Masko a été nourri par les Atikamewks de Manawan qui l’ont confié à un refuge de Saint-Alexis-de-Monts pour le sauver avant l’hiver.
Masko a été nourri par les Atikamewks de Manawan qui l’ont confié à un refuge de Saint-Alexis-de-Monts pour le sauver avant l’hiver.

Des Atikamekws sauvent un ourson et le confient à un refuge [VIDÉO]

Sébastien Lacroix
Sébastien Lacroix
Le Nouvelliste
Saint-Alexis-des-Monts — Un ourson qui avait été pris en charge par la communauté de Manawan a été confié à un refuge pour animaux de Saint-Alexis-des-Monts afin de lui permettre de survivre à l’hiver. Une belle histoire d’amour des animaux qui pourrait rallier les deux cultures.

C’est ce qu’espère Maxime Descôteaux, du centre de réhabilitation de la faune Cécropia, qui était honoré que les Atikamekws aient pensé à lui pour sauver l’animal puisque l’ours a une grande symbolique pour les autochtones qui, dans leurs croyances, le considèrent comme étant très près du Grand-Esprit.

«Pour eux, ce n’est pas un ours comme un autre parce que tout le monde l’a nourri et ils s’y sont attachés, soutient Maxime Descôteaux. Comme c’est un ours du lac Blanc et que mes installations sont à la pourvoirie du lac Blanc, pour eux, c’est un signe. (…) Son nom ''Masko'' signifie le courage et la figure paternelle du grand-père.»

C’est pourquoi il n’a pas hésité à aller rencontrer Constant Awashish, dimanche, à La Tuque, afin de créer des liens. Le grand chef de la nation atikamekw souhaitait mieux connaître celui à qui la nation avait confié l’animal et discuter des dispositions pour que l’ourson revienne chez lui.

«Je les ai déjà avertis qu’il y aura un risque. Ça peut devenir un ours à problème. Parce qu’il va associer la nourriture aux humains. S’ils veulent me le confier, je peux le garder en captivité. J’ai les permis de zoo, indique Maxime Descôteaux. (…) Pour le relâcher, ça ira possiblement en juin. J’aimerais y contribuer. Parce que quand on s’est occupé d’un animal, c’est notre paye de le relâcher, Mais s’ils veulent faire ça entre eux, je vais respecter ça.»

D’ici là, l’ourson devra être beaucoup plus robuste puisqu’il était si petit qu’on craignait pour sa survie s’il n’était pas pris en charge par un refuge. Le froid, la neige qui a commencé à s’accumuler à Manawan et le manque de nourriture le rendaient vulnérable d’autant plus qu’il pouvait être une proie facile pour les loups. Actuellement à un peu plus de 20 livres, il faudrait engraisser Masko jusqu’à 45 livres avant qu’il puisse entrer en hibernation.

Un ourson dans la maison

La petite histoire de l’ourson avec les hommes a commencé en mai dernier, quand il a croisé la route de Lally Nataly Newashish et de son conjoint qui l’ont pris en charge après l’avoir rencontré près de leur chalet.

Lally Nataly Newashish, qui a recueilli l’ourson dans sa maison, compte aller le voir à Saint-Alexis-des-Monts.

«Il était avec un frère ou une sœur, mais quand nous nous sommes approchés, il s’est sauvé, raconte celle qui croit que ce sont des travaux de déboisement réalisés par Hydro-Québec qui ont séparé les oursons de leur mère. Nous l’avons approché, nous l’avons pris dans nos bras et l’avons amené chez nous.»

«Il n’a pas brisé tant que ça dans la maison. Il était curieux et il allait un peu partout, continue-t-elle. Il était au sous-sol. Des fois il venait nous voir en haut pour boire ou manger et il retournait en bas. En dernier, il venait manger dans une cuillère. Quand il venait en haut, il se couchait sur le divan et quand mon conjoint partait, il allait sur le bord de la fenêtre. Il restait là pendant un moment et il l’attendait. Parfois, il venait même dormir avec nous dans la chambre.»

Après deux mois à le nourrir dans la maison, le couple a voulu le ramener dans la nature pour qu’il puisse reprendre sa vie. L’ourson s’est toutefois échappé avant d’arriver à destination. Si bien que le couple l’a cherché pendant plusieurs jours. «Ç’a été difficile de l’avoir perdu. Nous étions restés dans la tristesse. Quand nous l’avons revu, c’était une grande joie. On l’a reconnu tout de suite par son regard et sa façon de bouger», se souvient Mme Newashish qui compte lui rendre visite à Saint-Alexis-des-Monts.

Retrouvé en forêt

Avant de remettre l’ourson au refuge, les gens de la communauté ont participé aux recherches pour retrouver Masko en forêt. Une opération qui a duré trois jours grâce aux informations de plusieurs Atikamewks qui l’avaient nourri et qui connaissaient ses habitudes.

«Des gens nous ont dit qu’il se promenait toujours sur le chemin et qu’il sortait seulement le soir, explique Cazy Boivin, l’agent de la faune de Manawan qui a participé aux recherches. On était trois véhicules qui se suivaient à un kilomètre de distance. Quand on l’a localisé, on a mis une cage par terre et il est sorti tranquillement. Il a reconnu mon collègue qui a mis de la bouffe dans la cage. Il est rentré et il nous regardait. (…) On s’y était attaché. Il n’était pas méchant du tout et il était sociable au bout.»

Une fois l’ourson en cage, l’agent a communiqué avec Maxime Descôteaux qui attendait son appel. Les deux groupes se sont rejoints à Saint-Michel-des-Saints, à mi-chemin entre Manawan et Saint-Alexis-des-Monts où le transfert s’est effectué.

L’ourson a été très calme et a passé d’une cage à l’autre. «Au début, il avait peur parce qu’il [Maxime Descôteaux] avait son masque. Il se tenait en retrait. Quand il l’a enlevé, il s’est approché tranquillement. Il lui a montré son doigt et il l’a senti. On aurait dit qu’il se sentait en sécurité», croit l’agent de la faune.

L’ourson a été localisé en forêt après trois jours de recherche.

«J’ai tout de suite eu une connexion avec l’ourson. On dirait que c’est un don que j’ai», a renchéri Maxime Descôteaux, qui a pris l’ourson dans son auto pour le ramener au refuge. Il était si calme qu’il a dormi une partie du trajet, alors qu’il était enfin bien au chaud.

Une fois au refuge, l’agent de la faune est revenu voir l’ourson qui semblait heureux de cette visite. «Quand j’ai mis le manteau que j’avais lors du sauvetage, il m’a reconnu. Il a sorti la tête et il s’est avancé. C’était quelque chose de spécial», témoigne Cazy Boivin. «Quand il s’est mis à parler en atikamekw, l’ourson est tout de suite venu le voir. C’était très touchant», ajoute Maxime Descôteaux.