Plus d'un millier d'employés d'Hydro-Québec ont été déployés à travers la province pour remettre en état le réseau de distribution de l'électricité. Ils recevront d'ici dimanche des renforts venus d'Ottawa, du Nouveau-Brunswick et de Détroit, aux États-Unis.
Plus d'un millier d'employés d'Hydro-Québec ont été déployés à travers la province pour remettre en état le réseau de distribution de l'électricité. Ils recevront d'ici dimanche des renforts venus d'Ottawa, du Nouveau-Brunswick et de Détroit, aux États-Unis.

Des centres d’hébergement ouverts à Trois-Rivières et Nicolet

Matthieu Max-Gessler,  Initiative de journalisme local
Matthieu Max-Gessler, Initiative de journalisme local
Le Nouvelliste
TROIS-RIVIÈRES — Au lendemain de la violente tempête qui a plongé plus d’un million de personnes dans le noir au Québec, 1100 d’employés d’Hydro-Québec étaient à pied d’oeuvre, samedi, pour remédier aux nombreuses pannes qui privaient toujours plus de 200 000 Québécois d’électricité. Alors qu’il est évident que des milliers de personnes passeront une seconde nuit sans courant, des villes de la région ont décidé d’ouvrir des centres d’hébergement pour accueillir la population sinistrée et lui permettre de passer la nuit au chaud.

En fin de soirée, samedi, plus de 50 000 Mauriciens et Centricois étaient encore privés d’électricité. Hydro-Québec espère rétablir le courant chez la grande majorité de ses clients d’ici dimanche soir, mais le grand nombre de bris sur son réseau de distribution complique la tâche à ses employés. Des équipes venant du Nouveau-Brunswick, d’Ottawa et de Détroit, aux États-Unis, étaient en route pour venir leur prêter main-forte.

À Nicolet, 80 % de la population est sans électricité depuis plus de 24 heures. Or, selon la Ville, la société d’État n’a pas encore commencé à réparer les dégâts sur son territoire. La Ville va donc ouvrir un centre d’hébergement à l’hôtel de ville, situé sur la rue de Monseigneur-Panet, au centre-ville.

«Les gens vont pouvoir venir socialiser, prendre un café, se réchauffer et recharger leurs téléphones cellulaires, a indiqué la mairesse Geneviève Dubois, lors d’un point de presse, samedi après-midi. Ceux qui veulent dormir sur place peuvent le faire: on a des matelas, les gens n’ont qu’à amener leur literie et leurs effets personnels.»

La Ville invite toutefois ses citoyens à tenter de se faire héberger chez des amis ou de la famille, si possible. Si cette option n’est pas envisageable, ils peuvent se rendre au centre d’hébergement.

La Ville de Nicolet a décidé d'ouvrir un centre d'hébergement à l'hôtel de ville, samedi soir. Sur la photo, de gauche à droite: Martin Provencher, directeur du service incendie de la Ville de Nicolet, Geneviève Dubois, mairesse, et Stéphane Nourry, directeur des travaux publics.

Les employés de la Ville ont eu fort à faire pour remédier aux dégâts causés par les violentes rafales de vendredi. De nombreux arbres et branches sont tombés sur des fils et sur plusieurs rues, forçant la fermeture de ces dernières. Samedi, toutefois, toutes les artères étaient ouvertes à la circulation. Les stations de pompage du système d’aqueduc de Nicolet ont par ailleurs dû être alimentées par des génératrices afin de pouvoir fonctionner normalement et alimenter en eau potable non seulement les Nicolétains, mais également les résidents de municipalités voisines qui en dépendent. L’hôtel de ville lui-même doit être alimenté par des génératrices, puisque le bâtiment est lui aussi privé de courant. Le centre d’hébergement sera toutefois opérationnel sur l’heure du souper, assure la Ville.

Des pompiers ont été déployés depuis vendredi pour faire du porte-à-porte et s’assurer de la sécurité des gens. Les résidences pour personnes âgées ont également été visitées, mais chacune disposait de génératrices lui permettant de fonctionner normalement. Le supermarché Super C de Nicolet a également eu recours à une imposante génératrice pour s’alimenter en électricité.

Par ailleurs, le réseau de télécommunication de Nicolet a été coupé en raison d’un arbre tombé sur la ligne principale qui sert à alimenter la majeure partie de la ville en électricité et qui permet de brancher les foyers à Internet et au téléphone. La Ville estime que plus d’une centaine d’arbres ont été déracinés, cassés ou sérieusement abîmés vendredi. Heureusement, aucun n’est tombé sur une résidence.

Les émondeurs ont eu fort à faire, samedi, pour dégager les arbres tombés à cause des vents de vendredi.

À Trois-Rivières, un centre d’hébergement a également ouvert à 18h, samedi, à la Bâtisse industrielle du terrain de l’Exposition, sur l’avenue Gilles-Villeneuve. Les Trifluviens privés de courant et qui n’ont pu trouver refuge chez des proches sont invités à s’y rendre en amenant leurs effets personnels, notamment des serviettes, du savon et leurs médicaments. Du personnel du CIUSSS de la Mauricie et du Centre-du-Québec sera sur place pour offrir du soutien psychosocial au besoin.

