Émilie Lafontaine et sa fille Laurence.
Émilie Lafontaine et sa fille Laurence.

Des élèves se retrouvent sans transport scolaire

Brigitte Trahan
Brigitte Trahan
Le Nouvelliste
SHAWINIGAN — Le Centre de services scolaire (CSS) de l’Énergie aura eu beau investir 300 000 $ de plus dans le transport scolaire pour la rentrée et ajouter quatre autobus pour pouvoir se plier aux directives de la Santé publique, le simple fait d’être obligé de limiter à 48 le nombre de passagers par véhicule, au lieu des 78 habituels, cause de sérieux maux de tête, tant pour certains parents que pour le Centre de services scolaire lui-même.

Pour les parents qui avaient avisé le CSS avant le 8 juillet qu’ils allaient déménager ou que leur enfant changeait d’école, le problème du transport scolaire ne se présente pas. Les autres, toutefois, frappent un mur.

C’est le cas, entre autres, d’Émilie Lafontaine de Shawinigan qui n’a d’autre choix que de placer sa fille en pension pour lui permettre de poursuivre ses études secondaires à l’école Paul-Le Jeune de Saint-Tite. C’était ça ou lâcher son emploi dans le seul but de la véhiculer à l’école, raconte-t-elle.

Mme Lafontaine, qui habitait à Lac-à-la-Tortue, a en effet dû déménager et demeure maintenant à Shawinigan. Elle a avisé le CSS de sa situation dès le début de juillet, mais pas dans les temps, semble-t-il. Vendredi dernier, le CSS lui a confirmé qu’il n’y aurait pas de transport scolaire si Laurence tient à poursuivre son secondaire à Saint-Tite.

Dès le 8 juillet, en effet, le CSS avait envoyé aux parents «une correspondance leur disant: ne prenez pas pour acquis que vous allez avoir un transport à la rentrée. On ne garantit rien pour les changements d’adresse», indique la responsable des communications du CSS de l’Énergie, Amélie Germain-Bergeron. C’était la journée même où Mme Lafontaine avait envoyé son avis de changement d’adresse.

Laurence, 4e secondaire, fréquente l’école Paul-Le Jeune depuis la 1re année du secondaire et tient mordicus à y finir ses études. Le milieu lui est familier et tous ses amis, qu’elle n’a pas revus depuis le confinement, y sont.

«Normalement, quand l’élève est dans son secteur d’appartenance, le transport est assuré pour la première adresse. Dans le cas qui nous occupe, la jeune est déménagée à Shawinigan. Dans ce cas, son école, dans son secteur d’appartenance, serait l’école secondaire Des Chutes», explique Mme Germain-Bergeron.

Mme Lafontaine vit en effet tout près de cette école maintenant, mais «ça fait des années qu’elle est à Paul-Le Jeune avec ses amis. Elle m’a dit: Maman je vais être malheureuse. Ça fait six mois que j’attends d’aller voir mes amis à Saint-Tite».

«Mes parents, qui restent à Lac-à-la-Tortue, ont voulu l’héberger, croyant qu’elle aurait le transport scolaire», indique Mme Lafontaine. «Ils m’ont répondu que le traitement de la demande ne sera pas fait avant deux mois. Donc, j’ai le même problème. Je leur ai demandé s’il fallait que je lâche ma job pour aller mener mon enfant à l’école», fulmine-t-elle. «Si ce n’était pas de la COVID, elle serait à Saint-Tite», déplore-t-elle.

La jeune Laurence pourra peut-être bénéficier d’un transport scolaire malgré tout qui coûterait 220 $ par année à sa mère. Au CSS, on appelle ça le transport optionnel. «Ça va demander une analyse fine», précise toutefois Mme Germain-Bergeron, d’autant plus qu’un transfert doit être exécuté du côté de Saint-Georges pour se rendre à Saint-Tite. Il faudra donner du temps à l’équipe de transport scolaire pour faire l’analyse de ce genre de dossier, bref, de faire un deuxième tour de roue pour ce cas et tous les autres dont le nombre n’est d’ailleurs pas encore connu.

Mme Germain-Bergeron explique que le ministère n’a fourni les détails pour le transport scolaire qu’à la fin juin, alors que l’organisation du transport scolaire est toujours terminée à cette date. Il aura fallu faire en quelques semaines ce qu’on fait habituellement en plusieurs mois», raconte-t-elle. La tâche fut colossale.

Mme Lafontaine explique que ses horaires de travail ne lui permettent pas de véhiculer sa fille quotidiennement. En attendant que son dossier se règle, s’il s’avère qu’elle ait droit au transport optionnel, Laurence devra habiter dans la famille d’une copine plusieurs jours par semaine.

«Je vais la voyager deux fois semaine, mais elle va coucher à Saint-Tite trois soirs (lundi, mercredi et jeudi) pour qu’elle puisse aller à l’école là-bas. Elle va coucher à Saint-Tite le lundi soir. Le mardi, après l’école, je vais la rechercher parce qu’elle a un emploi étudiant. Je vais aller la reconduire à nouveau le mercredi et je vais aller la recherche le vendredi soir», raconte-t-elle.

Mme Lafontaine estime que le système scolaire «prend les parents en otage à cause de la COVID. «Le soir, je finis à 16 h 30. L’école finit à 16 h. J’ai aussi un enfant au primaire à aller chercher», dit-elle.

«On a été obligé de prioriser des choix», plaide Mme Germain-Bergeron. «Tout ce qui était changement d’adresse, tout ce qui était changement d’école, on leur a dit d’entrée de jeu de ne pas prendre pour acquis qu’ils auraient le service de transport», résume-t-elle.

Le CSS assure avoir tout fait pour éviter ce genre de situation. En plus d’augmenter le nombre d’autobus, «on a revu beaucoup de parcours qu’on a allongés un peu pour voir si tel autobus ne pourrait pas aller chercher les trois ou quatre élèves qui ne sont pas trop loin de là», raconte la responsable des communications tout en assurant que l’équipe de transport continuera à peaufiner les circuits.

Personne ne sait pendant combien de temps il faudra garder les autobus aux trois quarts pleins, rappelle-t-elle. «Ce sont les transporteurs qui achètent les autobus. Si on leur dit qu’on a besoin de trois autobus de plus et que dans six mois on leur dit qu’on n’en a plus besoin, pour eux, c’est un manque à gagner», fait-elle valoir. «L’autre enjeu», souligne-t-elle, «c’est la disponibilité des conducteurs. En termes de disponibilité de main-d’oeuvre, c’est assez restreint.»