À Trois-Rivières, l'argent destiné au programme Rénovation-Québec avait été concentré dans certains quartiers, mais plus spécifiquement dans les premiers quartiers des secteurs Trois-Rivières et Cap-de-la-Madeleine.

Des efforts de revitalisation menacés

Plus de 500 propriétaires de maisons ou de logements à Trois-Rivières qui étaient en attente d'une subvention du programme Rénovation-Québec pour effectuer des améliorations à leurs résidences ou leurs immeubles se retrouvent désormais le bec à l'eau. Selon le dernier budget du gouvernement provincial, le programme sera plutôt remplacé par un crédit d'impôt à la rénovationpour propriétaires occupants. Du coup, la Ville de Trois-Rivières laisse tomber son programme d'aide à la rénovation, ce qui pourrait avoir une incidence majeure sur les efforts de revitalisation, spécialement dans les premiers quartiers.
«Ça risque d'interrompre le mouvement de revitalisation qui était déjà bien amorcé depuis plusieurs années», résume Marc-André Godin, coordonnateur à la gestion des programmes et projets de redéveloppement à la Ville de Trois-Rivières.
Rappelons que le programme Rénovation-Québec permettait le partage de l'aide financière à 50 % par Québec et 50 % par la Municipalité pour venir en aide aux gens qui souhaitaient rénover leur résidence principale ou des immeubles à logements. À Trois-Rivières, l'argent destiné à ce programme avait été concentré dans certains quartiers, mais plus spécifiquement dans les premiers quartiers des secteurs Trois-Rivières et Cap-de-la-Madeleine. Parfois, l'aide financière pouvait aller jusqu'à 40 % de la facture totale des travaux, signale Marc-André Godin. La Ville injectait chaque année environ 1,2 M$ dans le programme.
Désormais, le gouvernement propose plutôt un crédit d'impôt à la rénovation, mais uniquement pour les propriétaires occupants. Le crédit de 20 % est applicable pour des travaux d'une valeur de 3000 $ et plus, jusqu'à concurrence d'une aide financière maximale de 2500 $ de Québec.
«C'est beaucoup moins intéressant et ce n'est vraiment pas une bonne nouvelle. Si le crédit d'impôt est seulement pour les propriétaires occupants, ça pénalise une très grande partie des premiers quartiers. C'est entre autres grâce à Rénovation-Québec que bien des propriétaires d'immeubles ont pu faire une remise aux normes de bâtiments plus anciens. Ça répondait à un besoin et j'espère de tout coeur que le gouvernement va revenir sur sa position», lance le conseiller municipal du district Marie-de-l'Incarnation, Jean-François Aubin.
Depuis l'implantation du programme, il y a douze ans, la Ville estime que plus de 1600 unités d'habitation ont pu bénéficier de rénovations dans le cadre de ce programme d'aide. À chaque année, de 80 à 100 demandes étaient traitées, dont la plupart pour des immeubles de deux logements ou plus. En date d'hier, 500 demandes étaient toujours sur la liste d'attente pour cette aide financière, dont une centaine avaient déjà été approuvées.
«Il faut aviser chacun des propriétaires pour leur expliquer la situation et leur dire
que l'aide financière n'est plus disponible. Il faut faire beaucoup de sensibilisation», note Marc-André Godin.
Pour sa part, Jean-François Aubin croit qu'un tel programme aidait aussi à la création d'emplois et au roulement de l'économie. «Je suis très préoccupé. Ça faisait travailler du monde. Souvent, c'est cette aide financière qui fait la différence entre faire les travaux et ne pas les faire. Trois-Rivières a toujours été très active dans ce programme. À chaque fin d'année, nous allions même chercher l'argent supplémentaire laissé par d'autres municipalités pour aider encore plus de monde. J'ai peur que les gens décident désormais d'abandonner les projets, tout simplement», résume-t-il.
À la Ville, on indique qu'il n'était tout simplement pas possible de poursuivre le programme si Québec n'était pas au rendez-vous. 
«On injectait déjà pas mal d'argent, mais c'était justifié avec la participation de Québec. Par contre, on ne peut pas soutenir un tel programme par nous-mêmes. Déjà que nous devons composer avec 2 M$ en revenus de moins à chaque année à cause de la pyrrhotite. C'est la poursuite des coupes draconiennes dans les programmes gouvernementaux, et encore une fois, c'est le citoyen qui écope», commente Yvan Toutant, porte-parole de la Ville de Trois-Rivières.