De gauche à droite: Louise Baillargeon, directrice générale du CAB de la Moraine, Odette Marineau, membre du conseil d’administration et Guy Bouchard, vice-président du conseil d’administration.

Un loyer qui fait mal

SAINT-NARCISSE — La municipalité de Saint-Narcisse entend, dès le mois de décembre, demander un loyer mensuel de 500 $ plus taxes au Centre d’action bénévole de la Moraine qui occupe, depuis une vingtaine d’années, près des trois quarts d’un bâtiment situé sur la rue Massicotte dans lequel se trouve aussi la bibliothèque municipale. Pourtant, dès l’installation de ce service dans ces locaux, il avait été convenu que le CAB ne paierait jamais de loyer.

C’est en se faisant faire des estimés pour déménager la bibliothèque «qu’avec les membres du conseil municipal, on s’est mis à regarder les frais d’exploitation de nos différents bâtiments pour se rendre compte que ce sont les citoyens de la municipalité de Saint-Narcisse qui assument 100 % des dépenses de fonctionnement de ce bâtiment-là», explique le maire, Guy Veillette.

«On aimerait ça pas nécessairement faire de profits avec ça, mais qu’il y ait une partie des frais réels encourus par la municipalité de Saint-Narcisse qui soient payés par le Centre d’action bénévole. C’est normal d’avoir des frais de loyer, dans la vie, pour n’importe quel organisme», estime-t-il.

Le CAB de la Moraine est actif à Saint-Narcisse depuis une trentaine d’années et loge dans cet édifice depuis une vingtaine d’années, dit-il. «Quand ça a été construit, le CAB avait eu une aide financière de la part d’une fondation», ajoute le maire. Cette aide financière devait servir à assurer la gratuité de l’espace occupé par le CAB «pour toujours», dit-il. «Avec les années, ils ont développé de nouveaux services, entre autres une friperie et la distribution alimentaire. Ils nous ont demandé de pouvoir utiliser les espaces en bas», dit-il.

Le maire constate que certains services offerts par le CAB de la Moraine desservent maintenant l’ensemble de la MRC des Chenaux et se demande pourquoi, finalement, ce ne serait qu’aux citoyens de Saint-Narcisse d’en faire les frais.

La directrice du CAB de la Moraine, Louise Baillargeon, a accepté, au nom de son conseil d’administration, de faire le point sur cette situation. La porte-parole rappelle que le CAB avait investi, au moment de la construction du bâtiment, «et ce montant lui donnait la gratuité pour occuper les locaux au rez-de-chaussée tant et aussi longtemps que le Centre existerait. Le conseil municipal honore toujours cette résolution-là. Mais au fil des ans, le Centre a pris, avec l’accord de la municipalité, des locaux qui étaient au sous-sol. On a été accrédité par la MRC des Chenaux pour être le comptoir alimentaire de toute la MRC. On est aussi accrédité par Moisson Mauricie», rappelle la porte-parole du CAB qui dessert, pour ses autres services, Saint-Stanislas, Saint-Luc-de-Vincennes et Saint Maurice en plus de Saint-Narcisse.

Face à la demande de loyer de Saint-Narcisse, le CAB des Chenaux a récemment interpellé les trois autres municipalités desservies et attend toujours des réponses.

L’affaire, qui n’est pas sans rappeler un peu le problème des infrastructures suprarégionales, a eu des échos à la MRC des Chenaux. Le préfet, Gérard Bruneau, se souvient que le maire Veillette a évoqué cette situation au conseil de la MRC et «personne n’a levé la main», dit-il. «Ce n’est pas facile à vendre», reconnaît-il en croyant que le sujet reviendra sûrement dans les discussions.

Lorsque le maire Veillette a abordé la question à la MRC, «ce fut une fin de non-recevoir parce que les autres maires lui ont dit que chez eux aussi, ils ont des organismes communautaires qui couvrent l’ensemble de la MRC», raconte Mme Baillargeon. Elle pense notamment à la Maison de la Famille qui s’occupe, elle aussi, de tout le territoire des Chenaux.

Mme Baillargeon tient à souligner que le CAB a investi de ses propres fonds pas moins de 50 000 $ en améliorations locatives depuis qu’il occupe la bâtisse «en plus des 38 000 $ versés lors de la construction», précise-t-elle.

Elle rappelle que le CAB de la Moraine, «comme tous les autres organismes communautaires», a des finances très serrées. «On souffre tous de sous-financement», dit-elle.

«On s’est adressé aux municipalités et en août, on va aussi s’adresser au Fonds du développement du territoire. On va présenter un projet pour assumer les dépenses de fonctionnement», indique la directrice.

Mme Baillargeon souligne que la population de Saint-Narcisse compte environ 1800 âmes et quelque 500 payeurs de taxes et qu’il n’en coûte donc que 16 $ par année par payeur de taxes pour soutenir la mission du CAB de la Moraine.

Quant au maire, il croit qu’il faut porter cette cause au plan politique. «On va sensibiliser les députés», propose-t-il en indiquant que la municipalité est prête à accompagner l’organisme dans cette démarche.

«On a rencontré le député», indique Mme Baillargeon, mais il semble qu’il n’existe pas d’autres programmes pouvant soutenir davantage son organisme. «Le communautaire se bat depuis de nombreuses années pour obtenir des augmentations», rappelle la directrice qui craint maintenant que son organisme doive se serrer la ceinture.

Le maire croit qu’il n’y a pas de bon sens que le CAB soit aussi sous-financé. «On reconnaît la pertinence des services au niveau de la population. Tout le monde est d’accord», dit-il. La municipalité a décidé de demander un loyer réduit jusqu’en décembre, soit 420 $, «le temps de se retourner de bord pour aller vers les autres municipalités.»