Micheline Ouellet estime que la municipalité ainsi que le gouvernement «sont endormis» alors qu’elle est «la seule éveillée».
Micheline Ouellet estime que la municipalité ainsi que le gouvernement «sont endormis» alors qu’elle est «la seule éveillée».

Des avis d’ébullition répétés à Saint-Élie-de-Caxton

Pierrick Pichette
Le Nouvelliste
SAINT-ÉLIE-DE-CAXTON — Depuis près de 10 ans, les avis d’ébullition se multiplient pour les résidents du domaine Ouellet à Saint-Élie-de-Caxton. Bien que les citoyens peuvent, semble-t-il, toujours consommer leur eau. Une remise aux normes du réseau d’aqueduc de l’endroit y est exigée depuis plus d’une dizaine d’années par le ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MELCC).

«Au fil des années, ce domaine a construit son système d’aqueduc privé selon d’anciennes normes, qui ne sont plus valides aujourd’hui. Présentement, il utilise l’eau de la décharge du lac Bell. C’est donc dire que la prise se fait dans un bassin à ciel ouvert, ce qui est interdit par le Québec. Il peut arriver toutes sortes de choses dans un bassin comme celui-là pour contaminer l’eau», a raconté le maire de Saint-Élie-de-Caxton, Robert Gauthier.

Malgré ce non-respect des règlements gouvernementaux en matière d’eau potable, les citoyens du domaine Ouellet auraient accès à de l’eau très propre. C’est du moins ce qu’affirme l’actuelle propriétaire de l’endroit, Micheline Ouellet.

«Depuis toujours, on est obligés de procéder à des analyses tous les 15 jours, comme une vraie ville. Or, comme le veut mon mandat, j’ai remis au maire les résultats de chacun de mes tests en laboratoire. Mon eau est conforme. Tout au long de l’année, mon réseau est en très bon ordre. De plus, à chaque analyse, j’envoie des copies aux ministères de l’Environnement et de la Santé afin de prouver que je fais bien mon travail.»

Comme il est «du devoir moral de la municipalité de desservir l’entièreté de sa population en eau potable», le maire a tenté, dès son arrivée en poste, de prendre en charge ce dossier. C’est ainsi que la Municipalité s’est servie du montant qui lui est remis tous les cinq ans en vertu de la taxe sur l’essence de la province afin de faire construire une station de pompage d’une valeur de 1,7 M$ à proximité de ce domaine.

Sur le plan pratique, il ne resterait donc plus qu’à nettoyer et désinfecter le réseau actuel de l’endroit pour qu’il puisse être branché à celui de Saint-Élie-de-Caxton. «Toutefois, ces opérations occasionneraient des coûts importants que la Municipalité ne peut pas assumer toute seule. Nous sollicitons donc l’aide du gouvernement provincial», a spécifié Robert Gauthier.

Par ailleurs, lors de la visite du premier ministre du Québec, François Legault, en Mauricie le mois dernier, Robert Gauthier a tenu à le mettre personnellement au courant de cette situation dans l’espoir d’activer les choses. Le députe provincial de Maskinongé, Simon Allaire, quant à lui, travaillait déjà sur le dossier depuis un moment.

«C’est un problème qui n’est pas du tout simple qu’on tente de régler depuis bien longtemps déjà. Pour que la Municipalité puisse bénéficier d’un programme d’aide financière, elle doit être propriétaire. Toutefois, avant d’acheter, l’appareil municipal souhaite s’assurer de bénéficier de cette subvention gouvernementale. Finalement, c’est un peu comme l’oeuf ou la poule. Le premier ministre et moi-même évaluons actuellement les différentes avenues à emprunter pour régler cette problématique le plus rapidement possible», a fait savoir M. Allaire.

La propriétaire veut vendre, mais pas à n’importe quel prix

C’est après que son mari eut perdu la vie, l’an dernier, que la Caxtonienne a hérité de la gestion de ce domaine. Lorsqu’elle est arrivée en poste, la dame a laissé entendre qu’elle serait prête à vendre son réseau d’aqueduc à la Municipalité de sorte qu’il puisse être mis aux normes et branché au réseau actuel de la municipalité.

«Je n’ai absolument rien contre le fait de céder mon réseau. Toutefois, il est important que je reçoive le prix qu’a exigé mon mari de son vivant, qui était de 75 000 $. En plus, comme c’est très demandant de m’occuper de mon eau au fil des saisons, je serais prête à baisser le prix pour que le village veuille l’acheter. Je veux voir les autorités faire quelque chose», a-t-elle indiqué.

Si la vente de son réseau ne dépendait que d’elle, le dossier aurait d’ailleurs été clos bien avant ça. Micheline Ouellet souhaiterait effectivement que cette problématique soit réglée le plus rapidement possible dans l’intérêt des habitants de son domaine.

«J’aimerais que le dossier avance beaucoup plus vite. J’ai l’impression qu’aucune action concrète n’est prise actuellement et que je suis la seule qui est éveillée. Je passe pour la grande méchante aux yeux de mes résidents, mais je m’inquiète pour eux. La plupart boivent de mon eau et ne sont pas malades, mais je veux que ça bouge pour eux», soutient-elle.

Selon les informations fournies par le MELCC, c’est en avril 1996 que le tout premier avis d’ébullition concernant le domaine Ouellet a été émis. Par la suite, les citoyens ont pu avoir la conscience tranquille pendant plus 15 ans.

Cette sérénité d’esprit a cependant été menacée, en décembre 2011, lorsqu’un deuxième avis d’ébullition pour ce secteur a été publié par le Ministère. Un troisième a ensuite suivi en mars 2012, puis un quatrième en avril 2013 et un cinquième en novembre 2014.

Enfin, un dernier avertissement a été remis par le MELCC en avril 2015 «avec mention que celui-ci serait valide jusqu’à ce que la mise aux normes du réseau soit réalisée». Tel que le prévoit la réglementation à ce sujet, un renouvellement de l’avis est publié toutes les deux semaines par le gouvernement.

«Les autorisations pour l’aménagement d’un nouveau puits et pour l’installation d’un système de traitement ont été délivrées à la municipalité de Saint-Élie-de-Caxton le 28 mai 2019. Le MELCC assure le suivi auprès de la Municipalité pour assurer la mise aux normes du réseau ainsi que le respect de la réglementation en vigueur et n’exclut actuellement aucun recours pour parvenir à cette fin», a spécifié le ministère.

Outre cet endroit, le domaine des Bouleaux blancs de Saint-Élie-de-Caxton se trouve lui aussi dans une situation similaire. Dans ce dossier, le propriétaire est même intéressé à céder son réseau d’aqueduc à la municipalité pour la modique somme d’un dollar. Toutefois, les réparations à effectuer sur les installations impliqueraient des coûts de 1,3 M$ au village. «On aura besoin d’une subvention pour ce secteur également», a conclu le maire Gauthier.