Maude Bordeleau souhaite qu’on lui enlève ses prothèses sans qu’elle ait à payer.

Des implants qui empoisonnent une vie

Trois-Rivières — Maude Bordeleau vit une peur constante... celle d’être empoisonnée par ses implants mammaires. Retirés du marché en France après avoir causé le cancer chez plusieurs femmes, les implants texturés de type Biocell sont toujours permis par Santé Canada, bien que l’organisme envisage sérieusement de les retirer. Maude Bordeleau souhaite qu’on lui enlève ces prothèses sans qu’elle ait à payer les quelque 15 000 $ que coûte cette opération, ce que lui refuse le système de santé.

«On retire des Boeing, car il y a des problèmes. On a autorisé des implants qui étaient dangereux, alors corrigez la situation», lance Maude Bordeleau, convaincue que ses implants mammaires lui empoisonnent l’organisme.

La femme de Trois-Rivières porte des implants mammaires de type Biocell du fabricant américain Allergan depuis 2012. Le médecin qui lui a fait l’opération a rassuré la jeune femme en lui disant que les risques sur sa santé étaient très limités.

«Le médecin m’a prescrit ce modèle en me disant qu’il était beaucoup mieux, parce qu’ils sont moins à risque de complications et qu’ils duraient plus longtemps», se souvient Maude Bordeleau en ajoutant que ces implants coûtaient bien sûr plus cher que plusieurs autres.

Dès l’année suivante, Maude Bordeleau affirme avoir vu son état de santé se détériorer et une masse a fait son apparition sur un sein. Elle soutient de plus qu’elle a depuis des plaques sur la peau, des troubles de la vision et de l’audition et des douleurs articulaires. Quelque temps après la découverte de la masse sur son sein, la jeune femme constate des saignements brunâtres au beau milieu de son cycle menstruel. «Mon corps est tout le temps en agression. Et il y a des particules toxiques qui s’infiltrent dans mon système», mentionne-t-elle. «Ça fait quatre ans que je suis traitée pour anémie. Je me vide comme une champlure.»

Déjà très inquiétée par sa santé, Maude Bordeleau indique que les problèmes n’étaient pas terminés. Elle a par la suite été confrontée à un kyste ovarien, une infection urinaire et une pneumonie. «J’ai consulté des médecins, parce que je me demandais si tout ça avait un lien avec les implants. Parce que je suis très malade depuis que je les ai», se demande alors Maude Bordeleau.

«On m’a dit que tout ça n’avait pas de lien. Que tout était beau», ajoute-t-elle avec incrédulité.

Interdit en France, mais pas au Canada

Devant un nombre important de cas de lymphome anaplasique à grandes cellules associés au port d’implants mammaires à enveloppe texturé de type Biocell d’Allergan, les autorités de santé ont dû réévaluer les homologations de ces prothèses. La France a d’ailleurs décidé plus tôt ce mois-ci de les retirer du marché, car depuis 2011, 56 cas de cette forme rare, mais agressive de cancer ont été répertoriés. La quasi-totalité des cas touchait des femmes qui avaient des implants texturés.

Des cas de lymphome anaplasique à grandes cellules associés au port d’implants mammaires ont aussi été détectés au Canada, a récemment confirmé Santé Canada. En tout, 28 Canadiennes ont contracté ce type de cancer et 86 % d’entre elles ont des implants mammaires Biocell d’Allergen.

Le 4 avril dernier, Santé Canada a annoncé son intention de suspendre les permis pour les implants mammaires Biocell. L’entreprise doit transmettre dans les 15 jours civils suivant cette date toutes les preuves de l’innocuité de ces prothèses à Santé Canada. Si le fabriquant ne donne pas une réponse satisfaisante d’ici là, Santé Canada envisage de suspendre le permis. L’organisme travaille de plus conjointement avec les autorités françaises et américaines.

Parallèlement, Santé Canada indique mener un deuxième examen de «l’innocuité des symptômes systémiques associés aux implants mammaires», confirme l’organisme.

Maude Bordeleau est toutefois très critique à l’endroit de Santé Canada. «Ces implants ont été classés niveau 4 par Santé Canada, soit le niveau de dangerosité le plus élevé. Et pas étudié en plus», dénonce-t-elle. «Je me sens comme un cobaye.»

Un retrait aux frais... des femmes

Malgré l’inquiétude de nombreuses femmes, les autorités médicales ne recommandent pas le retrait des implants si la personne ne présente pas des signes et symptômes de lymphome associé au port de prothèses mammaires.

«Actuellement, les experts ne recommandent pas, de façon générale, qu’une personne sans symptôme de lymphome anasplasique fasse retirer ses implants. Si une personne expérimente des symptômes, elle devrait contacter son chirurgien pour une consultation. Le chirurgien est le mieux placé pour évaluer les symptômes et prendre une décision si le retrait des implants est recommandé», mentionne Marie-Claude Lacasse des Services des affaires publiques et stratégiques au ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec.

Malgré cette recommandation, Maude Bordeleau souhaite que ces implants soient retirés de son corps. Toutefois, l’opération n’est pas couverte par la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ) et Santé Canada renvoie la balle aux provinces. «Si un tel retrait est médicalement recommandé pour une personne opérée dans le réseau public, le retrait des implants sera fait sans frais», ajoute le ministère de la Santé.

Une plasticienne doit retirer les implants de Maude Bordeleau d’ici quelques mois, mais cette opération sera à ses frais. La jeune femme estime qu’elle ne devrait pas avoir à débourser plusieurs milliers de dollars. «J’ai payé à la base pour quelque chose approuvé par Santé Canada et quelque chose qui ne me rendait pas malade. Ça s’appelle Santé Canada, je ne les ai pas fait faire en Chine», soutient-elle.