Réginald Flamand et Guy Niquay, deux présumées victimes de Roger Garceau, et Sipi Flamand, vice-chef de Manawan, font partie de la délégation qui a rencontré des représentants de la Ville de Trois-Rivières, dont le président du comité de toponymie et conseiller municipal, Pierre-Luc Fortin (de dos).

Demande de changement du nom de la rue Roger-Garceau à Trois-Rivières: «juste dire son nom, ça me donne mal au cœur»

TROIS-RIVIÈRES — C’est la semaine prochaine que sera officiellement déposée au comité de toponymie de Trois-Rivières la demande pour rebaptiser la rue Roger-Garceau, cet enseignant qui aurait agressé sexuellement plusieurs enfants autochtones à la fin des années 1970.

Une délégation de la communauté de Manawan, composée notamment du vice-chef Sipi Flamand et de deux présumées victimes du Trifluvien décédé en 2005 à l’âge de 78 ans, a rencontré, jeudi avant-midi à l’hôtel de ville, le président du comité, le conseiller municipal Pierre-Luc Fortin, ainsi que sa consoeur du district des Vieilles-Forges, dans lequel se trouve ladite rue, Mariannick Mercure. Les représentants de cette communauté autochtone ont profité de la rencontre pour notamment demander formellement que le nom Roger-Garceau soit remplacé par le mot «awacak», qui signifie petit être de lumière et aussi enfant en langue atikamekw. C’est donc Pierre-Luc Fortin qui présentera la demande aux autres membres du comité de toponymie lors de leur prochaine réunion, qui se tiendra le 18 septembre prochain. Si cette instance décide qu’il y a lieu de rebaptiser la rue, elle en fera la recommandation au conseil municipal, qui prendra la décision finale.

Rappelons que Roger Garceau a été membre des Frères des écoles chrétiennes et s’est impliqué dans des causes humanitaires dans différents pays comme au Liban, en Thaïlande et au Congo au cours de sa vie. Il a enseigné à Manawan de 1976 à 1978. Il aurait agressé sexuellement une vingtaine d’enfants autochtones durant son séjour. D’ailleurs, des résidents de cette communauté atikamekw ont intenté un recours collectif contre le gouvernement fédéral. Ils l’accusent de ne pas avoir réagi concernant les abus présumés commis par Roger Garceau.

L’une des deux victimes ayant rencontré les conseillers Fortin et Mercure, Réginald Flamand, se dit touché par l’écoute dont font preuve les deux élus trifluviens. Celui qui agit à titre de représentant du comité formé d’une vingtaine de présumées victimes ajoute qu’il aimerait bien que les rues qui verront le jour dans le futur dans le secteur de la rue Roger-Garceau portent également des noms faisant référence à la culture amérindienne. En plus de souligner l’apport de ces peuples, cette reconnaissance mettra un baume sur les souffrances des présumées victimes selon M. Flamand. Cette demande sera également étudiée par le comité de toponymie.

«Juste dire son nom, ça me donne mal au cœur. Je ne suis plus capable», confie l’homme qui avait 10 ans à l’époque où il aurait été abusé par Roger Garceau.

Se disant également victime de M. Garceau, Guy Niquay est également touché de l’attitude de la Ville de Trois-Rivières. La disparition du nom de Roger Garceau de l’espace public l’aidera à cheminer comme individu selon lui. Ayant appris par l’entremise d’une journaliste seulement l’été dernier l’existence d’une rue Roger-Garceau de Trois-Rivières, il multiplie depuis les demandes auprès de la Ville afin que la controversée dénomination soit révoquée. Selon la Ville, cette rue porte ce nom depuis moins d’une dizaine d’années.

«J’ai commencé à en parler en 2015. J’habite dans un appartement à Manawan. Lorsqu’ils ont construit un nouveau bloc, on m’a dit que j’allais devoir y déménager, mais j’ai refusé. [Des représentants] de trois directions m’ont rencontré pour me dire que c’est là que je devais aller. J’ai dit non car j’avais vécu l’enfer là. C’était là [l’endroit où le nouveau bloc a été construit] que j’avais été abusé», raconte M. Niquay.

Accompagnant les deux victimes, le vice-chef de Manawan, Sipi Flamand, indique qu’il est impératif que les dirigeants de la communauté s’impliquent afin de soutenir les présumées victimes dans leur quête de justice. Il était donc impératif qu’il soit présent à la rencontre de jeudi.

«C’est important d’appuyer nos membres pour qu’ils puissent avancer», poursuit-il.

Bien faire les choses pour éviter les erreurs

Le président du comité de toponymie indique que la décision de donner le nom de M. Garceau à une rue a été prise avant que soit créé le comité qu’il préside.

«Il y a eu un comité lors de la fusion municipale car il y avait du ménage à faire, notamment relativement aux doublons. Mais il y en avait plus après. J’ai ramené le comité pour essayer de bien faire les choses et éviter les erreurs le plus possible. On veut pouvoir avoir une réflexion et bien introduire les noms», explique le conseiller Fortin.