Depuis 12 ans, les citoyens de la municipalité doivent faire bouillir l'eau.

Eau potable à Saint-Prosper: des citoyens impuissants

La situation de Saint-Prosper fait certes rager le maire de la municipalité, mais il n'est pas le seul. Les citoyens, qui depuis plus de dix ans doivent faire bouillir leur eau, en ont également ras le bol.
Ils soutiennent d'ailleurs le maire, Michel Grosleau, dans ses démarches pour la suite des travaux devant mener à la mise en place d'une usine de filtration d'eau. Ainsi, tout le village pourrait être approvisionné en eau potable.
«C'est certain qu'on appuie le maire à 100 %. Moi j'ai déjà été au conseil, il y a plusieurs années, et déjà, on travaillait sur ce dossier-là. Ça fait 12 ans qu'on fait bouillir notre eau. Je pense que notre effort, il est fait», a souligné d'entrée de jeu Jocelyne Lacasse, une résidente.
Sur la rue Principale, faire bouillir l'eau fait maintenant partie du quotidien de bien des citoyens. Même s'ils en ont pris l'habitude, la situation n'est pas pour autant réjouissante. Les tâches aussi banales que le lavage deviennent de vrais casse-tête pour certains. «On a hâte que ça se règle! Ce n'est pas drôle quand tu dois aller laver ton linge blanc ailleurs à cause de l'eau. Et ça, c'est un exemple parmi tant d'autres», relate une autre citoyenne exaspérée.
Les propriétaires de ferme sont également préoccupés par la situation de l'eau. Ils sont soumis depuis quelque temps à des règles strictes. «Ils nous demandent des analyses d'eau. Présentement, les autorités tolèrent. Ils savent que ça s'en vient, mais il faut que ça se règle un moment donné, sinon on va finir par ne plus être accrédité et là, on va perdre beaucoup de sous», estime Yoland Gravel, propriétaire de 70 vaches laitières.
La situation ne laisse personne indifférent, et les citoyens touchés ont un réel sentiment d'impuissance. «On est juste 500 habitants! Qu'est-ce qu'on peut faire à 500 personnes? Comment voulez-vous qu'on assume une telle dépense? On fait ce qu'on peut pour faire bouger les choses...»
«Ça nous révolte un peu. Si on en faisait une gestion un peu plus serrée avec tout l'argent qui se dépense à tort et à travers, on pourrait enfin avoir de l'eau potable. Pas juste nous, la vingtaine de municipalités dans notre situation également», a ajouté Mme Lacasse.
Cette dernière, qui a déjà siégé au conseil municipal, se souvient ironiquement d'une réunion avec le ministère de l'Environnement où personne n'avait voulu boire l'eau dans les verres, avant de savoir qu'il s'agissait d'eau embouteillée. C'est un irritant parmi tant d'autres qui finissent par tomber dans l'oubli, mais qui reviennent rapidement lorsqu'on les aborde avec les résidents touchés par le problème.
«Tout le monde était énervé à Saint-Tite parce qu'ils ont manqué d'eau pendant quelques jours. Nous, ça fait 12 ans! On trouve ça bien comique! Ces gens-là ne doivent pas savoir qu'il y a pire qu'eux!», raconte Jocelyne Lacasse.
Malgré tout, la population continue de croire que le projet pourrait être terminé dans un avenir rapproché.
«On y croit. Ils ne peuvent pas laisser tomber ça, dit-elle dans un soupir, il ne manque qu'une petite partie pour qu'on ait enfin de l'eau! On est tellement près du but»
Rappelons que le maire Grosleau a vivement dénoncé la décision du gouvernement fédéral dans le dossier. Ottawa refuse d'assumer une partie du dépassement des coûts bloquant ainsi une subvention de plus de 3 millions $.
La totalité du projet d'eau potable pour Saint-Prosper représente environ 3,4 M$, incluant le dépassement de 800 000 $.
La Municipalité a déjà terminé la partie souterraine des travaux et les conduites du réseau de distribution sont en place. Il reste à mettre en place l'usine de traitement d'eau potable et à lancer l'exploitation des puits.
Le premier avis d'ébullition donné pour Saint-Prosper en janvier 2002 n'a jamais été levé depuis.