Les entrepreneurs en construction redoublent d’efforts pour diminuer les retards des travaux causés par la pandémie de COVID-19.
Les entrepreneurs en construction redoublent d’efforts pour diminuer les retards des travaux causés par la pandémie de COVID-19.

Des maisons livrées plus tard

TROIS-RIVIÈRES — Les effets de la pandémie de COVID-19 se font toujours sentir dans l’industrie de la construction résidentielle. Les entrepreneurs font des pieds et des mains pour rattraper le temps perdu par la suspension des chantiers au printemps, mais le milieu se rend à l’évidence: la situation est difficile à renverser, si bien que des gens qui devaient emménager le 1er juillet dans leur nouvelle résidence doivent trouver des solutions temporaires pour se mettre un toit au-dessus de leur tête.

Maxime Rodrigue, directeur de l’Association des professionnels de la construction et de l’habitation du Québec en Mauricie et Lanaudière, affirme ne pas avoir entendu d’histoires d’horreur concernant des clients abandonnés par leur entreprise de construction. Mais le pouls du milieu confirme le retard dans la livraison de résidences.

«Les entrepreneurs sont en retard à cause de la COVID-19, car il y a eu un arrêt des chantiers. Avec la relance, ils ont maintenant de la difficulté d’approvisionnement et de sous-traitance.»

Cette appréciation de la situation est confirmée par William Beaulieu, de l’entreprise Constructions Marc Beaulieu et fils de Saint-Étienne-des-Grès.

«Le retard, c’est trois semaines. C’est difficile pour tout le monde. On attend les commandes pour les armoires, les comptoirs de quartz, le bois franc. On essaie de livrer le plus rapidement possible.»

Même constat du côté des Habitations Paris et frères de Trois-Rivières. La difficulté d’avoir accès à des armoires, des poutrelles et des produits de boiserie intérieure comme des portes et des moulures amplifie le retard qui est de trois à quatre semaines dans la livraison des résidences.

«Les livraisons pour le 1er juillet, surtout pour les gens qui arrivent dans nos immeubles à logements, on livre, mais c’est un rush de dernière minute, de très dernière minute. Les immeubles seront encore en construction et des travaux ne seront pas terminés. Pour les maisons, notre plus gros défi est d’être capables d’avoir ces fournitures. On met de la pression sur les employés, sur les fournisseurs. On est dans un goulot et ça passe serré», image David Paris, copropriétaire de la compagnie.

Ces retards influencent l’entrée des propriétaires dans leur maison. Les gens qui vivent dans un logement doivent logiquement le quitter mercredi. Tout le monde doit trouver une solution de rechange en attendant que la maison soit complétée.

«On essaie de terminer le garage pour que les gens puissent ranger leurs trucs en attendant. Des fois, on va faire des retouches de peinture après le déménagement. Mais les gens sont compréhensifs», témoigne M. Beaulieu.

«Les gens comprennent la situation, renchérit M. Paris. On a des clients qui peuvent étirer leur date. Par exemple, des gens passent l’été en terrain de camping. D’autres clients, pour qui c’est la première maison, vont rester chez leurs parents plus longtemps. Mais pour d’autres, c’est plus compliqué. Il y a le programme du gouvernement pour des chambres d’hôtel et de l’entreposage. Nous avons des unités de logement en location, on leur loue au prix du marché pour un mois ou deux. On accompagne le client. On ne veut pas le laisser en plan. On sort le plan B et le système D!»

Il est fort possible que des gens emménagent dans leur nouvelle maison, alors que des travaux de finition devront être exécutés par la suite. D’autres pourront déposer leurs biens dans des entrepôts prêtés par des entreprises en construction.

«Les gens s’arrangent: ils vont vivre dans leur famille ou ont pu étirer le loyer d’un mois parce qu’ils ont su d’avance qu’il y aurait un retard. Les entrepreneurs sont transparents avec leurs clients. Ce n’est pas habituel de livrer en retard. C’est un casse-tête», reconnaît Maxime Rodrigue.

Devant une situation sur laquelle personne n’a de contrôle, les entrepreneurs et les clients doivent collaborer pour trouver des solutions, ce qui semble le cas, selon M. Rodrigue.

«T’as pas le choix! Ça crée des inconvénients à tout le monde. Les gens comprennent.»

