Le Club de motoneige Armony et l’UPA Mauricie dénoncent les comportements irrespectueux de certains motoneigistes qui s’aventurent dans des champs utilisés pour la culture du blé d’automne.

Des droits de passage fragiles

TROIS-RIVIÈRES — La pratique de la motoneige au Québec repose sur des piliers fragiles. Les clubs de motoneige, qui ont la responsabilité de l’entretien des sentiers, doivent souvent compter sur la collaboration des producteurs agricoles de la province. Ceux-ci accordent gratuitement des droits de passage, même s’ils peuvent subir certains inconvénients, comme la perte de culture en raison de comportements irrespectueux de certains motoneigistes.

Conscient de la fragilité de la situation, le Club de motoneige Armony, qui s’occupe des sentiers situés essentiellement dans la MRC de Maskinongé, a invité ses membres dans une publication sur sa page Facebook à respecter les balises et à ne pas s’aventurer sur les terres agricoles. Le club affirme dans cette publication avoir reçu une plainte de la part d’un propriétaire d’une terre près des chutes à Magnan, entre Saint-Paulin et Charette, car des motoneigistes ont fait du hors-piste dans un champ utilisé pour la culture du blé d’automne. Semée l’automne, cette céréale qui se vend à bon prix sur le marché doit passer l’hiver sous la neige. Toutefois, si la neige qui la recouvre est endommagée, la plante meurt.

«Si la situation ne se règle pas, il nous enlèvera notre droit de passage», a écrit le Club Armony dans sa publication.

Afin d’aviser les motoneigistes de respecter les balises du sentier, le Club Armony avait pourtant déjà installé des panneaux de signalisation indiquant «restez sur le sentier», «droit de passage fragile» et «blé d’automne». Cette situation est prise très au sérieux par la direction du Club Armony. Car les droits de passage accordés par les propriétaires terriens, particulièrement les producteurs agricoles, sont essentiels au maintien du réseau de sentiers actuels.

«Si nous perdons ce droit de passage à cause de certains motoneigistes illégaux, ça ne sera plus possible de relier Saint-Paulin à Charette», a ajouté le Club Armony dans sa publication Facebook.

Le président du Club Armony, Yvon Bergeron, déplore le comportement délinquant de certains motoneigistes. Il lance un appel au respect des balises. «Les propriétaires sont chez eux. Il faut les respecter», mentionne-t-il d’emblée en ajoutant que les droits de passage sont fragiles. «Avec la venue des motoneiges hors piste, les gens oublient qu’ils ne sont pas chez eux.»

Lorsque surviennent de tels événements, les propriétaires terriens peuvent retirer des droits de passage. Yvon Bergeron affirme qu’il doit constamment négocier et éteindre les feux avec des producteurs agricoles irrités par les conséquences sur leurs cultures des comportements délinquants.

Si certains clubs de motoneige empruntent surtout des terres publiques, ce n’est pas le cas du Club Armony. Son président mentionne que la quasi-totalité de son réseau de sentiers passe par des terres agricoles ou des propriétés privées. Conscient que les propriétaires accordent des droits de passage totalement gratuitement, Yvon Bergeron se demande si Québec, qui connaît l’importance de l’industrie de la motoneige pour la province, ne devrait pas leur accorder des compensations financières.

Des producteurs agricoles exaspérés

Il y a trois semaines, l’Union des producteurs agricoles (UPA) de la Mauricie a fait parvenir une lettre à tous les clubs de motoneiges de la région concernant justement des comportements irrespectueux de certains motoneigistes. L’UPA demandait aux clubs de motoneiges de respecter les ententes signées avec les propriétaires terriens et les producteurs agricoles.

«Chaque agriculteur est libre de signer ou pas des ententes avec les clubs de motoneiges. Et à partir de là, j’ai avisé les clubs que le droit pourrait être refusé pour la prochaine année parce qu’il y a trop de mésententes. C’est à la suite de plaintes d’agriculteurs qui ont semé du blé d’automne», affirme Jean-Marie Giguère, président de l’UPA Mauricie. «Nous, ce qu’on veut, c’est que les motoneigistes suivent bien le sentier. Déjà, on offre ces terres-là de bon cœur, sauf que ça nous coûte de l’argent.»

Alors que le printemps s’amène et que le couvert de neige, aussi épais soit-il, se mettra à fondre, l’UPA craint que certains motoneigistes quittent les sentiers pour s’aventurer dans les champs. «Même s’il y a beaucoup de neige dans les sentiers, il peut en avoir moins dans les champs. C’est ce qu’on ne veut pas», ajoute le président de l’UPA Mauricie.

L’UPA comprend l’importance de l’industrie de la motoneige au Québec. Son président régional souhaite que les ententes entre les producteurs agricoles et les clubs de motoneige soient reconduites.

«Il faut que les personnes attitrées à la sécurité dans les clubs de motoneige se rendent dans les sentiers pour faire de l’éducation parce qu’on en voit encore beaucoup plus qui vont dans les champs. Il faut que les motoneigistes soient sensibilisés à cette problématique qui se répète d’année en année», soutient Jean-Marie Giguère.