Il n'y aura pas d'eau potable à Saint-Prosper avant vraisemblablement 2016.

Eau potable: Ottawa dit non à Saint-Prosper

Il n'y aura pas d'eau potable à Saint-Prosper avant vraisemblablement 2016. Ottawa a finalement dit non à la petite localité dans le dossier de dépassement des coûts de l'ordre de 800 000 $, dans le cadre des derniers travaux d'installation de son aqueduc municipal devant mettre fin à 12 années d'avis d'ébullition de l'eau.
Par contre, Québec ne laisse pas tomber Saint-Prosper et propose un plan B qui, en bout de ligne, obligera la Municipalité à payer 250 000 $ de plus de «sa poche» ce qu'elle pourra faire en ayant recours, en partie du moins, à son fonds en provenance du programme de la taxe d'accise fédérale. Au final, la population de Saint-Prosper devra prendre son mal en patience pour au moins encore un an et continuer de faire bouillir son eau.
Curieusement, la nouvelle a été annoncée à la directrice générale de Saint-Prosper, Francine Masse, par le directeur général des infrastructures au ministère des Affaires municipales, des Régions et de l'Occupation du territoire, Jean-François Bellemare, alors qu'elle attendait plutôt un appel d'Ottawa, suivant ce qu'avait déclaré la députée Noëlla Champagne, vendredi dernier.
Mme Masse était encore sous le choc. «Ce qu'on m'a dit, c'est que le fédéral ne voulait absolument pas accepter une majoration des coûts de son côté et que ce qui nous restait à faire, c'était de transférer tout le dossier au provincial et de changer de programme. Qu'au lieu du fonds Chantiers Canada-Québec (CCQ), ce serait le Programme infrastructures Québec-municipalités (PIQM). On m'a aussi dit que cela représenterait de nouveaux délais. Il faut que la Municipalité fasse parvenir une lettre disant qu'elle accepte de changer de programme, qu'elle en fasse part aussi au fédéral, et qu'il accepte à son tour ce changement. Avec les nouveaux règlements d'emprunt, j'ai pensé: mon Dieu! On en a jusqu'en 2015 de démarches administratives!»
Plus tard en après-midi, Mme Masse a reçu un courriel du MAMROT qui confirmait des pistes de solutions avancées. «Je me suis dit: enfin un écrit! C'est définitif que le fédéral ne donnera pas suite à la majoration des travaux. On nous propose de sortir le lot 3 des travaux de la subvention CCQ tandis que le PIQM va la prendre en charge. Par contre, dans notre demande d'augmentation de subventions, il y avait aussi des dépassements de coûts pour d'autres lots d'où les 800 000 $ de plus demandés. Cela veut dire que nous devrons assumer les dépassements des autres lots, ce qui n'est pas si pire. Cela donne au final 250 000 $. Donc avec l'application de la taxe d'accise, il restera environ 100 000 $ de plus à la charge de nos citoyens sur un projet de 10 millions $, subventionné à 95 %. Je ne vois pas pourquoi Ottawa refuserait de se retirer du lot 3. C'est une proposition en or pour eux.»
Comble de malchance, le maire Michel Grosleau est actuellement en vacances en dehors du Québec et il ne sera de retour que lundi. Quant à la députée Noëlla Champagne, elle était difficilement joignable hier, puisqu'elle siège à Québec à la Commission parlementaire sur la Charte de la laïcité. C'est ce matin qu'elle fera le point, en espérant que d'ici là, le ministre des Affaires municipales aura officiellement accepté le scénario proposé par son fonctionnaire, ce qu'il n'avait pas fait encore hier, en fin de journée.
«Je pense franchement que tout ne pourra se faire rapidement, a ajouté Mme Masse. Il y a le facteur règlement d'emprunt. La loi dit qu'on ne peut octroyer un contrat si on n'a pas les fonds en conséquence même si on a une promesse gouvernementale. La loi dit aussi qu'il faut que ce soit approuvé par le MAMROT. Ce sont des technicalités mais il va falloir les suivre.»
Elle aurait pu ajouter qu'une municipalité parle par résolution et qu'il faut pour cela que les conseillers présentent des avis de motion. Le conseil ne peut donc aller plus vite que ses propres assemblées municipales qu'il tient généralement une fois par mois.
Quant aux soumissions déjà obtenues par appel d'offres par la Municipalité pour la poursuite des travaux, elles sont valides jusqu'au 22 janvier (et non le 15 janvier comme l'avait laissé entendre le maire). «Mais même à ça, nous n'entrerons pas dans les délais», prévient la directrice générale.
Par ailleurs, Me Roger-Joseph Leblanc, attaché de la députée libérale de Saint-Maurice-Champlain, Lise St-Denis, s'est dit très surpris de la tournure des événements, car à son avis, le ministre Denis Lebel avait bel et bien autorisé les dépassements de coût dans ce dossier.
«C'était réglé et j'avais aussi parlé avec le maire Grosleau à ce sujet. Pourquoi le fédéral refuse maintenant? Je ne le sais pas. Je veux proposer que Mme St-Denis contacte à nouveau M. Lebel, mais ce n'est pas évident de travailler dans ces dossiers partagés. C'est le provincial qui gère les budgets. On n'a plus le droit d'intervenir directement. On ne peut que faire des discussions de corridor», a-t-il déploré.