIQ), la présidente Nathalie Perron indique ne pas avoir été informée de ce type de transferts, et s’inquiète de savoir que ces patients supplémentaires pourraient mettre davantage de pression sur le personnel en place.

«Déjà, nous avons des équipes volantes qui doivent se rendre dans les CHSLD où nous avons eu des éclosions. On a aussi connu des éclosions au CHAUR qui ont nécessité l’isolement de membres du personnel. On manque déjà de monde, on parle d’instaurer des 12 heures obligatoires, les congés sont refusés, on parle de devoir annuler des vacances. En bout de ligne, c’est toujours notre personnel qui paie», mentionne-t-elle.

Mme Perron se dit d’autant surprise de constater qu’au nombre d’hôpitaux présents dans la grande région de Montréal, aucun ne soit en mesure d’assumer les débordements des autres. «Avec le déconfinement progressif et le retour à l’école primaire, est-ce qu’on va voir le nombre de cas augmenter dans notre région? Je ne sais pas, mais il faut y penser», ajoute-t-elle, précisant qu’il ne faut pas nécessairement compter le nombre de lits disponibles, mais également la capacité du personnel en place à répondre à la demande.

À l’heure actuelle au CHAUR, 5 des 16 lits disponibles aux soins intensifs COVID sont occupés par des patients infectés. Sur les unités hors des soins intensifs mais consacrées aux patients infectés à la COVID, 59 patients sont hospitalisés.

Appelé à commenter ces transferts en sol trifluvien, le maire de Trois-Rivières Jean Lamarche a indiqué avoir questionné la Santé publique mercredi matin à ce sujet, après avoir pris connaissance de l’information dans le journal montréalais The Gazette. «Je voulais aussi m’assurer qu’on puisse répondre aux préoccupations des citoyens par rapport à ces transferts. Les réponses quant aux mesures mises en place ont été satisfaisantes, mais je vais certainement continuer de suivre ça de très près», mentionne Jean Lamarche.

ENPQ

Pendant ce temps, les transferts de patients atteints de COVID-19 vers l’École nationale de police du Québec à Nicolet se poursuivent dans ce centre ouvert depuis déjà deux semaines. À ce jour, 30 patients atteints du coronavirus et incapables de respecter les mesures de confinement, souvent en raison de troubles cognitifs, ont été transférés des résidences pour personnes âgées de la région à ce centre d’hébergement temporaire.

Pour la mairesse de Nicolet, Geneviève Dubois, l’inquiétude manifestée par certains résidents au tout début s’est rapidement dissipée. «Ce n’est plus quelque chose dont on me parle. On voit que le lieu est hyper sécurisé car on n’a pas conscience qu’il y ait une activité différente sur le site. En même temps, les transferts se font à coup de deux ou trois personnes par jour alors ce n’est pas marquant. On continue de faire confiance aux mesures», explique la mairesse.