Depuis l’annonce de leur retrait à la Régie de l’assurance maladie du Québec, les optométristes sont pris d’assaut par les clients qui craignent de ne plus avoir de courverture d’assurances du gouvernement.

Des cliniques d'optométrie débordées

Trois-Rivières — Plusieurs optométristes de la région sont débordés et ne peuvent plus prendre de nouveaux rendez-vous depuis l’annonce de leur retrait à la Régie de l’assurance maladie du Québec.

Ce retrait a été signé par 90 % des cliniques d’optométrie et touchera notamment les moins de 18 ans, les personnes âgées de 65 ans et plus ainsi que les prestataires de la sécurité du revenu qui sont encore, à ce jour, couverts par la RAMQ.

«On ne peut pas prendre plus de dix rendez-vous dans une journée. Chaque jour, je reçois une dizaine de patients. Je ne peux donc pas en recevoir davantage puisque je veux offrir des rendez-vous complets à mes patients. Des gens de l’extérieur ont essayé d’avoir accès à nos services, mais j’ai dû laisser la place à mes clients habituels», précise Carole Drouin, optométriste à la Clinique visuelle de Normanville.

Plusieurs clients commencent à s’inquiéter de la situation. «Les gens nous demandent s’ils seront sans assurance prochainement. J’ai connu la désassurance des gens de 18 à 45 ans et des 45 à 64 ans, mais c’était le gouvernement qui avait pris la décision de l’enlever. Il y avait donc peu d’incertitude, car c’était une décision gouvernementale. Dans ce cas-ci, c’est nous qui demandons un ajustement au niveau des frais de couverture de l’examen. Notre enveloppe budgétaire ne grossit pas, il faut donc couper quelque part», précise Mme Drouin, en faisant allusion à l’entente de tarification avec le gouvernement qui serait à revoir.

À la clinique OptoPlus de Nicolet, le personnel a aussi peine à suffire aux nombreuses demandes de rendez-vous.

«Il y a une augmentation significative des clients. On reçoit des appels de partout de gens qui essaient d’avoir des rendez-vous avant la date du 22 mars prochain. Ils veulent avoir une place pour ne pas avoir à payer leur rendez-vous. Il nous reste uniquement deux rendez-vous de disponibles jusqu’au 22 mars que je garde pour mes clients habituels», souligne Sophie Leblanc, assistante optométrique chez OptoPlus.

Il y a encore la vente de lunettes, mais certains optométristes expriment que ce n’est pas suffisant pour couvrir les frais engendrés. «Cette pratique change beaucoup avec l’arrivée des boutiques qui vendent des lunettes puisqu’elles n’ont pas d’optométristes. On fait donc l’examen de la vue gratuitement et le client se rend ensuite dans ces magasins. Il faut trouver un autre moyen pour recevoir de l’argent», explique Mme Drouin.

Par contre, cette nouvelle ne fait pas l’unanimité dans toutes les cliniques. «C’est certain que cette nouvelle mesure n’aura pas d’impact positif. Quelqu’un de 65 ans qui vient chaque année à la clinique va peut-être venir seulement une ou deux fois tous les quatre ans. Ceux qui ont des enfants ne viendront pas tant que leurs enfants ne vont pas se plaindre de problèmes aux yeux. Il y aura donc engorgement des urgences. On découvre souvent d’avance un problème, mais maintenant on aura assurément des cas plus graves», renchérit Mme Leblanc.

Malgré les nombreuses annonces qui formulaient que ce retrait serait en vigueur le 10 mars, plusieurs cliniques ont confirmé ne pas connaître la date officielle. «L’Association des optométristes du Québec a fait la demande le 22 février. On peut donc dire que le retrait du régime pourrait être en vigueur le 22 mars. Encore là, nous ne sommes pas certains puisqu’il reste encore plusieurs démarches à faire au niveau du gouvernement. Tout le monde est donc assuré jusqu’à la fin du processus», confirme Mme Drouin.