Depuis 25 ans, l'aréna Optimiste de Sainte-Anne-de-la-Pérade et le centre récréatif Jean-Guy Houle déversent leurs eaux usées dans le fleuve Saint-Laurent.

Les eaux usées dans le fleuve

L'aréna municipal et le centre récréatif de Sainte-Anne-de-la-Pérade ne possèdent pas de fosse septique et répandent leurs eaux usées dans un petit cours d'eau situé à proximité qui, lui, poursuit sa course sans obstacle jusqu'au fleuve Saint-Laurent.
<p>Le centre récréatif Jean-Guy Houle</p>
Cette situation, confirmée par la mairesse suppléante Nancy Benoît, perdure depuis plus de 25 ans, soit depuis l'ouverture de l'aréna Optimiste en 1989 et l'inauguration du centre récréatif Jean-Guy-Houle. Une information qui a fait sursauter le ministère du Développement durable, de l'Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MDDELCC).
«L'aréna et le centre récréatif ont chacun un tuyau qui se déverse dans un petit chenal qui s'en va dans le fleuve Saint-Laurent. Et cela depuis que ces infrastructures sont construites», souligne le directeur général de la Municipalité, René Roy. À son avis, ces déversements ne sont pas près de s'arrêter.
Il y a quelques années, le conseil municipal s'est penché sur la question des eaux usées déchargées par ces deux bâtiments municipaux, mais comme la superficie du terrain où ils reposent ne permet pas de creuser un champ d'épuration conforme sans nuire aux installations sportives et de loisir, la question avait été reléguée aux oubliettes. «La chose n'a pas été mise à l'oubli, mais presque», avoue le directeur général.
«Cette information a été apportée au conseil et, oui, c'est une question qui est sur la table de travail parmi d'autres dossiers. Notre priorité a été de rentabiliser l'aréna. Maintenant, nous regarderons le dossier des eaux usées d'ici les prochains mois ou les prochaines années», assure Steve Massicotte, conseiller municipal et membre du comité des loisirs, vie culturelle, vie communautaire et aréna.
Pour faire les travaux nécessaires et ainsi se conformer au règlement sur l'évacuation et le traitement des eaux usées du MDDELCC, la Municipalité devrait adopter un règlement d'emprunt d'un peu plus de100 000 $. Mais avec l'ambiance conflictuelle qui règne à l'hôtel de ville, où un groupe de citoyens passe au peigne fin les dépenses municipales à la suite des dernières augmentations de taxes foncières, ce n'est pas gagné à l'avance.
«Depuis qu'on a augmenté le compte de taxes, on a tellement de dossiers à travailler que celui-là a été mis de côté. La population va-t-elle accepter qu'on aille en règlement d'emprunt là-dessus? Dans l'état actuel des choses, c'est un dossier très chaud», souligne M. Roy.
Au printemps 2014, la Municipalité avait arrêté un décret obligeant ses citoyens à installer des fosses septiques conformes aux normes en vigueur. Mais en bout de piste, cette réglementation n'a pas été appliquée, car la Municipalité elle-même n'est pas en règle.
«Tant qu'on n'aura pas fait nos travaux à l'aréna et au centre récréatif, on ne forcera pas les citoyens à se conformer. Il n'y a pas tant de gens qui n'ont pas de fosse septique à Sainte-Anne-de-la-Pérade, assure M. Roy. Je peux vous dire que c'est en bas d'une centaine de résidences.»
Les citoyens dont la fosse septique n'est pas conforme, voire qui déversent leurs eaux usées directement dans la nature, n'ont donc pas à craindre les foudres de la Municipalité.
«On n'applique pas le règlement. On a demandé aux citoyens de collaborer, mais on ne remettra pas de contravention aux gens qui ne s'y conforment pas. Nous-mêmes ne sommes pas conformes, alors... À part les égouts, on est conforme partout», conclut M. Roy.
Au MDDELCC, on dépêchera dans les prochains jours un inspecteur pour valider la non-conformité des installations municipales.
«L'inspection permettra de vérifier s'il y a eu manquement quant à la qualité de l'environnement. Si on considère qu'il y a eu un manquement mineur, on émettra un avis de non-conformité pour faire corriger la situation. Si le manquement est jugé modéré, on enverra une sanction administrative pécuniaire. Si on juge que le manquement est grave, on pourrait entreprendre une enquête et des recours légaux seront envisagés», avertit Stéphanie Lemieux, responsable des communications du MDDELCC.
Enfin, si le MDDELCC s'aperçoit que la Municipalité n'applique pas sa réglementation auprès de ses citoyens, «on verra les suites appropriées à donner», conclut Mme Lemieux.