Le transport scolaire s’est complexifié autour du lac à la Tortue depuis le début de la période de dégel, en raison du chantier pour l’installation d’un réseau d’égout et d’aqueduc.

Des autobus de chantier en renfort à Lac-à-la-Tortue

SHAWINIGAN — La Commission scolaire de l’Énergie s’en remettra à deux autobus de chantier pour réduire les inconvénients de 55 élèves de douze écoles touchés par l’état lamentable de la route qui ceinture le lac à la Tortue.

À compter de mercredi, les enfants seront invités à se rendre à l’un des seize points d’embarquement réguliers pour monter à bord de ces véhicules. Ils seront alors transportés à l’intersection du chemin de la Vigilance et du chemin des Daniel, ou à celle du chemin Saint-Timothée et de l’avenue du Tour-du-Lac, à Hérouxville, où les autobus réguliers prendront la relève.

La saga du transport scolaire dans ce secteur a connu un nouveau rebondissement en fin de journée vendredi, lorsque les trois entreprises qui se partagent cette mission sur ce chantier ont avisé la CS de l’Énergie qu’elles ne pourraient plus s’y rendre. À la fin mars, quatre points d’embarquement avaient été désignés pour éviter les portions de routes trop difficiles pour les autobus, mais visiblement, cette solution avait déjà atteint ses limites.

«Ça fait 45 ans que je suis dans le domaine du transport de personnes et je n’ai jamais vu ça», témoigne Roger-Louis Proulx, directeur général d’Autobus de l’Énergie, l’un des trois transporteurs scolaires attitrés à ce secteur.

«Nous avons été excessivement patients. Nous avons essayé de ne pas pénaliser la population. On nous faisait miroiter que l’entreprise Allen allait entretenir les rues, que la Ville mettrait de la pression. Finalement, tout le monde se lance la balle et pendant ce temps, nous nous promenons là-dedans.»

Voyant que la situation se dégradait, particulièrement sur le chemin des Daniel, M. Proulx est donc entré en communication avec la CS de l’Énergie, jeudi matin, pour formuler ses recommandations pour remédier à une situation qui devenait intenable. Le directeur général a déjà vu un de ses chauffeurs arrêté deux mois en raison de maux de dos et deux autres suivent actuellement des traitements en physiothérapie pour les mêmes raisons.

«Nous avons cinq autobus qui circulent dans ce secteur», explique-t-il. «Sur le plan logistique, nous accusons aussi des retards importants. On ne peut pas rouler comme on le devrait normalement. Depuis un an, j’estime que nous avons entre 8000 $ et 10 000 $ en réparations, sans compter les conséquences sur la santé et la sécurité, les bris prématurés et les morceaux qui peuvent être fragilisés en lien avec ces chemins.»

Michel Ratelle, chauffeur pour les Autobus Paul - Le Jeune de Saint-Tite, vit un arrêt de travail depuis le 4 avril en raison de ce parcours qui s’apparente à une zone de guerre.

«Il y a eu un bris de suspension sur mon autobus», explique-t-il. «Ce ne sont pas des nids-de-poule, mais des nids d’éléphants! L’hiver dernier, avec la neige et la glace, il n’y avait pas de problème. La route était tapée. Mais aussitôt que le dégel a commencé, les trous et l’eau sont apparus. Il manque de gravier et de sable. Je connais des gens qui ont brisé leur véhicule.»

Intervention

Denis Lemaire, directeur général de la Commission scolaire de l’Énergie, s’attriste évidemment de ces cas de lésions professionnelles. De plus, il précise que jusqu’ici, les trois entreprises responsables du transport scolaire lui ont indiqué que leurs véhicules avaient subi pour une valeur de 15 500 $ en bris de toutes sortes, des suspensions aux supports de radiateurs, en passant par des miroirs extérieurs et des pare-chocs.

M. Lemaire rappelle que son organisation possède un pouvoir d’intervention très limité dans ce dossier. En collaboration avec Autobus de l’Énergie, deux véhicules mieux adaptés à ces conditions routières exceptionnelles seront donc loués à la semaine, au coût de 1000 $ chacun, pour faire la navette entre les points d’embarquement des élèves et le transport régulier aux deux intersections prévues.

«Nous avons regardé tous les scénarios possibles», explique le directeur général. «Nous avons regardé où nous pouvions agir et nous avons trouvé cette solution des autobus de chantier, plus robustes et avec des suspensions à air. Nous avons aussi regardé des autobus de type big foot, mais il n’y en avait pas de disponible. On en retrouve sur la Côte-Nord.»

Difficile de savoir si cette solution facilitera la vie des parents, mais pour le moment, il s’agit de l’avenue privilégiée. M. Lemaire précise qu’en aucun moment, au cours des derniers jours, des enfants ont dû franchir plus de 1,6 kilomètre pour atteindre leur point d’embarquement.

Le directeur général se garde de lancer la pierre à la Ville de Shawinigan dans ce dossier.

«Elle est dans une situation extrêmement complexe, selon ce que je peux en comprendre, avec l’entrepreneur», commente-t-il. «Elle a les mains attachées, mais de notre côté, il fallait agir et offrir le service du mieux qu’on peut.»

D'autres interventions prévues cette semaine

Responsable de l’installation des réseaux d’égout et d’aqueduc autour du lac à la Tortue, Allen entrepreneur général tentera de nouvelles manœuvres, cette semaine, pour améliorer les surfaces de roulement dans ce secteur. La Ville de Shawinigan souhaite que cette intervention permettra de rétablir le transport scolaire normal.

Le printemps complique la circulation autour du lac à la Tortue, car les principales rues n’ont pas été pavées, tel que prévu, l’automne dernier. La décision des transporteurs scolaires de limiter leur service, annoncée en fin de journée vendredi, a provoqué une réunion entre des représentants des services de l’ingénierie et des travaux publics de la Ville et de l’entreprise responsable de ce chantier, lundi matin.

À la fin mars, Allen avait promis que des opérations de nivelage seraient effectuées pour faciliter la circulation, mais jusqu’ici, les résultats demeurent mitigés.

«L’entreprise le fait régulièrement, mais c’est toujours à recommencer», reconnaît François St-Onge, directeur du Service des communications et des relations avec les citoyens à la Ville. 

«La nappe phréatique est très haute dans ce secteur, de sorte que la situation se détériore régulièrement.»

«N’importe quelle route, en période de dégel, subit des mouvements de sols», ajoute-t-il. «Quand on parle de rues qui ne sont pas terminées, la situation devient très difficile.»

Le porte-parole rappelle que la Ville ne peut intervenir sur ce chantier, mais il admet que l’entrepreneur doit conserver les routes carrossables. 

Allen dépêchera donc deux niveleuses sur le terrain mardi et mercredi. Les opérations seront effectuées en priorité sur les chemins des Daniel, de la Vigilance et Tour-du-Lac.

«On espère que ça permettra le retour du transport scolaire», mentionne M. St-Onge.

Depuis trois semaines, les interventions étaient réalisées avec une chargeuse équipée d’un peigne. M. St-Onge mentionne qu’il s’agissait de l’équipement requis à ce moment. 

Les accumulations de neige de la semaine dernière ont suspendu ces opérations de nivellement. Allen reprendra les travaux d’installation des ouvrages de drainage d’ici la fin du mois. 

Vers la mi-mai, l’entreprise passera aux corrections de profils et à divers ajustements pour préparer le pavage, qui doit débuter le 3 juin.