Un développement qui amène ses responsabilités

On pourrait croire que le développement exceptionnel qu'a connu la petite localité de Saint-Maurice ces dernières années, et que viennent de confirmer les dernières données démographiques de l'Institut de la statistique du Québec, n'est que la conséquence logique des fusions municipales de 2002 qui en ont fait, à l'est, la voisine immédiate de Trois-Rivières. Bien sûr, il y a un peu de ça, admet volontiers le maire Gérard Bruneau, mais on aurait tort de croire que ce n'est «que ça».
En ce petit matin ensoleillé mais glacé de janvier, Gérard Bruneau a en fait deux raisons de se réjouir des derniers chiffres publiés récemment par Le Nouvelliste. C'est qu'il est aussi préfet de la Municipalité régionale de comté des Chenaux et que les dix municipalités qui en sont membres affichent toutes une population légèrement à la hausse. Pas mal pour une mini-MRC rurale, quasi dépourvue de grandes industries.
Mais revenons à Saint-Maurice que ce maire dirige depuis 1991, après en avoir été auparavant conseiller depuis 1977. Au lendemain de la fusion de plusieurs villes, Saint-Maurice se retrouve la voisine immédiate de Trois-Rivières. En fait, du coeur du village au centre-ville trifluvien, il faut compter 15 minutes à peine par l'autoroute, moins si on habite le nouveau développement domiciliaire situé encore plus près de la 40. Il faut toutefois attendre jusqu'en 2004 pour que les jeunes familles découvrent ce charmant coin de campagne à proximité de Trois-Rivières... et la possibilité d'avoir le meilleur des deux mondes.
«J'ai vérifié. Entre 2002 et aujourd'hui, il s'est construit 300 nouvelles maisons à Saint-Maurice mais surtout à partir de 2004, précise le maire, statistiques en main. Il s'est aussi ajouté 60 logements neufs. Cela porte la population de ce village à tout près de 3000 personnes.
Bon, cela peut sembler modeste mais c'est ce qui permet à ce village de conserver son école primaire, son transport scolaire le midi (chose devenue rarissime), son centre de la petite enfance, son bureau de poste (!), sa caisse populaire (mais oui!), son épicerie et son église... mais pas sa quincaillerie par contre, fermée depuis peu.
Tout ne s'est pas fait tout seul. Il faut rappeler que le conseil municipal de Saint-Maurice, exceptionnellement avant-gardiste et... politiquement courageux il faut le dire, fut le premier en milieu rural à prendre la décision de doter le village d'un système d'assainissement des eaux (certains villages de la même MRC en sont encore à l'installer), avec pour résultat que cette coûteuse infrastructure mise en place dès 1983 est maintenant payée. La Municipalité s'est aussi faite entrepreneure en aménageant elle-même ces dernières années dans une vaste zone blanche de 90 hectares (dézonée en 1980) des terrains desservis par les services municipaux et qu'elle a vendus au prix coûtant... sans taxe d'amélioration locale!
Cela a si bien fonctionné que, rapidement, Saint-Maurice quittait la liste des municipalités pauvres, bénéficiaires de paiements de péréquation. Un élément de fierté pour Gérard Bruneau qui n'aimait pas l'idée d'être à la tête d'une municipalité assistée. «Et puis, la péréquation, on ne sait jamais ce qui peut arriver avec ça. Ce n'est rien de sûr.»
En plus de terrains à prix imbattables, Saint-Maurice propose (toujours) un taux de taxe très bas (87 cents du 100 $), ce qui plaît beaucoup aux jeunes familles. Bref, ceux qui autrefois s'établissaient à Saint-Louis-de-France ou Sainte-Marthe-du-Cap, ont commencé à accepter de construire leur maison quelques kilomètres plus loin pour accéder à un cadre de vie idéal pour élever des enfants. Depuis, des entrepreneurs privés ont pris la relève, attirés pour leur part par une municipalité dont le service d'urbanisme ne leur met pas de bâtons dans les roues.
«Mais il y a des responsabilités qui viennent avec ça», nuance quand même le maire Bruneau. Car qui dit jeunes familles, dit «exigences». La Municipalité a donc dû aménager et équiper deux parcs pour les enfants, près des nouveaux secteurs domiciliaires, ainsi que des jeux d'eau au coeur du village. Elle a aussi augmenté (doublé en fait) le nombre de ses employés au garage municipal, acheté d'autres machineries pour l'entretien et le déneigement des nouveaux quartiers.
Le nombre d'enfants devenant si important, la Municipalité a été invitée à libérer les locaux qu'elle occupait à l'école primaire De la Source avec sa bibliothèque municipale. Une autre bibliothèque plus moderne vient d'être inaugurée au centre du village (dans l'ancienne quincaillerie) où on retrouve également une autre particularité, soit un centre de conditionnement physique à tarifs réduits. Aux services de loisirs actuels, (terrains de balle, patinoire, etc.) le conseil veut maintenant ajouter un skatepark et plus tard, un tennis.
Gérard Bruneau admet par ailleurs que l'adoption par la MRC d'une politique familiale a aussi permis à sa propre municipalité de faire un pas de géant dans ce domaine.
«On a fait des choses auxquelles je n'aurais jamais pensé. Nous avons réalisé près de 80 % de nos objectifs», note-t-il fièrement. Comme la MRC vient d'ajouter un volet «ami des aînés» à sa politique familiale, il y a fort à parier que le taux de rétention des retraités, attirés par Trois-Rivières, sera encore meilleur à l'avenir.
«Notre dernière acquisition est un service d'appel automatisé qui entrera en service en janvier et qui nous permettra de rejoindre rapidement la population en cas d'urgence», de conclure Gérard Bruneau qui entrevoit l'avenir avec optimiste pour Saint-Maurice qui a célébré en 2013 ses 175 ans.