Les citoyens qui désiraient recharger leur téléphone cellulaire pouvaient le faire en se rendant dans l’une des cinq bibliothèques municipales, qui avaient prolongé leurs heures d’ouverture jusqu’à 18 h. Par ailleurs, la Société de transport de Trois-Rivières offre la gratuité du transport jusqu’à dimanche, 19h, afin de faciliter les déplacements. Selon un communiqué émis par la Ville, samedi après-midi, le rétablissement du courant pour la majorité des Trifluviens est prévu au cours des prochaines 24 heures.

Le centre d’appels 311 restera également ouvert toute la fin de semaine. Les citoyens qui désirent signaler des dégâts ou des dangers à la Ville peuvent le faire par ce numéro entre 8h et 20h.


Les vents violents de vendredi ont entraîné, à Trois-Rivières, plus de 300 requêtes à la Ville, principalement pour signaler des arbres tombés ou sur le point de l’être. Au plus fort de la crise, une centaine d’intervenants municipaux ont été mobilisés.

En raison des pannes, le Complexe sportif Alphonse-Desjardins (CSAD) et l’aréna Jean-Guy Talbot étaient fermés, samedi. La glace olympique du CSAD et l’aréna Jean-Guy Talbot ne seront pas accessibles jusqu’à lundi 21h, au minimum, afin de préserver la qualité de la glace.

Un centre d'accueil a également été mis sur pied à Saint-Boniface, jusqu'en fin de soirée. La Croix-Rouge était sur place pour prendre en charge les personnes qui avaient besoin d'hébergement. 

Par ailleurs, quelques routes dans la région sont fermées à la circulation en raison des dégâts causés par les vents de vendredi. C'est le cas de la route 138 à la hauteur de la rue Dionne, dans le secteur de Pointe-du-Lac, à Trois-Rivières, de la route 263, à Sainte-Marie-de-Blandford, et de la route 265, à Sainte-Françoise.

De nombreux pins du parc écologique Godefroy, à Bécancour, sont tombés au sol à cause des vents de vendredi.

Attention au monoxyde de carbone

Alors que les pannes de courant pourraient s’étirer jusqu’au début de la semaine prochaine, selon les secteurs, le CIUSSS de la Mauricie et du Centre-du-Québec appelle les gens qui se servent de chauffages d’appoint ou de génératrices à faire preuve de prudence. Le CIUSSS rappelle en effet que les appareils qui brûlent un combustible comme le propane, l’essence, le mazout et le bois peuvent émettre du monoxyde de carbone. Or, ce gaz hautement toxique est impossible à détecter sans l’aide d’un avertisseur de monoxyde de carbone.

Le CIUSSS recommande aux citoyens d’être à l’affut de symptômes d’une intoxication légère, soit de la fatigue, des maux de tête et la nausée. Si ces symptômes se manifestent ou que l’avertisseur de monoxyde de carbone installé se déclenche, il est impératif d’évacuer rapidement le lieu contaminé, de communiquer avec le 911 et de ne pas réintégrer les lieux avant d’avoir reçu l’avis d’un expert, comme un pompier. Le CIUSSS recommande également de ne pas utiliser d’appareils fonctionnant au gaz à l’intérieur de son domicile, d’installer sa génératrice à l’extérieur de sa résidence ou de son garage et de l’éloigner le plus possible des portes et fenêtres et de se munir d’un détecteur de monoxyde de carbone.

Une exposition à des niveaux élevés de monoxyde de carbone peut causer la perte de conscience et même la mort, en seulement quelques minutes. Bien que les personnes âgées, les femmes enceintes et les personnes atteintes de maladies cardiaques sont plus à risque, le monoxyde de carbone peut aussi avoir des effets néfastes sur les personnes en bonne santé.

La Sécurité civile invite par ailleurs les sinistrés à faire preuve de prudence avec la consommation d'aliments réfrigérés. Selon le site du ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec (MAPAQ), un réfrigérateur conservera les aliments au frais pendant quatre à six heures après le début d'une panne de courant, à condition de ne pas être ouvert. Au-delà de ce délai, il est recommandé de ne jeter plusieurs aliments périssables. La liste de ces aliments pout être consultée sur le site internet du MAPAQ.

Comparable à la crise du verglas

En milieu de journée, le premier ministre François Legault a pris la parole aux côtés du président d’Hydro-Québec pour faire le point sur les pannes d’électricité dans la province.
M. Legault a lui aussi comparé la situation actuelle à la crise de verglas de 1998. «C’est la pire situation depuis la fameuse crise du verglas, mais les choses s’améliorent beaucoup plus rapidement qu’en 1998», a-t-il dit.

Pour trois régions, certains citoyens devront se montrer un peu plus patients. Quelques jours seront supplémentaires pour rétablir le courant. C’est notamment le cas de la Beauce, qui a été fortement touchée par la tempête. En plus des inondations, près de 20 000 foyers n’avaient pas d’électricité samedi.

Étant donné la grande quantité d’arbres tombés en Estrie, les villes entourant Sherbrooke et Granby seront plongées dans le noir un peu plus longtemps elles aussi. C’est le cas également pour plusieurs secteurs dans les Laurentides et Lanaudière.

Avec la collaboration de Judith Desmeules, Le Soleil