Valérie Demers et Andrée Bernet déplorent que les enfants soient délaissés en service de garde en raison des mesures sanitaires.
Valérie Demers et Andrée Bernet déplorent que les enfants soient délaissés en service de garde en raison des mesures sanitaires.

Des enfants délaissés en services de garde en raison des mesures sanitaires

Marc-André Pelletier, Initiative de journalisme local
Marc-André Pelletier, Initiative de journalisme local
Le Nouvelliste
BÉCANCOUR — Deux éducatrices en services de garde de Bécancour se désolent de voir des enfants être délaissés par l’imposition des mesures sanitaires dans leurs installations. Andrée Bernet et Valérie Demers dénoncent le fait que des enfants se retrouvent seuls en raison notamment de la distanciation sociale obligatoire.

Les éducatrices expliquent que les bulles désormais imposées ne permettent plus aux enfants de pouvoir jouer avec leurs amis, qu’ils croisent pourtant dans l’autobus, par exemple.

«Les enfants ne comprennent pas pourquoi ils sont seuls dans leur bulle de trois pieds par cinq pieds, alors que leurs amis jouent juste là-bas. C’est difficile pour tout le monde. Pour eux, qui sentent une injustice et une incompréhension, pour nous, qui devons les empêcher», exprime Valérie Demers.

La situation est particulière à Bécancour parce que des enfants des écoles Explorami, Terre des jeunes et Bouton d’or se retrouvent aux mêmes services de garde.

Avant le passage en zone rouge, les bulles étaient définies par niveaux, pas par classe. Une situation plus logique, estime Andrée Bernet.

«Les enfants ne voient que de l’injustice. Même dehors, ils ne peuvent pas jouer avec leurs amis. Ça nous déchire de voir des enfants seuls, même si on fait tout notre possible pour qu’ils se sentent bien. Pour vrai, on le voit, ça brise les enfants, ça les isole», se désole-t-elle.

Les travailleuses des services de garde s’expliquent mal les contradictions qu’elles remarquent à certains égards.

«Comment peut-on dire aux enfants de garder une distance avec leurs amis, alors que dans l’autobus, on ne regarde pas ça. C’est contradictoire. Il me semble qu’il serait possible de garder une bulle avec la même éducatrice tout le temps, par exemple. Présentement, ça nous enlève tous nos moments spéciaux avec eux. Là, les enfants ne trouvent plus ça amusant de venir au service de garde et nous, ça nous fait mal au cœur de les voir ainsi», poursuit Mme Demers.

Selon elles, cette situation occasionne par ailleurs son lot de problématiques.

«On doit gérer beaucoup de comportements. On gère beaucoup plus de crises. Les élèves sont plus violents entre eux. Ils vivent des frustrations. Et on se rend compte que c’est généralisé au Québec», renchérit Mme Bernet.

Exaspérée, Valérie Demers a même envoyée une lettre au ministre de l’Éducation Jean-François Roberge, vendredi dernier. Elle espère qu’il entendra raison.

«C’est comme ça partout au Québec. On ne peut tolérer que certains élèves se retrouvent complètement seuls. Certains d’entre eux présentent des problématiques particulières en plus, on nuit à leur développement social», insiste-t-elle.

Voici un extrait de la lettre qu’elle a envoyée au ministre Roberge.

«Chez nous, il y a un maternelle 4 ans (seul de sa classe qui vient au service de garde) qui ne comprend pas qu’il doit rester loin de tous, qui pleure et demande à rejoindre d’autres amis. Il y a une belle grande fille de 6ème année, qui se sent insécure de se garder seule à la maison, qui se voit confinée dans son coin. Il y a cet élève avec une trisomie qui va dans une école spécialisée, mais qui revient dans son service de garde de village et qui doit rester seul aussi. J’ai un adorable garçon qui se retrouve avec deux filles de sa classe avec qui il n’a aucune affinité et qui commence à avoir de mauvais comportements qu’il n’a jamais eu avant. J’ai plusieurs cas comme ça. Et seulement pour mon petit service de garde.

En plus, j’ai une éducatrice qui s’occupe de six bulles classes dans le gymnase. Il y a aussi deux autres groupes classes qui cohabitent dans le gymnase, animés par une deuxième éducatrice. Parce qu’en plus de manquer de personnel (vos demandes d’aides à la population ne semblent pas susciter beaucoup d’intérêt dans nos villages!), nous manquons également de locaux, d’espace, d’air ! Chez nous, les éducatrices doivent animer jusqu’à 6 groupes à la fois dans un gymnase écho. Du coup, nous ne pouvons plus utiliser le gymnase pour courir et s’amuser. Chaque groupe à un espace de 3 mètres par 5 mètres environ.

Il est primordial de revoir vos mesures. Les bulles classes, au service de garde, devraient pouvoir être reformées en une nouvelle bulle «service de garde» tel qu’il était possible de le faire en zone orange. C’est un minimum. Je ne le demande même pas pour nos éducatrices à bout de souffle… Je le demande pour ces enfants qui se sentent rejetés, seuls, tristes.

Il y aurait long à dire Monsieur Roberge sur notre travail mis à l’oubli. Mais pour nous, personnel professionnel en service de garde en milieu scolaire, le plus important, c’est le bien-être des enfants. Et présentement, Monsieur le Ministre, vos enfants ne vont pas bien... Nous sommes prêts à donner le meilleur de nous, mais s’il-vous-plaît, donnez-nous un coup de main.»