Jacques Fortin et Louis Lacroix habitent à proximité du site où se fera le concassage de béton.

Des citoyens s'inquiètent du concassage de béton dans le secteur Pointe-du-Lac

Une modification au règlement de zonage qui s'apprête à être votée par le conseil municipal de Trois-Rivières, lundi soir prochain, crée bien du mécontentement dans le secteur Pointe-du-Lac. Les citoyens habitant à proximité d'un terrain où s'effectuera bientôt de la revalorisation de béton et de brique par procédé de concassage craignent maintenant que les activités qui se tiendront sur ce terrain du chemin des Petites-Terres n'aient un effet néfaste sur leur santé.
Le terrain en question, site de l'ancien ciné-parc situé entre l'autoroute 40 et le chemin des Petites-Terres, possède déjà l'autorisation de procéder à de tels travaux. Lundi soir, la Ville votera le règlement autorisant le propriétaire à effectuer ces travaux sur une superficie de terrain deux fois plus grande.
Le hic, selon les citoyens habitant à proximité, c'est que rien dans ce règlement ne vient encadrer de façon stricte la procédure des travaux, dont le produit est considéré comme nocif par bien des experts, dont la CSST.
C'est que le procédé de concassage de béton produit de la poussière de silice cristalline, une poussière très volatile, invisible à l'oeil nu et très dommageable pour la santé. De nombreux documents produits par la CSST évoquent les risques liés à l'inhalation de cette poussière, dont la silicose, une affection pulmonaire grave qui peut entraîner une incapacité permanente. La silice cristalline étant classée cancérogène, la CSST exige des mesures strictes pour les travailleurs qui y sont exposés.
«En temps normal, ces travaux devraient être exécutés à l'intérieur, avec des mesures très strictes pour les travailleurs. Mais il n'y a aucune construction sur le terrain qui nous laisse croire que le travail se fera à l'intérieur. Rien dans le règlement de la Ville ne l'oblige», déplore Jacques Fortin, dont sa résidence est située à quelques mètres du terrain en question.
L'association des résidents du secteur Lac-des-Pins a choisi de tirer la sonnette d'alarme, puisque les citoyens n'étaient pas en mesure, selon la loi, de bloquer ce projet de règlement lors de sa première et de sa seconde adoption, au cours des dernières semaines. Seuls les terrains contigus y avaient droit, soit trois propriétaires, certains commerciaux, qui ont choisi de ne pas demander la tenue d'un référendum.
«La seule restriction qu'il a, c'est d'arroser son produit pour éviter que la poussière ne se disperse. Mais on n'a pas l'eau courante sur le chemin des Petites-Terres. Il n'y a que des puits. Avec quelle eau il va pouvoir arroser 24 heures par jour pour sécuriser le produit», se demande Louis Lacroix, un autre résident, qui déplore que la Ville ait aussi autorisé à ce que la marchandise soit entreposée sur des monticules pouvant atteindre neuf mètres de hauteur.
«Dès que le vent va pogner là-dedans, toute la poussière s'en viendra chez nous, ou vers les autres quartiers autour. Je n'en reviens pas qu'on laisse faire ça, c'est une question de santé publique. On n'a rien contre le développement des industries, mais il ne faut pas que ça se fasse au détriment de la santé de la population», croit Louis Lacroix.
À la Ville, on confirme que le règlement qui sera voté lundi soir ne concerne pas les usages permis sur le terrain, mais bien l'endroit où le propriétaire sera autorisé à ces usages. Par contre, en ce qui concerne le procédé utilisé, la compétence relève du ministère de l'Environnement, mentionne Yvan Toutant, porte-parole de la Ville.
«Il doit obtenir un certificat d'autorisation du ministère de l'Environnement pour effectuer les travaux, et ce sera à eux d'évaluer les mesures à prendre pour qu'il respecte les normes», signale M. Toutant, précisant que l'accès au réseau d'aqueduc ne pourrait être un obstacle aux activités, puisque le propriétaire peut aussi utiliser de l'eau non potable pour arroser le produit.
Dans les règles de l'art, martèle le propriétaire
Le propriétaire du terrain où se dérouleront les éventuels travaux de concassage, Claude Noël, assure que toutes les mesures sont prises pour ne pas qu'il y ait de poussière de silice qui se répande dans l'air. L'homme assure avoir obtenu un permis du ministère du Développement durable, de l'Environnement, de la Faune et des Parcs (MDDEFP) pour procéder à ces travaux, qui se feront avec une machinerie spécialisée que M. Noël compte louer à des spécialistes.
«Il n'y en a pas de poussière, c'est impossible car on arrose en même temps. Le produit est mouillé, donc la poussière ne peut pas se répandre», clame-t-il.
Il n'a cependant pas été possible de confirmer ces informations auprès du MDDEFP. Le Nouvelliste a demandé ces précisions mercredi après-midi, mais n'avait toujours pas reçu de réponse vendredi soir.
Bien qu'il ait demandé de doubler la superficie du terrain où il procédera à ces travaux, Claude Noël précise qu'aucun concassage n'a été fait à cet endroit depuis quatre ans, et qu'il ne procède qu'à de l'entreposage de matériaux secs. «Il y a du concassage qui se fait par une autre compagnie à environ 500 pieds de mon terrain, mais pas chez nous. J'ai choisi de ne pas commencer encore parce que le marché n'est pas bon», mentionne celui qui dit ignorer le moment où il commencera ses opérations de concassage.
À l'Agence de santé, on indique que le contrôle des activités en lien avec ce chantier relève du MDDEFP, et que ce type d'industries est très légiféré. Toutefois, la documentation existante sur les effets sur la santé concerne spécialement les travailleurs exposés fréquemment à cette poussière selon des facteurs très particuliers, soit la proportion de silice présente dans les particules, le degré d'exposition et les caractéristiques de l'individu exposé.
«Les premiers symptômes caractéristiques d'une exposition à la poussière sont l'irritation des yeux, du nez et de la gorge. Quand on parle de silice, on doit considérer une exposition prolongée à concentration élevée qui peut mener à une fibrose pulmonaire», évoque Anne Saint-Jacques, conseillère en santé environnement à l'Agence, précisant qu'aucune information n'est toutefois disponible au niveau de la population entourant ces industries.
Le conseiller municipal du secteur, François Bélisle, avait fait savoir, lors des deux précédentes réunions du conseil municipal, qu'il se gardait un droit de réserve sur le vote de lundi soir, étant donné qu'il n'avait pas encore consulté tous ses citoyens à ce sujet. M. Bélisle n'a pas voulu indiquer si sa décision était prise à savoir s'il demanderait ou non le vote, préférant en avertir ses collègues du conseil avant de prendre position sur la place publique.
«L'inquiétude des citoyens est légitime, puisqu'on n'a pas eu l'assurance claire, tant de la Santé publique que de l'Environnement, que tout serait fait de façon sécuritaire. Tout le monde travaille en vase clos et ne se mêle pas de ce qui n'est pas de sa responsabilité. En tant qu'élus, on a aussi l'obligation d'assurer la sécurité du public», mentionne M. Bélisle.