Michel Lemay
Michel Lemay

Déneigement: Saint-Barnabé devra reprendre l'appel d'offres

Saint-Barnabé — «On a travaillé fort pour l’appel d’offres sur invitation. On a contacté 12 entreprises et on a eu deux soumissions qui ont été déposées. Trois soumissionnaires, ça se trouve pas comme dans une boîte de popcorn. Quand on nous parle d’autonomie municipale, on repassera. L’autonomie, c’est un beau grand mot vide.»

Michel Lemay ne mâche pas ses mots à propos de l’obligation imposée par Québec de recommencer le processus d’appel d’offres sur invitation afin de trouver un déneigeur pour 2019-2020. Le ministère des Affaires municipales et de l’Habitation refuse non seulement d’entériner le contrat signé de gré à gré entre Saint-Barnabé et la ferme Fréchette de Yamachiche, mais demande à la Municipalité de refaire ses devoirs en lui imposant d’aller chercher trois soumissions à la suite d’un nouvel appel d’offres sur invitation pour effectuer cette tâche.

Ce dossier fait couler beaucoup d’encre depuis quelques jours, alors que des conseillers et des citoyens ont fait part dans Le Nouvelliste de l’édition de lundi que le processus entourant l’octroi de ce contrat était teinté d’irrégularités. Cet octroi a été voté en octobre à la majorité du conseil lors d’une séance durant laquelle le maire y est allé de propos déplacés à propos des femmes, des propos qui ont été suivis d’excuses de sa part. La ferme Fréchette a obtenu le contrat même si le montant de sa proposition est plus élevé que l’autre soumissionnaire, Mario Bellefeuille, un citoyen de Saint-Barnabé.

Le maire expliquait que le conseil avait choisi la ferme Fréchette après avoir évalué qui était le plus apte à remplir le mandat de déneigement. Il croit que certaines personnes de Saint-Barnabé, dont des conseillers qui se plaignent de ne pas avoir eu suffisamment d’informations, ont fait pression auprès du gouvernement pour que le contrat soit octroyé à M. Bellefeuille même si les explications fournies verbalement par le bureau régional du ministère indiquent le contraire.

«Si des choses ont été faites frauduleusement, ils doivent faire enquête et trouver la malversation. Il n’y a aucune mention de fraude dans le document du ministère. C’est rare comme intervention. Ça fait depuis le 16 octobre que le dossier est au bureau du ministère», déclare le maire Lemay, en précisant qu’une administration municipale doit obtenir l’aval du gouvernement lorsqu’elle octroie un contrat de gré à gré dont la valeur est supérieure à 101 000 $, ce qui est le cas avec le contrat de déneigement.


Simon Allaire

Le député de Maskinongé, Simon Allaire, a confirmé jeudi matin que le gouvernement exige une reprise de l’appel d’offres afin qu’il soit plus transparent.

«De toute évidence, ce qui est arrivé est un peu nébuleux. Les critères étaient flous, la Municipalité n’a pas choisi le plus bas soumissionnaire. On les invite à clarifier les critères», mentionne le député de Maskinongé.

Le maire Lemay accepte très mal cette décision du gouvernement qu’il voit comme un non-respect du pouvoir des municipalités. Et il se montre critique du travail du député Allaire, estimant que ce dernier était mal outillé pour défendre ce dossier.

Malgré le mécontentement du maire, Saint-Barnabé n’aura d’autre choix que de respecter cette consigne de Québec. Le maire craint que le processus s’étire jusqu’en janvier si jamais les Affaires municipales prennent un mois pour prendre une décision concernant un nouveau contrat de gré à gré, comme cela a été le cas avec la résolution adoptée par le conseil le 15 octobre et transmise au gouvernement le lendemain. Lorsqu’il aura en main le document des Affaires municipales, il consultera le procureur de la Municipalité afin de déterminer si un appel d’offres public peut être une option pour trouver un entrepreneur plus rapidement.

Pour sa part, Guillaume Laverdière accueille favorablement la décision des Affaires municipales même si la neige est arrivée tôt cette année. Ce conseiller fait partie d’un groupe de quatre élus ayant affirmé que des irrégularités ont marqué cet octroi de contrat.

«On ne nous a pas transmis d’informations. On ne nous a pas invités à rencontrer M. Fréchette avant l’ouverture des enveloppes. Il y a eu des arguments de peur contre l’un des entrepreneurs pour favoriser l’autre. Le maire et un conseiller étaient insistants: ils disaient que la ferme Fréchette est plus apte à accomplir le contrat, car ils le connaissaient depuis plus longtemps. La décision du gouvernement indique qu’il devra y avoir trois soumissions. Ce sera plus encadré par le ministère et nous, on sera plus informé.»

Michel Lemay assure que les routes de Saint-Barnabé continueront d’être déneigées en attendant l’octroi du prochain contrat. La Municipalité a pris une entente avec la ferme Fréchette. L’entente prévoit que l’entreprise est payée selon les heures travaillées.

«Des gens veulent ma tête»

Michel Lemay n’entend pas à rire avec les affirmations lancées par des conseillers concernant le manque d’informations transmises à propos du contrat de déneigement. Accusant des membres de son conseil de vouloir prendre son siège, le maire de Saint-Barnabé demande au ministère des Affaires municipales et de l’Habitation de faire la lumière sur ces prétentions de conseillers et affirme qu’il terminera son mandat.

«Je veux que le ministère se penche là-dessus, car on met l’intégrité des fonctionnaires et la mienne en jeu. J’ai un fonctionnaire qui a 37 ans d’expérience. On met en doute les décisions autour de la table du conseil. C’est très grave de laisser entendre que des gens ont caché des informations.» 

M. Lemay mentionne que le conseil a tenu deux réunions spéciales afin de discuter des deux soumissions reçues après l’appel d’offres sur invitation.

«Ça fait partie de mon travail de m’assurer que les élus prennent les décisions les plus éclairées possible. Je veux savoir qu’est-ce qu’ils n’ont pas eu comme informations.»

Des conseillers et des citoyens ont déclaré il y a quelques jours qu’une lourde atmosphère règne au bureau municipal en raison de l’attitude de Michel Lemay. 

Le maire confirme que l’ambiance est désagréable pour tout le monde au bureau municipal et soutient que des conseillers ont un œil sur son siège.

«Des gens veulent ma tête. C’est à l’intérieur de mon conseil. Mais je ne démissionnerai pas. Comme maire, j’ai la responsabilité de travailler pour les citoyens. J’ai toujours dit qu’être élu est un privilège. Comme élu, il faut se dire pour qui on travaille. Il faut mettre les ego de côté et travailler pour le citoyen. C’est comme ça que je l’envisage pour les deux ans du mandat qui restent à faire et je vais les faire.»

«Typique de M. Lemay»

Guillaume Laverdière se dit parfaitement d’accord avec le principe que les élus doivent travailler pour la population. Mais les commentaires de Michel Lemay concernant la volonté de conseillers de prendre son siège ne semblent pas l’émouvoir.

«Travailler pour le bien commun est de ne pas se faire dire par un ministère qu’il y a des irrégularités dans un contrat», lance le conseiller municipal. 

«L’ambiance toxique ne vient pas des conseillers», ajoute-t-il. 

«Personne ne conteste son poste. On veut travailler avec une meilleure communication, ce qui n’est pas le cas. C’est typique de M. Lemay d’accuser ses collègues. Mais on n’est pas des adversaires. On le respecte malgré tout et je ne demande pas sa démission. Mais il devrait faire une introspection sur son comportement qui a été véhiculé dans les médias au lieu de nous accuser de vouloir prendre son poste.»