Sonya Auclair, nouvelle mairesse de Batiscan, présente son projet de Plage éco nature Batiscan.

Début de mandat intense pour la mairesse de Batiscan

Le moins que l'on puise dire, c'est que la nouvelle mairesse de Batiscan, Sonya Auclair, connaît un début de mandat intense.
Mélangez un grand projet environnemental, une population prudente, un conseil divisé, une conseillère en conflit d'intérêts, un conseiller époux de la mairesse, et couronnez le tout d'un droit de veto: vous obtenez le cocktail parfait pour une crise politique... ce que Mme Auclair cherche à éviter à tout prix, convaincue d'avoir entre les mains un projet unique au Québec, rien de moins que ce qu'elle appelle «le dernier joyau non protégé sur les rives du Saint-Laurent».
Le Nouvelliste a rencontré Mme Auclair à ses bureaux à l'hôtel de ville de... Trois-Rivières, où elle est directrice de l'évaluation. Elle aime bien dire à la blague qu'il y a deux maires à Trois-Rivières. Mais là s'arrête la boutade.
Une fois élue, elle a tôt fait de réaliser que sa petite municipalité de moins de 1000 habitants ne dispose pas des moyens techniques de la capitale mauricienne. Des moyens dont elle aurait pourtant bien besoin pour structurer son projet de parc linéaire le long du fleuve Saint-Laurent, du quai municipal jusqu'à la rivière Batiscan.
C'est d'ailleurs sur cette idée de mettre de l'ordre dans le controversé dossier de la plage de Batiscan, que Sonya Auclair s'est faite élire en novembre dernier. Sitôt en place, la mairesse a «marché la plage», comme les habitants «marchent leur terre» et réalisé que tant qu'à régler le problème du bout de plage situé près du quai municipal, elle pourrait poursuivre vers l'est, jusqu'à la presqu'île gérée par la Société de conservation des milieux humides du Québec, incluant au passage des parcelles de terrain, propriété du Domaine hydrique de l'État.
Bref, au moins tout ce qui se trouve sous la ligne 0-2 ans, (soit la ligne des hautes eaux localisée à la limite des inondations de récurrence de 2 ans où, de toutes façons on ne peut plus rien construire): une bande de terrain de 46 400 mètres carrés, d'environ 1,6 km (sans la presqu'île) mais qui inclut 11 067 mètres carrés appartenant à des propriétaires privés, ce qui n'est pas le moindre écueil.
En effet, par les années passées et en toute légalité, plusieurs superbes propriétés ont été construites en zone inondable. Leurs terrains, une plage de plus en plus gazonnée, descend doucement jusqu'au fleuve. Des randonneurs s'y promènent à l'occasion ainsi que des amateurs de VTT ou de motoneige qui s'y baladent impunément bon an mal an, avec les irritants que cela peut représenter.
«Des gens nous disent que nous allons diminuer la valeur de leur propriété avec notre projet. Je leur réponds qu'au contraire, en réglementant la plage, en plantant des arbustes et en surveillant l'accès, nous allons l'augmenter, plaide Sonya Auclair qui, faut-il le rappeler, est évaluatrice de formation. Si on n'arrive pas à réglementer, on n'arrivera jamais à quelque chose qui a de l'allure.»
La mairesse estime en effet que la plage de Batiscan n'a pas bonne presse... et qu'elle pourrait plutôt devenir un extraordinaire facteur de développement économique son seulement pour son village mais pour toute la MRC des Chenaux.
Cela dit, elle implore la population et son propre conseil de lui laisser le temps de structurer le projet et de le leur présenter. Or, au moment de voter des fonds pour payer les frais d'un arpenteur, le conseil a dit non. Finalement, la mairesse a obtenu gain de cause en utilisant son veto.
«J'aurais payé 2500 $ de ma poche, s'il avait fallu. Sans ce plan, je ne peux travailler», affirme-t-elle avec conviction. La Municipalité a aussi fait appel a un avocat spécialisé lorsqu'elle a constaté le peu de réception des gens du Domaine hydrique de l'État à sa demande d'achat ou de cession de terrains.
Le conseil dispose donc maintenant d'une carte qui montre bien l'ampleur du projet mais la mairesse voudrait pouvoir réaliser une véritable maquette qui lui permettrait de mieux faire comprendre ce qu'elle appelle son projet de développement intégré, baptisé «Plage éco nature Batiscan», où on verrait bien le projet ainsi que ses installations. Elle se dit consciente qu'il lui reste beaucoup d'étapes à traverser mais ne désespère pas de mener le dossier à terme d'ici deux ans.
Maintenant que la caractérisation du site est faite, il lui faut rencontrer plusieurs instances locales et régionales, dont l'organisme ZIP Les Deux Rives (demain) ainsi que le ministère de l'Environnement (le 8 avril). Elle veut aussi étudier toutes les possibilités d'aides financières car c'est l'objection principale des contribuables: le coût du projet, encore inconnu d'ailleurs.
Il restera aussi à convaincre ses collègues de la MRC, la députée de Champlain, Noëlla Champagne, ainsi que le ministre responsable de la région et ministre de l'Environnement, Yves-François Blanchet. Une fois qu'elle aura tout en main, elle se propose de visiter les propriétaires riverains un à un, afin qu'ils aient l'information de première main. Après seulement, le projet sera présenté à la population. Idéalement, à l'automne.