Yvan Magny, coordonnateur à l'aménagement du territoire de la MRC des Chenaux.

MRC des Chenaux: un avenir pour l'agriculture

Lorsqu'on parle d'économie dans la Municipalité régionale de comté des Chenaux, il est surtout question de foresterie et d'agriculture. Et pour cause! Avec son territoire zoné à 97 % agricole (dont la moitié en forêt), cette MRC est la plus agricole au nord du fleuve Saint-Laurent. En effet, seulement une quinzaine d'autres MRC présentent la même caractéristique au Québec (agricole à plus de 90 %) et elles sont toutes situées sur la rive sud du fleuve.
Pas étonnant donc que la MRC des Chenaux soit parmi les huit MRC qui ont été invitées, il y a un an par le ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec, à élaborer un plan de développement de sa zone agricole, communément appelé PDZA, à la suite d'une première expérience pilote menée par huit autres MRC au Québec au cours des dernières années.
Une subvention de 40 000 $ accompagnait le projet. Ce dernier débouchera sur un plan de travail qui, on l'espère, donnera un second souffle au secteur agricole qui doit composer avec de nombreux changements... et pas que climatiques. Tout est mis sur la table: le climat bien sûr, la relève (ou l'absence de relève), le transfert d'entreprise, l'environnement, la production biologique, les nouvelles productions, la transformation, l'agrotourisme, la spéculation, l'arrivée d'acheteurs «étrangers», l'achat local, les marchés publics, l'empreinte écologique, etc.
Ce plan, explique Yvan Magny, coordonnateur à l'aménagement du territoire de la MRC, veut mettre en valeur la zone agricole de la MRC dans un contexte de développement durable. Un PDZA repose sur un état de situation et sur la détermination des possibilités de développement des activités. Il est réalisé par une MRC avec les producteurs locaux en concertation, bien sûr, avec l'Union des producteurs agricoles.
La consultation publique sur le PDZA de la MRC des Chenaux se terminait la semaine dernière après deux rencontres à Saint-Maurice et Sainte-Geneviève-de-Batiscan. Elle sera suivie d'autres consultations, privées celles-là, puis du dépôt du plan définitif vers le mois de mars. On espère travailler avec ce plan pendant les cinq prochaines années.
«Au départ, nous avons cinq orientations, explique M. Magny. Maintenir une agriculture bien répartie sur le territoire, diversifiée et basée sur différents modèles d'affaires ainsi que consolider et stimuler l'émergence d'entreprises impliquées dans la transformation de produits agricoles et dans l'agrotourisme.
On veut aussi mettre à profit le plein potentiel du milieu forestier, tenir compte des changements climatiques (privilégier l'approche par bassin versant) protéger et valoriser les ressources de la zone agricoles (terre, culture, boisés, cours d'eau, etc.) et finalement déployer une organisation, des structures et des services aptes à assurer un soutien aux producteurs agricoles et forestiers.»
M. Magny aime bien le titre que porte la vision d'avenir de l'agriculture dans la MRC: «Habiter un grand jardin». L'idée, précise-t-il, n'est pas tant de grossir les fermes que de les diversifier. «Nous sommes déjà assez bien diversifiés. On a du biologique, des entreprises de transformation et des entreprises traditionnelles. Il reste à attirer des jeunes, de la relève, apparentée ou non, et de nouveaux projets. On veut être plus concertés et pousser dans la même direction. Notre principale caractéristique, notre point fort, c'est notre approche agro-environnementale.»
Le fait d'être zonée agricole à 97 % peut être considéré comme une faiblesse de la MRC, admet M. Magny, car ce constat impose des limites certaines. «On ne peut faire d'autres activités, alors il faut jouer avec nos limites. Notre vocation n'est pas la grande industrie et nous sommes un peu la banlieu de Trois-Rivières. Chez nous, une entreprise sur cinq est agricole. Il faut miser là-dessus. Notre enjeux, c'est l'occupation dynamique du territoire. Il reste encore de la place pour s'établir dans nos villages, mais aussi pour des projets agricoles. On veut garder nos gens chez nous. Le nombre de fermes est passé de 325 à 277 ces dernières années, ça diminue tout le temps.»