Tout le long du boulevard des Estacades, les berges s’effondrent de plus en plus dans la rivière Saint-Maurice.

Des citoyens riverains du Saint-Maurice s’inquiètent grandement de l’érosion rapide des berges

TROIS-RIVIÈRES — Des citoyens riverains de la rivière Saint-Maurice à Trois-Rivières lancent un véritable cri du cœur à la Ville de Trois-Rivières afin qu’elle agisse rapidement pour freiner l’érosion des berges. Ces citoyens, qui multiplient les démarches depuis plusieurs mois pour se faire entendre, clament que la situation est à ce point urgente qu’il faut prendre rapidement des actions, allant jusqu’à proposer de restreindre la navigation des embarcations à moteur en amont du pont Radisson.

Lorsqu’il regarde vers la rivière, Raymond Mailhot peut constater l’ampleur des dégâts laissés sur les rives qui bordent le boulevard des Estacades, dans le secteur Cap-de-la-Madeleine. Depuis les dernières années, le phénomène s’est accentué, si bien que même la Ville a retiré, il y a trois ans, certains bancs de parcs qui étaient placés à cette hauteur pour éviter que les promeneurs ne s’y attardent trop.

L’un de ses voisins, Pierre Beaudry, constate pour sa part qu’une partie du terrain juste à côté du sien, un terrain appartenant à la Ville, a dégringolé jusque dans l’eau au printemps dernier, affectant également sa propriété. D’autres glissements de terrain sont également survenus plus haut sur le boulevard des Chenaux il y a quelques années, dont un majeur qui a emporté une bonne partie du terrain d’une résidence privée.

Plusieurs citoyens du secteur pointent directement la navigation de bateaux générant de hautes vagues, comme les bateaux utilisés pour le wakeboard ou le wakesurf, comme étant responsable de cette érosion précipitée. Une navigation qui commence souvent tôt au printemps, alors que le niveau de l’eau est au plus haut en raison de la fonte des neiges. «C’est simple, nous avons acheté ici il y a près de 35 ans. Il n’y avait pas cette navigation, et il n’y avait pas non plus ce niveau d’érosion», constate Pierre Beaudry, qui ajoute qu’à l’époque, les équipements servant à la drave étaient encore sur place.

Pour les citoyens, la solution passerait par la désignation d’une zone écorécréotouristique à cette hauteur, soit en amont du pont Radisson jusqu’à la Plage aux chiens, permettant uniquement la navigation des embarcations sans moteur. Une modification qui ne peut passer que par une demande du conseil municipal à Ottawa, qui a juridiction sur la navigation sur cette rivière.

Selon Nautisme Québec, on recommande l’usage de bateaux générant des vagues à un minimum de 300 mètres des berges pour éliminer les risques d’érosion. Or, à cette hauteur, la rivière Saint-Maurice fait 240 mètres de large, si bien qu’un bateau circulant en plein centre ne sera jamais plus qu’à 120 mètres du bord. «C’est absolument impossible de respecter cette norme avec la largeur de la rivière», fait remarquer Pierre Beaudry, qui insiste sur le fait que si la navigation n’est pas réglementée, il faudra tôt ou tard que la Ville et les propriétaires riverains envisagent l’empierrement des berges, une opération très coûteuse collectivement.

Pierre Beaudry et Raymond Mailhot s’inquiètent, comme plusieurs autres citoyens riverains, de constater à quelle vitesse les berges se dégradent de chaque côté de la rivière Saint-Maurice.

Raymond Mailhot peut en témoigner, lui qui a fait faire des travaux de cette nature il y a quelques années, un investissement total de 100 000 $ seulement pour son terrain. Or, le travail serait déjà à recommencer, étant donné que les vagues ont grugé le bas des berges par les côtés, constate-t-il. Rappelons que la stabilisation des berges des terrains privés relève de la responsabilité des propriétaires. Toutefois, ces derniers se demandent bien pourquoi investir de telles sommes si on ne s’attaque pas d’abord à la cause.

Une rencontre entre les citoyens, des hauts dirigeants de la Ville de même que des représentants de la Sécurité publique a eu lieu l’été dernier. Les citoyens disent attendre toujours des actions à la suite de cette rencontre.

«Si on ne s’attaque pas à la cause de cette érosion, on se dirige vers des dommages encore beaucoup plus importants, et des montants qui n’en finiront pas. Il y a urgence d’agir. Qui va prendre soin de ce bien collectif que sont la rivière et les berges», se questionne Pierre Beaudry.

Ville

À l’hôtel de ville, les citoyens ont trouvé un appui de la part du conseiller municipal Pierre Montreuil qui, l’été dernier, a aidé les riverains à poser des pancartes le long des rives afin de demander aux embarcations de ne pas faire de vagues à cette hauteur. «Cinq citoyens ont participé et la Ville en a aussi installé trois sur ses terrains. Malheureusement, une de ces trois pancartes a été arrachée par des plaisanciers à qui le message ne plaisait pas», constate Pierre Montreuil.

Ce dernier considère qu’en raison des normes établies par Nautisme Québec, les bateaux à moteur ne devraient pas pouvoir circuler à cet endroit. Toutefois, la Ville n’a pas juridiction sur la navigation, pas plus que la Sécurité publique, qui ne peut que faire de la sensibilisation. Il revient à Transport Canada de légiférer sur cette portion de la rivière.

«On a demandé des études de caractérisations des berges et on attend les résultats. Parce qu’il faut d’abord déterminer ce qui cause réellement cette érosion», considère Pierre Montreuil, qui ne nie pas l’impact de la navigation, mais met également en relief le niveau de l’eau toujours plus haut au printemps en raison des bouleversements climatiques, de même que la composition des sols sur certains de ces terrains, tant publics que privés.

«C’est un dossier qui m’interpelle beaucoup, mais dans lequel nous devons aussi avancer avec les limites des juridictions provinciale et fédérale», note Pierre Montreuil.

Le maire Jean Lamarche dit pour sa part que la Ville est actuellement très active dans le dossier. «Nous attendons sous peu les résultats de l’étude de caractérisation avant de pouvoir aller plus loin. Mais on reste bien au fait du dossier et on garde une communication avec les citoyens», déclare-t-il.