Deux brigadiers scolaires ont été grièvement blessés en moins de dix mois à Trois-Rivières.

Des mauvais souvenirs pour Denise Bolduc

TROIS-RIVIÈRES — Le 30 janvier prochain, cela fera un an que Denise Bolduc a été happée par un véhicule à l’intersection du boulevard Sainte-Madeleine et de la rue Saint-Maurice, dans le secteur Cap-de-la-Madeleine. Brigadière scolaire, elle venait de faire traverser une petite fille lorsque sa vie a basculé. Quand elle a appris qu’un collègue a subi le même sort, vendredi dernier, un flot de mauvais souvenirs ont refait surface.

«Je n’aime pas ça. Je ne me sens pas bien avec ça. C’est épouvantable. En apprenant ça, tu te revois à l’hôpital, tu revois par où tu es passée, tu ne peux pas faire autrement. Ça te refait vivre tout ça», souligne la dame de 70 ans.

Elle ne connaît pas le brigadier, mais elle est de tout cœur avec lui. «Même si je ne le connais pas, c’est le même métier. Je suis passée par là. Il doit être dans un état épouvantable», déplore-t-elle. «J’y pense sans arrêt, et je lui souhaite assez qu’il n’ait pas trop de séquelles, parce que veut, veut pas, dans des gros accidents comme ça, t’as des séquelles.»

L’accident de vendredi est survenu à la fin des classes, sur la rue Notre-Dame Ouest, devant l’école Notre-Dame-du-Rosaire. Le brigadier de 68 ans a subi des blessures très importantes qui ont nécessité son transfert dans un centre hospitalier de Montréal. La conductrice a dit avoir été aveuglée par le soleil. La même cause que l’accident de Mme Bolduc.

Presque un an après son accident, la vie n’est d’ailleurs plus la même pour la septuagénaire. «Je ne me sens pas capable de retourner au travail, toutes mes affaires sont au ralenti, et j’ai de la douleur. Je trouve que c’est beaucoup. Ça change une vie.»

Lors de l’accident, elle a eu les deux jambes et une épaule fracturées. Elle a été hospitalisée trois semaines à l’hôpital de Trois-Rivières et trois mois chez Interval. Elle a été confinée à son lit pendant plusieurs semaines. Un choc pour cette femme active. Elle est toujours en réadaptation. Elle doit utiliser une canne pour ses déplacements dans certaines circonstances, par exemple, pour monter ou descendre un escalier ou si les trottoirs sont glacés. «Dans la maison, je marche sans canne. C’est sûr que je ne marche pas vite et je ne suis pas solide comme avant. Il semble que ça ne reviendra pas complètement comme avant. Dans l’escalier, j’ai besoin d’une rampe et de ma canne pour monter et descendre. Dehors, je la prends. Quand c’est bien glacé, je ne sors pas. Je fais mes commissions, je fais mes affaires, mais ça prend beaucoup plus de temps. L’accident a eu un gros impact pour moi. J’ai de la douleur.»

Durant tous ces mois de réadaptation, elle a bataillé fort pour avoir le moins de séquelles possible. «Il y a eu beaucoup d’améliorations. J’apprécie l’amélioration, mais j’aime moins que je ne reviendrai pas comme avant.»

Elle a débuté comme brigadière en 2008. Un métier qu’elle adorait mais qu’elle ne peut malheureusement plus pratiquer. En raison de ses limitations physiques, mais aussi à cause de l’impact psychologique de l’accident.

«Je ne serais pas capable. Je ne suis pas assez solide et je ne suis pas assez vite, et moralement, j’aurais peur pour les enfants. Pour moi aussi probablement. On devient plus craintif.»

Elle déplore que son travail de brigadière se soit ainsi interrompu si abruptement. «J’aimais mon travail. Être avec les enfants, c’est plaisant. Ça donne un petit but dans la vie. Ça occupe et après ça donne plus d’énergie pour faire le reste. Mais je ne me sens pas capable d’y retourner. Je serais inquiète. Beaucoup inquiète. Si j’étais solide comme avant, peut-être que ce serait moins pire. Mais ce n’est pas le cas.»

Deux semaines après son accident, elle avait accordé une entrevue au Nouvelliste dans laquelle elle avait lancé un cri du cœur. «Ça pourrait arriver à un de vos enfants, s’il vous plaît pensez-y», avait-elle lancé. Dix mois plus tard, avec un deuxième grave accident impliquant un brigadier, force est de constater qu’il est nécessaire de réitérer le message. Elle espère que les automobilistes vont être moins pressés et moins distraits. «Il faut qu’ils soient plus aux aguets, plus patients et plus respectueux des règles. Les enfants, c’est moins vite. Les plus petits avant de traverser la rue, ce n’est pas si vite que ça. La lumière change et ils ne sont pas tout le temps rendus sur le trottoir. Nous autres, il faut rester dans le milieu de la rue pareil. Du moment qu’on est dans la rue, ils [les automobilistes] ne devraient pas passer. D’aucune façon. C’est leurs enfants, ce sont nos enfants.»