Le quai de Pierre Caron est hors de l’eau.

Des Latuquois privés de navigation faute d'eau

La Tuque — Le soleil brille, la température est clémente, les conditions frôlent la perfection pour une balade en bateau, mais elle ne sera pas possible pour plusieurs riverains de La Tuque. Leurs embarcations sont condamnées à rester accrochées au quai, qui lui est ancré dans le sable. Les citoyens sont exaspérés de la situation. Ils demandent à Hydro-Québec de relever le niveau de l’eau.

«On est pris en otage […] Ça donne quoi d’être sur le bord de l’eau? On est le 18 juillet et je n’ai rien mis à l’eau», dénonce Pierre Caron, un riverain qui assure n’avoir jamais eu une telle situation dans les 15 dernières années.

«C’est du jamais vu. Imaginez ! C’est comme ça depuis le 4 juin […] Pourquoi est-ce qu’on ne nous a pas avertis? On nous a pris par surprise. C’est détestable parce que c’est un beau mois, il fait beau et on ne peut pas sortir. Ils font ce qu’ils veulent… Si on avait su, on aurait peut-être pu s’arranger. Là, on s’est levé un matin et c’était comme ça», ajoute pour sa part Jules Rochette, un autre riverain.

C’est que depuis plusieurs semaines Hydro-Québec a abaissé son niveau d’eau, plus que ce à quoi que les riverains ont été habitués dans le passé. La Société d’État affirme que c’est dans un but de sécurité qu’elle a abaissé le niveau d’eau en amont de la centrale de La Tuque en prévision de travaux à réaliser sur l’évacuateur de crue.

«En attendant que les travaux soient exécutés, on doit conserver une marge de manœuvre sécuritaire advenant une hausse subite du niveau en amont», explique Élisabeth Gladu, conseillère relations avec le milieu Centre-du-Québec et Mauricie pour Hydro-Québec.

Il faut dire qu’il ne s’agit pas d’un réservoir à cet endroit. La capacité de retenue, selon Hydro-Québec, n’est que de quelques heures alors qu’on peut parler de jours, de semaines ou même de mois pour un réservoir.

«On doit se garder une marge de manœuvre parce qu’on a un équipement à réparer. On a adopté une approche sécuritaire tant pour le public que pour l’aménagement, mais dans tous les cas, on respecte le code d’exploitation des centrales. Les gens sont habitués en saison estivale d’avoir un niveau moyen qui est beaucoup plus près de notre niveau maximal que minimal», note Mme Gladu.

«Les aménagements ont été installés en fonction d’un niveau qu’ils voyaient habituellement en période estivale. Les gens l’ont pris pour acquis…», ajoute-t-elle.

Le problème a été investigué par Hydro-Québec et les travaux devraient suivre, mais le niveau de l’eau ne sera pas rehaussé avant la fin des travaux.

Le bateau est dans le sable alors qu’habituellement il est dans l’eau au même endroit.

«On va recevoir les pièces au début du mois d’août. On ne peut pas s’avancer sur la durée des travaux. […] On est très sensible aux impacts, mais on est pris dans les délais d’exécution», soutient la porte-parole de la société d’État.

Les citoyens aimeraient toutefois qu’Hydro-Québec fasse un effort afin de permettre aux gens de profiter de la belle saison sur l’eau.

«Avec un pied d’eau de plus, je pourrais minimalement m’arranger pour sortir…», martèle le riverain Jules Rochette.

Au-delà des embarcations coincées au quai, les riverains doivent conjuguer avec des odeurs plutôt nauséabondes, des moustiques en abondance, et même que certains ont trouvé des poissons morts sur les rives.

«On a trouvé des poissons morts et ça sent mauvais sur les berges. Pas nécessairement à cause des poissons, mais parce que ça devient un marécage. Le marécage c’est aussi l’endroit idéal pour les maringouins…», note le président du Club nautique Latuquois, Yannick Issa.

La société d’État assure qu’elle n’avait pas été mise au courant de la découverte de poissons morts avant d’être contactée par le Nouvelliste. Des vérifications auront lieu prochainement.

Au Club nautique Latuquois, les plaintes se multiplient et les bris d’hélices également. On dénonce également le manque d’eau.

«Avec le niveau d’eau présentement, les gens accrochent le fond plus souvent. Les installations ont été faites en conséquence d’un niveau d’eau moyen en 2007, moyen dans le sens que ça peut monter et descendre un peu sans problème, mais là ils sont à terre ou dans la terre carrément. Il manque beaucoup d’eau», souligne Yannick Issa.

«Les gens ont été pris par surprise. Un communiqué a été publié seulement après la première plainte. On nous avait répondu que ça ne nuisait pas à la navigation et que tout était correct, mais en vrai, oui ça nuit à la navigation», ajoute-t-il.

Des poissons morts ont été retrouvés par plusieurs riverains.

Le Club nautique ne demande pas d’avoir un niveau d’eau maximum et comprend bien la restriction de niveau, mais demande de revoir à la hausse l’état actuel.

«C’est très bas et c’est encore plus bas quand il turbine. Ils ont été capables de gérer la crue printanière cette année de façon sécuritaire avec l’eau qui montait sur les terrains alors pourquoi présentement, ils ne seraient pas capables de gérer un pied de plus d’eau?».