Lors de la dernière séance publique du conseil municipal, Josée Houle, directrice générale de l’organisme Handicap Soleil a accompagné Dany Martel pour dénoncer la réduction des heures de service pour le transport adapté.
Lors de la dernière séance publique du conseil municipal, Josée Houle, directrice générale de l’organisme Handicap Soleil a accompagné Dany Martel pour dénoncer la réduction des heures de service pour le transport adapté.

Dénonciation de la réduction des heures du transport adapté à Shawinigan

Guy Veillette
Guy Veillette
Le Nouvelliste
Shawinigan — Même s’il s’agit du volet de son service qui connaît la plus forte croissance au cours des dernières années, la Régie de transport en commun de Shawinigan a décidé, au printemps, de réduire les heures du transport adapté. Les usagers dénoncent cette situation parce qu’elle affecte leurs possibilités de sorties, particulièrement la fin de semaine.

Dany Martel, devenu quadraplégique à la suite d’un accident de voiture, s’est déplacé à la dernière séance publique du conseil municipal, le 3 octobre, pour demander aux élus de refaire leurs devoirs. 

«On se demande si on fait partie de la ville», s’indigne-t-il. 

En fait, la desserte pour le transport adapté est passée de 90,5 heures en 2015 à 73 heures par semaine. La Régie de transport en commun de Shawinigan a soustrait deux heures et demie de service en soirée du lundi au jeudi. 

Le couperet est particulièrement douloureux la fin de semaine. Le service était auparavant offert de 12 h à 21 h le samedi. La RTCS l’a réduit de 9 h à 14 h. Le dimanche, les minibus ne sont devenus disponibles qu’entre 9 h 30 et 14 h, alors que l’an dernier encore, ils dispensaient le service entre 9 h 30 et 17 h 30.

«Partout ailleurs au Québec, le transport adapté est comme le transport régulier», ajoute M. Martel. «Ce n’est pas parce qu’on est en fauteuil roulant qu’on doit être coupé. On veut au moins revenir à l’horaire que nous avions avant.»

Josée Houle, directrice générale de l’organisme Handicap Soleil, précise que cette décision contrevient à l’esprit de l’article 15 de la Charte canadienne des droits et libertés, qui prévoit le principe d’égalité et de protection pour tous, «indépendamment de toute discrimination, notamment des discriminations fondées sur la race, l’origine nationale ou ethnique, la couleur, la religion, le sexe, l’âge ou les déficiences mentales ou physiques». Or, pour son transport régulier, la RTCS offre jusqu’à 104 heures de service par semaine.

François St-Onge, directeur des communications à la Ville de Shawinigan, rappelle que le transport adapté bénéficie d’un programme spécifique du ministère des Transports.

«L’offre de service n’est pas la même», explique-t-il. «Pour le transport régulier, l’autobus passe au coin de la rue et il faut se déplacer. En ce qui concerne le transport adapté, l’offre est différente. Il faut réserver sa place 48 heures à l’avance. C’est sûr que l’horaire est différent. En plus, on fait des extras assez régulièrement. Quand il y a des demandes spéciales, on accommode les gens.»

Mme Houle considère que le nouvel horaire diminue l’accessibilité aux services de santé, aux activités professionnelles, à la culture et aux loisirs. 

Elle se demande également comment les usagers pourront exercer leur droit aux prochaines élections municipales. Le vote par anticipation, le dimanche 29 octobre, débute à midi. En principe, le transport adapté cesse à 14 h! M. St-Onge assure cependant que pour cette journée, la RTCS assurera le service jusqu’à la fermeture des bureaux, à 20 h. Le 5 novembre, jour de scrutin, l’horaire régulier s’applique pour le moment. 

Le porte-parole de la Ville mentionne que ces modifications ont été établies à la suite d’échanges entre la RTCS, Handicap Soleil et l’Association pour la déficience intellectuelle du Centre-Mauricie.

«La régie a regardé quel était l’horaire le plus efficient pour ces personnes», mentionne M. St-Onge. «C’est sûr qu’il faut rationaliser les heures. On discute avec les associations pour utiliser les heures le mieux possible. C’est le grand défi.»

