La démolition de l'ancien hôtel de La Salle de Shawinigan a été entreprise il y a quelques jours.

Démolition de l'hôtel de La Salle: l'entrepreneur se défend

Le niveau de risque du chantier de l'ancien hôtel de La Salle de Shawinigan a changé après la diffusion d'images spectaculaires de l'effondrement de la structure la semaine dernière, croit le président de l'entreprise responsable des travaux, Guy Boisvert.
Guy Boisvert, propriétaire de Construction et démolition GB, devant le chantier de démolition de l'hôtel de La Salle, mardi matin.
En vacances au moment des événements, l'homme d'affaires a dû gérer une situation délicate à distance. Le 16 mars, la Commission des normes, de l'équité, de la santé et de la sécurité au travail a fermé le chantier, le temps que Construction et démolition GB présente un nouveau plan d'intervention. L'entreprise s'est exécutée et lundi, la CNESST a donné le feu vert pour la reprise des travaux. 
Le chargement des débris a repris mardi matin. M. Boisvert s'est présenté sur le chantier vers 11 h pour observer le travail de son équipe. 
«La première méthode avait été acceptée», rappelle l'entrepreneur. «Mais avec l'impact médiatique, la CNESST a décidé que le chantier était à risque plus élevé. Elle nous a demandé de produire une nouvelle procédure de travail.»
Nicole Roy, porte-parole de la CNESST, nuance cette interprétation. En fait, l'effondrement d'une partie de la façade ne respectait pas la procédure présentée initialement. Lorsque l'impair est survenu, il a changé le visage du plan d'intervention.
«Une méthode de travail nous avait été fournie et elle avait été jugée sécuritaire, selon les conditions que l'employeur nous avait décrites», explique Mme Roy.
«À partir du moment où l'effondrement de la structure est survenu, ce qui n'était pas prévu (de cette manière) dans la première méthode, l'ensemble des rebuts devaient être considérés comme contenant de l'amiante alors qu'au départ, il n'était situé qu'à des endroits spécifiques.
Nous avons donc dû demander une nouvelle méthode de travail, compte tenu de la situation. Nous avons observé des lacunes par rapport aux procédures qui avaient été soumises. Il y avait du laxisme dans la gestion de la santé et la sécurité.»
M. Boisvert reconnaît que l'effondrement d'une partie de la façade ne s'est pas déroulé comme prévu.
«C'est sûr qu'on ne voulait pas faire un nuage jusqu'au monde qui était là, mais le bâtiment était dangereux et il est parti au deuxième coup de pelle», fait-il remarquer. «D'ailleurs, dans le reste du bâtiment, il n'y a pas eu d'autres nuages de poussière qui sont sortis de là.»
Bien que toute matière contaminée à l'amiante doive être manipulée avec soin, M. Boisvert doute des impacts nocifs de l'effondrement du mur.
«Il y avait entre 0,1 et 1 % d'amiante dans un demi-pouce de plâtre», explique-t-il. «Ce n'est pas énorme, ce n'était pas rempli d'amiante! Les anciens propriétaires avaient sorti une dizaine de conteneurs de plâtre après avoir démoli eux-mêmes. Le plâtre qui restait était sur le plancher, mouillé et gelé.»
«Quand le bâtiment est tombé, c'est la ripe de bois des murs qui a fait toute cette poussière», précise-t-il.
Au moins deux semaines
Depuis lundi, le chantier est ceinturé d'une toile orange. De plus, les six travailleurs assignés sur place portent maintenant un masque qui couvre tout leur visage. Comme il était prévu au départ, le site est arrosé à chaque manoeuvre de la pelle mécanique, pour réduire au minimum la poussière d'amiante. 
Rappelons que le conseil municipal s'était servi d'une disposition de la Loi sur les cités et villes, à sa séance régulière du 7 mars, pour attribuer ce contrat de démolition sans appel d'offres, en raison de l'urgence de la situation. 
Sur la base d'un rapport d'ingénieur, la Ville de Shawinigan avait présenté une requête en démolition en Cour supérieure, à la fin février. Le 2 mars, le juge Raymond W. Pronovost décrétait que «l'état et la condition de (l'ancien hôtel de La Salle) présentent un cas d'urgence exceptionnelle pouvant mettre en danger la vie ou la santé de la population».
L'administration municipale avait sollicité une évaluation chez Construction et démolition GB et chez Robert Fer & Métaux. L'offre la plus basse a été retenue. M. Boisvert reconnaît maintenant que le budget de 245 000 $ ne pourra être respecté, mais l'entreprise assumera les dépassements.
«C'est sûr qu'on a des débours supplémentaires», commente-t-il. «Mais on collabore avec nos clients. On ne charge pas d'extra pour rien. Nous allons absorber la différence.»
L'homme d'affaires souhaite que le transport des débris soit terminé à la fin de la semaine. Par la suite, il procédera à l'enlèvement des fondations, avant de tout recouvrir de sable. M. Boisvert s'attend à ce que le chantier soit fermé d'ici «deux semaines à deux semaines et demie». 
Évidemment, la CNESST veillera à ce que la méthode de travail approuvée lundi soit respectée jusqu'à la fin des travaux.
Analyse en cours
Pour le moment, la Commission des normes, de l'équité, de la santé et de la sécurité au travail ne peut s'avancer sur les conséquences des méthodes utilisées par l'entreprise Construction et démolition GB qui ont mené à l'arrêt complet du chantier de l'hôtel de La Salle, le 16 mars.
«Au plan des manquements, ne serait-ce que dans le respect de la méthode de travail, du port des équipements de protection respiratoire, ce sont des choses qui peuvent être sanctionnées», mentionne Nicole Roy, porte-parole à la CNESST. 
«C'est un processus d'analyse, mais je ne peux encore dire si une sanction sera retenue ou pas. Quand il ne respecte pas la réglementation, l'employeur s'expose à des sanctions.»
Fondée en 1989, Construction et démolition GB possède un chiffre d'affaires annuel de quatre millions de dollars. 
Mme Roy confirme que l'entreprise trifluvienne n'a jamais reçu le moindre constat de la CNESST en 27 ans d'exploitation.
«Nous travaillons sur des chantiers avec de l'amiante à toutes les semaines», fait remarquer le propriétaire de l'entreprise, Guy Boisvert. 
«Nous sommes spécialisés là-dedans. Nous avons toujours travaillé correctement. On ne se cache pas pour faire des coups vites.»