L’équipe de la Chaire IMMA a été formée à l’automne dernier et œuvre en laboratoire depuis le mois de février. Sur la photo: Pierre Bernard, directeur adjoint au département de chimie, biochimie et physique de l’UQTR, Daniel McMahon, recteur de l’UQTR et Isabel Desgagné-Penix, professeure à l’UQTR et dirigeante de la Chaire IMMA.

Des microalgues pour imiter les propriétés du cannabis

TROIS-RIVIÈRES — Plus de deux millions de dollars ont été investis à l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR) pour l’implantation de la Chaire de recherche sur l’ingénierie métabolique des microalgues (IMMA).

Ce laboratoire œuvrera principalement dans la modification génétique des microalgues pour leur permettre de produire des cannabinoïdes, une molécule présente dans le cannabis qui peut avoir des propriétés médicinales chez l’humain.

Ainsi, des gènes de cannabis seront synthétisés et envoyés à la chaire de recherche de sorte qu’elle les greffera à des microalgues sauvages pour que ces dernières produisent elles-mêmes les protéines à l’origine des cannabinoïdes.

«Le processus par lequel passent les microalgues est composé d’une douzaine d’étapes. En gros, nous créerons des gènes légèrement modifiés possédant des propriétés semblables à ceux présents dans le cannabis pour ensuite les insérer, comme des blocs Lego, à l’intérieur des microalgues», explique la professeure à l’UQTR et dirigeante de la Chaire IMMA, Isabel Desgagné-Penix.

En d’autres mots, il est possible qu’au cours des prochaines années, les travaux de la Chaire IMMA permettent à des compagnies de commercialiser des médicaments faits à base de microalgues qui contiendront un taux très précis de cannabinoïdes pour traiter différents problèmes de santé.

Il est à noter que les travaux se concentreront d’abord sur la production des molécules de cannabidiol (CBD) et de tétrahydrocannabidiol (THC).

Un domaine très peu développé

La nouvelle est vue d’un très bon œil par tous ceux qui sont derrière le projet étant donné que le laboratoire sera l’un des premiers à traiter des microalgues de la sorte.

«En ce moment, plusieurs chaires de recherche utilisent les microalgues pour la production de biocarburants ou de produits comestibles, mais très peu se spécialisent dans la modification de leurs gènes afin de produire des médicaments. Une découverte réalisée ici pourrait donc grandement influencer le domaine pharmaceutique mondial puisque nous serons parmi les premiers à exploiter ce domaine», fait savoir Mme Desgagné-Penix.

Opportunité en or pour les étudiants

L’équipe derrière l’implantation de la Chaire IMMA se dit persuadée qu’un tel laboratoire ne manquera pas d’attirer un grand nombre d’étudiants souhaitant bénéficier de plusieurs avantages.

«Non seulement les étudiants pourront prendre part à un stage au sein d’un projet de recherche reflétant très exactement la réalité extérieure, mais ils auront également la chance de recevoir une paie pour le travail qu’ils effectueront dans les laboratoires. De plus, ils seront supervisés par toute une famille de gens capables d’amener leurs connaissances en la matière à un tout autre niveau», mentionne la dirigeante de la chaire.

La direction de l’université, pour sa part, assure être à fond derrière ce projet qui, selon elle, saura faire rayonner l’UQTR à l’échelle mondiale en raison de son côté novateur.

«La Chaire IMMA représente pour nous la nouveauté. La découverte d’applications pratiques nous permettant de réaliser des extractions à partir des microalgues rejoint complètement les tendances mondiales. Nous serons innovateurs dans ce créneau qui est encore loin d’avoir été exploité à son plein potentiel. À partir du moment où on travaille sur des pointes d’excellence en recherche, des étudiants gradués veulent s’associer à nous pour contribuer aux découvertes effectuées», ajoute le recteur de l’UQTR, Daniel McMahon.

Des partenaires financiers importants

Des deux millions de dollars investis, 963 006 $ proviennent de la compagnie Algae-C, spécialisée dans le développement de plateformes pour la croissance des algues. Il s’agit du partenaire financier principal de l’université. Tous les produits de la chaire de recherche seront envoyés à cette entreprise qui choisira ensuite de quelle façon elle souhaite les exploiter. L’équipe de l’UQTR se dit d’ailleurs très heureuse de la qualité de cette collaboration.

«Ma collaboration avec le président de la compagnie est fantastique. Nous nous tenons au courant des différents avancements de nos équipes chaque semaine. En ce moment, leur équipe s’affaire à compléter la deuxième phase de financement du projet dans le but de commercialiser nos produits à grande échelle et de varier les espèces de microalgues avec lesquelles nous pourrons travailler. Notre partenariat a explosé depuis quelques années», ajoute la professeure Desgagné-Penix.

Outre Algae-C, l’organisme Mitacs ainsi que le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada (CRSNG) ont investi chacun plus de 500 000 $ dans l’IMMA. Mitacs versera ce montant en subventions Accélération, alors que le CRSNG, quant à lui, fournira une subvention de recherche et développement créative. C’est donc de tous ces organismes que proviendront les deux millions de dollars investis dans cette chaire de recherche.