D’après un sondage mené en juin par la Commission de la construction du Québec, 39 % des entrepreneurs pensent qu’il leur sera impossible de rattraper le retard imposé par la fermeture des chantiers durant le pic de la crise du coronavirus, rapporte vendredi La Presse canadienne. Quelque 40 % des entrepreneurs estiment qu’il leur sera possible de combler le retard, alors que 21 % ne le savent pas.

Le sondage a été tenu auprès de 1085 entrepreneurs et de 2234 alariés. L’étude a été réalisée du 1er au 15 juin.

Nombre d’unités d’habitation mises en chantier de janvier à mai

  • Région métropolitaine de recensement de Trois-Rivières: 224 en 2020, 204 en 2019
  • Agglomération de Shawinigan: 50 en 2020, 22 en 2019

Source: les données fournies par l’APCHQ Mauricie-Lanaudière proviennent de la Société canadienne d’hypothèques et de logement

Un agenda à modifier pour les déménageurs

Le retard causé par la COVID-19 sur l’allure des chantiers de construction chamboule également l’horaire de déménageurs de la région.

«Des gens n’ont pas eu leur maison. Ça fait plusieurs changements. J’ai eu 200 de mes clients qui ont téléphoné pour savoir si on était un service essentiel (au début de la pandémie). Dans les semaines qui ont suivi, des clients ont appelé pour dire qu’ils ne pouvaient pas déménager. Le premier mois (de la pandémie) a été fou», raconte Isabelle Milord, présidente de la compagnie de déménagements Bel-Mar Express, dont le siège social est à Notre-Dame-du-Mont-Carmel.

Ces nombreux appels faisaient aussi référence à des cas de déménagement dans des résidences pour personnes âgées. Des gens qui quittaient leur demeure pour emménager dans une résidence ont eu recours aux services des compagnies de déménagement. Mais ces dernières devaient s’ajuster à de nouvelles contraintes dans leur travail, en plus des règles de désinfection des camions, du port du masque et de gants et de la mise en quarantaine des couvertures après chaque déménagement.

«Dans les résidences, on ne peut pas utiliser les ascenseurs et on ne peut pas être plus que deux employés. Si une personne déménage au quatrième étage, on ne peut pas prendre l’ascenseur. Tu marches beaucoup plus. Ça épuise les déménageurs. Ça prend quasiment le double du temps et les règles sont encore comme ça, mais certaines résidences donnent maintenant accès à leur ascenseur», indique Mme Milord, en précisant que les règles sanitaires ne bousculent pas tant les habitudes de travail des déménageurs, sauf le port du masque durant les journées chaudes. Cette consigne est d’ailleurs mise de côté à ces occasions et tout le monde respecte la règle des deux mètres d’espacement, assure-t-elle.

Cette compagnie a l’habitude de travailler du lundi au samedi. Le dimanche n’est plus une journée de repos depuis un bon moment afin d’arriver à répondre à la demande. Mais selon Mme Milord, le 1er juillet ne sera pas une journée complètement folle.

«Le pire est passé. La crise de la COVID est passée dans la tête des gens. C’est moins catastrophique. Le 1er juillet est la plus grosse journée, mais on n’a jamais arrêté de travailler.»

L’entreprise a augmenté ses tarifs entre 5 $ et 10 $ l’heure. Selon Mme Milord, cette hausse a servi à bonifier le salaire des employés qui ont demandé d’être mieux payés en raison de la COVID-19.

Conseils du CIUSSS

Le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Mauricie et du Centre-du-Québec vient de publier un document comprenant différentes mesures à suivre pour effectuer un déménagement en toute sécurité en cette période de COVID-19. Le CIUSSS indique notamment que le nombre de personnes prenant part à un déménagement devrait être limité à deux ou trois. Une discussion avec l’ancien locataire sera utile afin de déterminer la prise de possession des lieux, question d’éviter de le croiser. Il faut aussi vérifier auprès de la compagnie de déménagement ou de location de camions si le véhicule a été désinfecté.

La distanciation physique de deux mètres et le lavage des mains demeurent essentiels pour éviter la propagation du virus.

Lorsque l’arrivée dans le nouveau logement est chose faite, il est recommandé de nettoyer les pièces et les surfaces et de les désinfecter avec une solution contenant une partie d’eau de Javel pour neuf parties d’eau.

Les nouveaux locataires devraient profiter de leur arrivée pour inspecter les pièces afin de s’assurer de l’absence de punaises de lit.