Annie Gauthier (la Relance Nicolet-Bécancour), Ginette Deshaies (LaRue Bécancour), Brigitte Tassé (La Ruche aire ouverte), Chantal Laneuville (La Chrysalide), et Mélanie Bergeron (CIUSSS Mauricie et Centre-du-Québec) sont les membres du comité d’organisation de la journée de rassemblement sur les enjeux de la légalisation du cannabis. Elles posent en compagnie de Vincent Marcoux, de l’Association québécoise des centres d’intervention en dépendance.

Des enjeux et des impacts

BÉCANCOUR — La légalisation du cannabis arrive à grands pas au Canada et de nombreux organismes du milieu communautaire au Centre-du-Québec réfléchissent à cette réalité qui aura un impact sur leurs propres missions.

Le comité de prévention et de sensibilisation de la table santé mentale et dépendance du réseau local de services des MRC de Bécancour et Nicolet a tenu vendredi à Bécancour une journée de réflexion sur les enjeux entourant la légalisation du cannabis. Quelque 60 personnes provenant principalement du communautaire, mais aussi du monde municipal et du secteur économique, ont échangé leurs idées et partagé leurs inquiétudes à ce sujet.

Effet sur les personnes aux prises avec des problèmes mentaux, influence sur les jeunes, contrôle des conducteurs intoxiqués, risque de banalisation, la légalisation du cannabis a suscité son lot de réflexions et de commentaires.

«On ne peut passer à côté de la légalisation, car ça change la pratique des organismes», raconte Annie Gauthier, directrice générale de la Relance Nicolet-Bécancour, un centre d’expertise en dépendances.

La journée était animée par Vincent Marcoux. Le directeur général de l’Association québécoise des centres d’intervention en dépendance a d’entrée de jeu demandé aux participants s’ils avaient pris un verre de vin durant le dernier week-end. Plusieurs dizaines de personnes ont alors levé la main. Quand il a enchaîné en demandant aux gens qui avaient fumé du cannabis durant la dernière fin de semaine, sans exiger qu’ils lèvent la main, le malaise s’est tout de suite fait sentir dans la salle.

«On banalise peut-être l’alcool. À notre association, on est pour la légalisation dans un contexte de santé publique. Le cannabis actuellement sur le marché a une concentration de THC (qui produit l’effet psychotrope) qui est en moyenne de 10 % à 12 % et qui peut aller jusqu’à 30 %. Avec la légalisation, il y a un contrôle. Les gens vont savoir ce qu’ils achètent.»

Selon M. Marcoux, les gens pensent en général que la société va se remplir de personnes dépendantes au cannabis du jour au lendemain. Selon lui, cette réaction ne correspond pas à la réalité.

«Dans les premières années (après la légalisation), des gens vont l’essayer. Mais ce ne sera pas une augmentation accrue. Au Colorado, il y a eu une hausse de consommation dans la première année (de légalisation). Après trois ans, c’est revenu la même affaire qu’avant la légalisation. L’alcool a un potentiel d’addiction de 16 %. Le cannabis, c’est 9 %. Il ne faut pas banaliser le cannabis, sans le démoniser.»

La légalisation du cannabis soulève des interrogations auprès de la Ruche aire ouverte, un organisme de santé mentale pour adultes des MRC de Bécancour et de Nicolet-Yamaska. Brigitte Tassé, adjointe à la direction, rappelle que la santé mentale et la dépendance aux drogues sont des situations qui vont de pair depuis quelques années.

«On s’attend à avoir plus de clientèle. Il faudra mettre des mesures précises, des mesures d’encadrement et il faut les développer.»

«À la Relance, on a une inquiétude sur la désinformation, dit Mme Gauthier. Les gens vont dire que c’est légal, qu’ils peuvent en vendre, qu’ils peuvent en prendre partout. Mais non! On veut que la bonne information se rende. La prévention est notre mission.»

Les échanges de la journée guideront le comité dans ses actions futures qui pourraient être des conférences ou des activités de sensibilisation auprès de certaines clientèles.