Robert Dufresne a dû annuler les fêtes de mariages jusqu’en août.
Robert Dufresne a dû annuler les fêtes de mariages jusqu’en août.

Des cabanes à sucre... à l’auto

Brigitte Trahan
Brigitte Trahan
Le Nouvelliste
SAINT-PROSPER-DE-CHAMPLAIN — La COVID-19 aura eu raison d’une importante tradition au Québec, cette année, la cabane à sucre.

Les producteurs ont dû faire preuve d’imagination pour vendre malgré tout leur production et c’est finalement par... des commandes à l’auto que la plupart ont pu vendre leur sirop, tire, cornets, sucre et autres gâteries à l’érable.

À la Cabane à sucre de Ginette et Marcel Leblanc, à Saint-Prosper, les fidèles clients ont tenu, malgré la situation, à faire provision de ces gâteries saisonnières.

Une table a été aménagée à l’extérieur de la cabane et sur rendez-vous, ils pouvaient venir prendre possession de leur commande sans contact, raconte Mme Leblanc, très heureuse d’avoir eu cet encouragement de leur part.

Le côté positif de la saison des sucres, cette année, c’est que Dame Nature a produit une belle récolte de sirop, dit-elle.

Mme Leblanc indique qu’il a toutefois fallu téléphoner à tous ceux et celles qui avaient réservé pour un repas à la cabane afin d’annuler leur réservation, confinement oblige.

On croirait l’exercice fastidieux, mais Mme Leblanc confie que cette démarche a eu un effet plutôt thérapeutique. L’acéricultrice et ses clients ont en effet profité de l’occasion pour jaser un peu de ce qu’ils vivent, chacun de leur côté, durant cette période de confinement. «Il y en a qui vivent des deuils», signale-t-elle. Ça faisait donc du bien d’en discuter.

Lorsque les cabanes à sucre se déroulent normalement, Mme Leblanc explique qu’elle n’a pas autant de temps pour discuter avec les clients, «car on a de la broue dans le toupet», fait-elle valoir.

L’acéricultrice avoue qu’elle a bien hâte de reprendre le collier et de revoir son monde, l’an prochain.

À la Ferme biologique Le Crépuscule de Yamachiche, le confinement a fait perdre de nombreuses réservations de visiteurs européens. «On en avait comme jamais, cette année», indique Jean-Pierre Clavet qui est évidemment bien déçu de la tournure des événements.

Les habitués de cette cabane à sucre biologique réservent habituellement à l’avance et c’est à coups de dizaines de milliers de dollars que l’entreprise a dû rembourser les clients qui avaient assuré leur place, car qui dit confinement dit aussi interdiction de se rassembler autour d’une bonne table.

Comble de malheur, Le Crépuscule connaît, cette année, sa «meilleure saison à vie» en terme de production acéricole, signale M. Clavet. L’entreprise récoltait, depuis ses débuts, son eau d’érable à la chaudière et au cheval. L’an dernier, pour la première fois, elle a installé des tubulures. C’est un monde de différence, car un temps très précieux est sauvé, explique M. Clavet. Grâce à cette innovation, l’érablière, qui sera reprise par le fils de M. Clavet, Alexis, passera sous peu de 1100 entailles à 2000 entailles pour la production de sirop biologique. La jeune relève s’adonne aussi, cette année, à la transformation du sirop en produits recherchés comme la tire, les bonbons et les cornets qui permettent de donner une valeur ajoutée à la production.

Ici aussi, on a vendu tous ces bons produits à distance aux clients venus faire des provisions. «Nos clients avaient déjà la possibilité d’acheter via notre site web. Ça n’a donc pas été compliqué», explique Jean-Pierre Clavet qui produit aussi de la viande biologique.

Robert Dufresne, de la Cabane à sucre du Boisé, dans le secteur Saint-Louis-de-France, a dû lui aussi se résigner à annuler ses repas à la cabane. Pour lui, la situation est encore plus choquante parce que son érablière est dotée d’une petite chapelle et d’une magnifique salle à manger qui sert souvent à des réceptions de mariage durant l’été. «Il a fallu tout annuler jusqu’au mois d’août», déplore-t-il en espérant que le même scénario ne se reproduira pas l’an prochain à cause de la COVID-19.

La salle est souvent utilisée aussi pour des fêtes jusqu’en décembre. L’acériculteur se croise donc les doigts pour que les affaires reprennent dès la fin de l’été.

Comme dans la plupart des entreprises, il a dû mettre son personnel temporairement à pied. Ici aussi, les clients les plus fidèles sont malgré tout passés chercher quelques provisions de produits de l’érable, mais la saison de la cabane à sucre est à l’eau, comme partout ailleurs au Québec.