Les ingénieurs Jean-Philippe Bisson et Gabriel Péloquin fabriquent leurs pâtes de grillons à Sainte-Geneviève-de-Batiscan.

Des pâtes aux grillons [vidéo]

SAINTE-GENEVIÈVE-DE-BATISCAN — Une portion de cet aliment contient 44 % de l’apport quotidien en vitamine B12. Elle contient aussi des oméga 3, de même que tous les acides aminés que l’on retrouve dans la protéine animale. Son goût est neutre et la saveur des sauces dont on va le napper ne s’en trouve donc pas altérée. Le super aliment en question est aussi beaucoup plus soutenant que de simples pâtes alimentaires. Il en faut beaucoup moins pour être rassasié. La cerise sur le gâteau, c’est que ça se cuit en à peine 2 petites minutes dans l’eau bouillante.

Tout cela, il faut probablement se le faire expliquer ou bien se le rappeler avant d’en manger pour la première fois, question de faire passer la «pilule», parce qu’on parle bien ici de pâtes alimentaires faites de farine de... grillons. Eh oui, le célèbre Jiminy Cricket vient de changer de vocation.

Jean-Philippe Bisson et son collègue Gabriel Péloquin, cocréateurs de ces pâtes alimentaires uniques au Canada, nous tendent quelques brins de spaghetti fabriqués le matin même et prêts à être empaquetés dans une boîte sous le nom commercial de Mélio.

À première vue, la couleur évoque les pâtes de blé entier. Il faut maintenant l’avaler. Puisque le brin n’est pas cuit, il faut le croquer comme il le faut pour en apprécier la saveur. «Il y a deux réactions», indique Gabriel Péloquin.

«La première, c’est : Wow! J’ai lu sur les insectes. J’ai toujours voulu essayer. Je veux savoir ce que ça goûte. Et la deuxième c’est: Je ne pense pas que je suis encore prêt», résume-t-il.

Le goût neutre des pâtes de grillons permet de ne pas altérer la saveur des sauces dont on les nappera.

Prêts, pas prêts, ne reculant devant rien pour informer nos fidèles lecteurs, le photographe du Nouvelliste, François Gervais et moi même amorçons la dégustation. Assez rapidement, nous sommes d’accord pour dire que le goût avant cuisson rappelle certaines marques de biscuits secs. «Saviez-vous que les pâtes de grillons sont riches en fer et en calcium?», signalent au passage nos hôtes, comme pour nous encourager à bien y goûter.

Les grillons qui ont servi à faire ce spaghetti hors du commun proviennent de l’élevage ontarien Entomo Farms dont les produits sont destinés à la consommation humaine. Ils y sont séchés et réduits en farine avant d’arriver à l’usine de Mélio, à Sainte-Geneviève-de-Batiscan, en Mauricie.

Les créateurs des pâtes Mélio sont deux ingénieurs issus de l’École Polytechnique de Montréal, un en géologie, l’autre en aérospatiale. Jean-Philippe Bisson et Gabriel Péloquin sont avant tout des citoyens extrêmement préoccupés par l’avenir des écosystèmes.

Durant leurs études, ils se sont souvent demandé comment faire leur part pour combattre les changements climatiques et sauver la planète. Un paquet de projets avaient alors émergé de leurs tempêtes d’idées dont un lave-linge qui aurait une vie utile de 100 ans et l’espérance de voir disparaître l’obsolescence programmée des appareils électriques et électroniques. «Il faut changer de modèle d’affaires», martèlent-ils, pour ménager les ressources de la planète.

Il semble qu’il faudra aussi altérer nos goûts et nos perceptions. C’est en lisant un documentaire publié par les Nations Unies, en 2006, que les deux jeunes hommes ont découvert leur projet coup de cœur. On peut y lire, en effet, que l’élevage du grillon émet 100 fois moins de gaz à effet de serre que la production du bétail. Il faut 2000 fois moins d’eau pour élever ces insectes comestibles et beaucoup moins de nourriture pour assurer leur croissance.

«Je veux personnellement pouvoir m’être dit que j’ai vraiment fait tout ce qui était possible pour lutter contre les changements climatiques», indique Gabriel Péloquin. Et s’il peut sembler curieux que le génie aéronautique mène à la cuisine, c’est parce qu’il fallait, sans jeu de mots, du génie pour faire passer le grillon au stade de plat gourmet. «Les compétences qu’on a acquises nous servent», assure Jean-Philippe Bisson, bien déterminer à créer tout un éventail de produits Mélio.

«Les chefs cuisiniers s’y intéressent», ajoutent-ils en précisant que le récent partenariat avec la chaîne Métro vient donner un bon coup de pouce à leurs ambitions.