Au Québec, plus de 26 000 patients seront privés de l’un de ces deux médicaments qui jouent un rôle de stabilisateur dans le traitement des maladies chroniques telle que la polyarthrite rhumatoïde, soit le Plaquenil ou le Aralen.
Au Québec, plus de 26 000 patients seront privés de l’un de ces deux médicaments qui jouent un rôle de stabilisateur dans le traitement des maladies chroniques telle que la polyarthrite rhumatoïde, soit le Plaquenil ou le Aralen.

Des malades chroniques privés de leur médicament

Florence souffre de polyarthrite rhumatoïde depuis 2013. À 32 ans aujourd’hui, sa maladie est enfin contrôlée et stabilisée depuis quelques années, et elle a pu reprendre une vie active. Elle travaille aujourd’hui à temps plein, elle a de jeunes enfants. Mais avant d’en arriver là, elle a énormément souffert. Il lui a fallu six années d’essais de différents médicaments avant de trouver « la bonne recette médicamenteuse » pour que la douleur se calme enfin.

« La polyarthrite rhumatoïde est une maladie qui cause beaucoup de douleur et qui devient très invalidante quand elle n’est pas contrôlée. Je crains beaucoup une récidive de la maladie, avec tout ce que cela implique : douleur aiguë, dommages irréversibles aux articulations, arrêt de travail, etc. », soutient-elle.

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Or elle a appris cette semaine qu’elle serait privée temporairement d’hydroxychloroquine (Plaquenil), un des médicaments utilisés dans sa lutte contre cette douloureuse maladie chronique qui s’attaque aux articulations. Et elle est drôlement inquiète.

En effet, les patients souffrant d’une trentaine de maladies chroniques qui utilisaient des comprimés d’hydroxychloroquine (Plaquenil) et de chloroquine (Aralen) devront s’en passer pour les prochaines semaines — la pénurie devrait durer de quatre à six semaines tout au plus, espère-t-on du côté des organisations sanitaires.

Ces deux médicaments sont actuellement utilisés dans une grande étude clinique canadienne dans le but de trouver un traitement qui diminuerait les complications liées à la COVID-19. Des essais cliniques ont aussi lieu ailleurs dans le monde, ce qui explique que ces médicaments soient tout à coup extrêmement prisés et difficiles à obtenir.

Ainsi, devant la crainte d’une rupture d’inventaire de ces deux médicaments largement utilisés, l’INESSS (Institut national d’excellence en santé et services sociaux) a élaboré un plan afin de protéger les patients les plus vulnérables pour qui il n’existe pas de solution alternative.

Ainsi, seuls les patients dont la vie est en jeu recevront des comprimés d’hydroxychloroquine ou de chloroquine pendant la période de pénurie, c’est-à-dire les patients souffrant de lupus érythémateux disséminé (ou des maladies apparentées), les femmes enceintes recevant déjà ces médicaments ou les enfants avec arthrite recevant déjà ce médicament.

Au Québec, plus de 26 000 patients seront privés de l’un de ces deux médicaments qui jouent un rôle de stabilisateur dans le traitement des maladies chroniques tel que la polyarthrite rhumatoïde.

Or il n’y a pas lieu de s’inquiéter d’un arrêt temporaire du Plaquenil ou de l’Aralen dans la plupart des maladies chroniques, mentionne le Dr Gilles Boire, rhumatologue au CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

Depuis le début de la semaine, le service de rhumatologie du CIUSSS de l’Estrie-CHUS est débordé d’appels de patients anxieux ou en colère après avoir appris qu’ils ne pourraient pas recevoir de renouvellement de leur médicament.

« Pour une maladie comme l’arthrite rhumatoïde, il faut savoir que ce n’est pas le médicament le plus important dans le traitement. Les autres médicaments, comme le méthotrexate ou des médicaments biologiques, sont beaucoup plus importants. L’hydroxychloroquine et la chloroquine ont surtout un effet stabilisateur pour éviter les fluctuations de la maladie », explique le Dr Boire.

« Ensuite, il faut savoir que c’est un médicament qui reste plusieurs semaines dans le sang. Même si on arrête de le prendre, l’effet continuera de se faire sentir des semaines, voire des mois avant qu’il soit complètement éliminé », ajoute-t-il.

« Et finalement, on nous promet que ce sera une rupture d’inventaire temporaire, de quatre à six semaines, ce qui ne devrait pas causer de problèmes à la majorité des patients », conclut-il.

Ainsi, les patients qui vont bien actuellement n’ont pas besoin de contacter le médecin qui leur a prescrit ce médicament, qu’il s’agisse d’un rhumatologue, d’un dermatologue ou d’un interniste par exemple.

« Nous restons accessibles pour les patients qui noteraient une rechute de leur état, par des consultations téléphoniques notamment. Si jamais la pénurie d’hydroxychloroquine et de chloroquine devait durer plus que six semaines, il pourrait y avoir lieu d’ajuster les autres médicaments du traitement. Mais pour l’instant, les patients qui vont bien n’ont pas à s’inquiéter », assure le rhumatologue du CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

Florence craint quand même les effets de ce changement sur son état de santé. « Mon état est stable depuis octobre 2019, pour la première fois depuis 2013! J’avais pu commencer à me sevrer de la cortisone, un pas à la fois, tranquillement. Et là je dois mettre ça sur la glace pour commencer le sevrage du Plaquenil. Depuis le début de la crise de la COVID-19 que le gouvernement nous prépare à ce qui s’en vient, aux différentes étapes. Mais dans ce cas-ci, les patients l’ont appris en se présentant à la pharmacie pour aller chercheur leur renouvellement. C’est dommage », clame-t-elle.