«Nous avons un bloc de cinq heures le samedi et le dimanche», ajoute-t-il. «Si c’est mieux qu’il soit déplacé plus tôt ou plus tard, la régie est ouverte à en discuter.»

L’ARUTAQ dénonce la décision de la RTCS

Plutôt que de faire pression sur le gouvernement provincial pour obtenir la bonification d’une aide financière devenue insuffisante, la Régie de transport en commun de Shawinigan préfère réduire son service envers les plus vulnérables de la société. Un triste réflexe, dénonce Rosanne Couture, directrice générale de l’Alliance des regroupements des usagers du transport adapté du Québec.

À travers la province, elle est mise au courant de certains cas de municipalités qui tentent de compresser le service pour se conformer à l’aide financière attribuée par le ministère des Transports. Traditionnellement, elle pouvait atteindre jusqu’à 65 % du budget selon le cadre financier prévu au ministère, mais cette proportion fond à vue d’oeil.

À Shawinigan, la subvention provinciale n’a pas bougé depuis 2015: la régie de transport en commun touche 218 552 $ pour le transport adapté. Par contre, le nombre de passages a bondi de 5,7 % entre 2015 et 2016 et tout indique que la tendance se poursuivra pour un bon bout de temps.

En effet, selon l’Institut de la statistique du Québec, la quantité de personnes âgées de 65 ans et plus augmentera de 94 % à travers la province entre 2011 et 2036. En Mauricie, une personne sur cinq se classait dans cette catégorie d’âge en 2011. Cette proportion passera à une sur trois en 2036. Or, la clientèle des 65 ans et plus est bien représentée parmi les utilisateurs du transport adapté.

Budget

L’an dernier, les dépenses réelles du transport adapté ont atteint 522 110 $ à la Régie de transport en commun de Shawinigan, alors qu’elles avaient été budgétées à 457 300 $. Malgré cette tendance, la RTCS a réduit sa prévision budgétaire en 2017 à 407 000 $. 

Sur la base des résultats de 2016, l’aide provinciale n’absorbe que 42 % des dépenses. D’où les décisions prises par la RTCS au début de l’année.

Mme Couture dénonce ce réflexe, qu’elle a d’ailleurs observé ailleurs.

«On voit des tentatives de réduction, mais les gens réagissent fortement», raconte-t-elle. «La situation de Shawinigan, en ce qui concerne les heures, ça ne tient pas debout. Le travail, ça ne se passe pas seulement le jour, l’école non plus. Ces gens peuvent être découragés et leur santé peut être affectée s’ils ne peuvent avoir de rendez-vous.»

«Les plans de transport sont entérinés par le ministre», explique Mme Couture. «Mais s’il ne donne pas les subsides qui feront en sorte que les municipalités pourront rencontrer cet objectif, ces dernières doivent avoir le courage de s’adresser au ministre pour lui rappeler son obligation. C’est ce qui ne se fait pas. Il y a un manque de courage. Nous souhaiterions que les organismes de transport ou les Villes rappellent au ministre l’obligation de donner les subsides pour assumer ces plans de transport. Or, on coupe les personnes handicapées en premier, sans avoir fait aucune démarche.»

En fait, Mme Couture précise qu’à travers la province, la quote-part moyenne versée par le gouvernement ne représente plus que 51 % des coûts du transport adapté. 

«Le ministre n’en donne pas assez», résume Josée Houle, directrice générale d’Handicap Soleil. «Mais pour aller en chercher plus, il faut le lui dire! Le député Pierre Giguère m’a dit qu’il ne pouvait pas arriver avec rien. Ça lui prend des données.»

«Nous sommes d’accord pour donner le service, pour faire du transport adapté, mais l’aide gouvernementale est essentielle pour la poursuite de ces initiatives», prévient le maire, Michel Angers. «Je vais interpeller directement le député et la ministre régionale pour avoir des subventions plus importantes. Le service est très déficitaire, mais on doit le rendre aux citoyens.»