Les manufactures de produits de textile viennent à la rescousse du secteur de la santé.
Les manufactures de produits de textile viennent à la rescousse du secteur de la santé.

Des entreprises du textile fabriquent des équipements pour les hôpitaux

Le besoin d’équipements médicaux créé par la pandémie de coronavirus amène des entreprises d’ici à unir leurs efforts pour faire face à une demande exponentielle dans le domaine. Textiles Patlin s’associe à Chemise Empire et à deux entreprises de la Montérégie, Vêtements SP et 3B Hockey, afin de fournir entre autres des jaquettes de contagion et des blouses médicales par dizaines de milliers.
Sonia Chevalier est la vice-présidente de Textiles Patlin de Saint-Paulin.

Spécialisée notamment dans la confection de rideaux pour le domaine hôtelier, Textiles Patlin fabrique depuis deux semaines des rideaux séparateurs utilisés dans les cliniques de dépistage de la COVID-19. L’entreprise de Saint-Paulin a aussi ajouté à sa production la confection de jaquettes de contagion, un vêtement imperméable porté par les professionnels de la santé lorsqu’ils doivent intervenir auprès d’un patient atteint du coronavirus.

«On a livré 700 rideaux en deux jours la semaine passée. On est très rapide, c’est notre expertise et on est équipé. Pour les jaquettes, la demande est très forte. On sort entre 5000 et 10 000 jaquettes par semaine et ce n’est pas assez. Tout est rush actuellement. On le sent dans la voix des gens qui nous appellent. On se fait appeler le samedi, le dimanche. Pour les jaquettes, on travaille en sous-traitance, car les commandes entrent à coup de 50 000. Le haut de la courbe du virus est attendu pour Pâques. Il faut livrer», témoigne Sonia Chevalier, vice-présidente de Textiles Patlin.


Le directeur général de Chemise Empire de Louiseville, François Lizotte.

L’urgence de la situation a amené Mme Chevalier et son frère Patrice, président de la compagnie, à faire appel à d’autres entreprises pour répondre à la demande. Chemise Empire en fait partie. Le manufacturier louisevillois de chemises de policiers, de pompiers et d’ambulanciers a passé une partie de la semaine dernière à réaménager ses équipements afin de lancer une production de jaquettes de contagion.

«La production de jaquettes a commencé lundi. On travaille en collaboration avec Textiles Patlin sur certains contrats. Il fallait adapter certains équipements, mais on a de la main-d’oeuvre qualifiée. On doit faire 6500 jaquettes. Pour les blouses et pantalons pour le personnel hospitalier, la commande est d’un plus de 20 000. On commence la production le 14 avril. On en a pour quatre semaines», explique le directeur général de Chemise Empire, François Lizotte. 

Propriétaire des entreprises Vêtements SP de Granby et 3B Hockey de Saint-Hyacinthe, Steve Bérard ne connaissait pas Sonia et Patrice Chevalier jusqu’à tout récemment. M. Bérard a été mis en contact avec eux après avoir manifesté son désir de mettre ses entreprises à contribution durant la crise, elles qui fabriquent notamment les chandails des équipes de la Ligue nationale de hockey. M. Bérard a maintenant le mandat de fabriquer entre 50 000 et 100 000 blouses médicales et la production a commencé mardi.

«J’ai la capacité de produire 2500 blouses par jour. Ça va durer plusieurs semaines. On va en sortir le plus possible, car ce n’est pas dans deux mois qu’on en a besoin», raconte M. Bérard.

Steve Bérard, copropriétaire et président de Vêtements SP de Granby et de 3B Hockey de Saint-Hyacinthe.

Cette production inattendue fait en sorte que Textiles Patlin fait travailler l’ensemble de ses couturières. Environ 15 employés sur 48 conservent leur emploi, les gens aux ventes, au service à la clientèle et à l’infographie étant en congé forcé.

«C’est un beau et gros défi pour nous, reconnaît Sonia Chevalier. Dans notre industrie, on travaille sur des contrats sur un an, on n’est pas habitué de faire des contrats à court terme. On est fier de voir qu’on est capable. Notre équipe est disponible. L’ambiance au travail est vraiment bien. Les gens ont le souci de vouloir aider. C’est beau à voir aller. Et il faut garder nos employés en santé. Mais on est strict sur les mesures (sanitaires)», mentionne Mme Chevalier, en relevant le paradoxe concernant le domaine de la couture qui est mis de côté depuis quelques années, mais dont on a terriblement besoin actuellement.

Les entreprises de M. Bérard emploient habituellement quelque 280 travailleurs. Au démarrage de la production, mardi, quelque 30 personnes étaient en poste et ce nombre devrait grimper à 60 d’ici vendredi.

«Depuis hier (mardi), j’ai eu des contacts des employés qui veulent rentrer, car ça apporte une fierté de collaborer à une situation de crise, note M. Bérard. Mais j’ai d’autres projets qui s’en viennent comme le développement d’un masque, avec d’autres partenaires. On espère rapatrier le plus de monde possible.»

Le constat est semblable du côté de Chemise Empire. Sur la centaine d’employés habituellement au travail, entre 15 et 20 ont été rappelés pour le contrat actuel. Une rotation sera effectuée afin de permettre à différents employés de travailler au cours des prochaines semaines.

«Il ne faut pas penser que c’est la manne, tempère François Lizotte. On essaie de minimiser les impacts de la crise.»

Si tous ces chefs d’entreprises semblent heureux de faire leur effort en ce temps de crise, ils affichent la même unanimité concernant l’après-crise.

«C’est un gros réveil pour notre société, estime Steve Bérard. C’est très ironique. L’approvisionnement en équipements de santé provient à 99 % de l’extérieur (une grande part en Asie). Ce sera un beau son de cloche pour remettre en place un système, pas à 100 %, car il y a des coûts et il faut être réaliste. Mais il faut garder 50 % de l’approvisionnement médical en territoire québécois ou canadien.»

«La demande au niveau asiatique est une question de prix, ajoute François Lizotte. Les appels d’offres viennent avec le plus bas prix, il n’y a pas d’autres critères. Acheter ces produits en Chine, ça prend entre deux à cinq mois et on en a besoin maintenant. On les dépanne, mais après la crise, on va être encore là. Ça devrait apporter des changements dans nos comportements et il faudrait que le gouvernement en tienne compte. Pour sortir de la crise, ce serait agréable de faire travailler les gens d’ici. Il faudra favoriser l’économie locale. On espère que les anciens réflexes ne reviendront pas.»

«On espère qu’après la crise, le gouvernement va se rendre compte qu’il peut avoir bien des choses au Québec», conclut Sonia Chevalier.