Plusieurs centaines de citoyens ont assisté à la séance d’information sur la ZIS organisée par la Ville de Trois-Rivières.

Des citoyens débordés... par la ZIS!

TROIS-RIVIÈRES — À défaut d’être véritablement inondés, les centaines de citoyens qui ont assisté à la séance d’information organisée par la Ville de Trois-Rivières, mardi, au Centre d’événements et de congrès interactifs, se sont plutôt montrés débordés par toute cette histoire de zone d’intervention spéciale (ZIS) mise de l’avant par le gouvernement du Québec.

«On avait raison de prendre ce dossier-là très au sérieux», a lancé d’entrée de jeu le maire Jean Lamarche, accompagné du personnel de l’Aménagement, de l’Évaluation et des Services juridiques.

Le premier magistrat a parlé d’une situation anxiogène. «Ça vient nous toucher directement dans ce qui nous est cher», a admis celui qui avoue ne pas avoir vécu un tel stress, malgré le fait qu’il faisait partie de la première mouture de la ZIS avant d’en être retiré.

D’ailleurs, à ce jour, la Ville a reçu pas moins de 654 demandes de modification du périmètre de la fameuse zone controversée, sur un potentiel de 1500 cas à Trois-Rivières. Les gens ont jusqu’à vendredi pour exprimer leur volonté d’être exclus, par courriel, à l’adresse zis2019@v3r.net car la Ville doit déposer son deuxième mémoire au plus tard le 19 août.

L’un d’eux, nouveau retraité, est venu raconter au micro à quel point il était nerveux. «Comment je vais me battre?», a-t-il laissé échapper, évoquant aussi son voisinage. Un autre, nouveau propriétaire depuis à peine deux mois, se retrouve aujourd’hui dans la ZIS. Il a signé son contrat le 14 juin alors que trois jours plus tard, le gouvernement du Québec adoptait son projet de décret. «Votre certificat de localisation est votre meilleure preuve», lui a-t-on fait remarquer, l’invitant à le transmettre comme argumentaire.

Pour sa part, Léon Méthot a témoigné comment sa résidence était «loin d’une quelconque probabilité d’inondation». Et dans l’éventualité où l’État ferait la sourde oreille aux représentations de la Ville et des citoyens concernés, il s’est demandé si un recours ne pouvait pas être intenté pour «annulation d’un décret mal ficelé». «Annuler un décret, c’est toute une aventure», lui a répondu le maire Lamarche après avoir consulté la représentante des Services juridiques. D’ailleurs, à la suite de cette réponse, plusieurs citoyens ont commencé à quitter la salle.

C’est le maire de Trois-Rivières, Jean Lamarche, qui a souhaité la bienvenue aux centaines de citoyens venus s’informer sur la ZIS.

Auparavant, un citoyen avait déploré que tout cet exercice se fasse «à toute vitesse en plein été» alors que les inondations ont à peine eu lieu ce printemps. «C’est inacceptable. Cela aurait dû se faire au mois de septembre», a-t-il suggéré, s’attirant les rares applaudissements de la soirée. Ce fut toutefois le cas quand un propriétaire a dit espérer que ses taxes baissent en conséquence de la ZIS.

Ignorant cette dernière remarque, Jean Lamarche a profité de l’occasion pour rappeler que son personnel, «qui a les compétences pour faire le travail», a aussi dû composer avec la contrainte estivale. «On a essayé de rejoindre le plus de gens possible avec un livrable au 19 août», a-t-il fait valoir.

Si l’un a tenté de comprendre pourquoi une partie de son terrain fait partie de la ZIS et non sa maison, l’autre a blâmé le gouvernement pour les inondations. «Ce fut la plus grande des surprises», a confié une dame qui n’a jamais vu sa propriété être inondée et ce, depuis son acquisition en 1979.

En début de séance, le directeur de l’Aménagement et du développement urbain, Robert Dussault, a fait la chronologie des événements, soit l’adoption du projet de décret le 17 juin 2019, le dépôt du premier mémoire de la Ville le 3 juillet, relevant déjà des incohérences, et l’adoption d’une résolution pour demander un délai supplémentaire, une assemblée publique de consultation le 4 juillet, qui n’avait attiré que 30 participants, le décret gouvernemental le 15 juillet, avec des premiers ajustements de la carte, et les différentes mesures mises de l’avant par la Ville pour informer les citoyens concernés.

D’ailleurs, lors de la première modification, Québec avait exclu pas moins de 835 propriétés de la ZIS, situées en grande partie le long de la rivière Saint-Maurice et, aussi, principalement du côté est. La Ville de Trois-Rivières compte 34,6 kilomètres de rive.

Par la suite, le fonctionnaire a souligné que la ZIS n’est pas en soi quelque chose de nouveau, servant traditionnellement à résoudre un problème jugé urgent et grave. Et cette mesure transitoire, dit-il, va mener à un nouveau cadre normatif en matière d’aménagement du territoire relatif aux inondations, et qui devra être appliqué par les municipalités.

Cette rencontre d’information survient alors que la ministre des Affaires municipales et de l’Habitation, Andrée Laforest, s’apprête à débarquer en région jeudi pour poursuivre sa tournée.

«On a travaillé avec le bassin nord du lac Saint-François, on a fait le bassin du lac Saint-Louis avec l’ouest de Montréal et là, on se penche sur la situation du lac Saint-Pierre. C’est pour ça que dès qu’on a des nouvelles et dès qu’on peut retirer des municipalités par arrêté ministériel, à ce moment-là, on se présente dans les municipalités», avait-elle spécifié en entrevue au Nouvelliste.