Alors que le conflit de travail perdure depuis plus de 26 mois aux installations du secteur Grand-Mère, Delastek prépare le démarrage d'une usine au Mexique d'ici l'automne.

Delastek s'installe au Mexique

Alors que le conflit de travail perdure depuis plus de 26 mois aux installations du secteur Grand-Mère, Delastek prépare le démarrage d'une usine au Mexique d'ici l'automne, au coût de trois millions de dollars, ce qui permettra la création de 100 emplois sur deux ans.
Le président de Delastek, Claude Lessard, étend ses activités au Mexique pendant que son usine du secteur Grand-Mère est toujours aux prises avec un conflit de travail.
Pour le syndicat Unifor, qui représente les membres de la section locale 1209, cette annonce d'expansion démontre une fois de plus que «cet employeur n'a jamais eu l'intention de négocier de bonne foi avec ses travailleurs».
«Et si l'intention finale est de déménager la production au Mexique, cela illustre encore plus que l'on ne recherche qu'à produire au rabais en coupant dans les coûts de main-d'oeuvre», dénonce le directeur québécois d'Unifor, Renaud Gagné.
Dès le jour 1 de la grève, le président de l'entreprise, Claude Lessard, avait ouvertement évoqué l'idée de déménager sa production de Shawinigan dans des pays tels que le Mexique. Dans un tel scénario, celui-ci pourrait alors conserver localement son équipe non syndiquée en recherche et développement, composée aussi d'une cinquantaine de personnes. D'ailleurs, ce groupe n'a jamais cessé d'être à l'ouvrage.
Or, le nouveau centre de production de 35 000 pieds carrés, qui sera situé à quelque 200 kilomètres au nord-ouest de Mexico, fabriquera «des pièces similaires» à ce qui se fait à Shawinigan, dans un bâtiment de 80 000 pieds carrés.
«Ça fait au-dessus de cinq ans qu'on planche là-dessus, qu'on veut aller au Mexique. J'avais été à différentes missions commerciales, ça fait un bout de temps qu'on travaillait ça. Au Québec, je trouve qu'on est innovant, mais avec la mondialisation des marchés, il faut baisser nos coûts de production, il faut faire de quoi de différent et ça fait partie de ça», a précisé au Nouvelliste M. Lessard.
Selon lui, la proximité des clients, la qualité de vie et la main-d'oeuvre qualifiée furent importantes dans le choix de la localisation. Delastek peut compter sur un partenaire mexicain de premier plan en Collectron.
«Ce choix fut déterminant et a facilité l'implantation, le recrutement, les relations avec le milieu économique de Santiago de Querétaro ainsi que l'identification de collaborateurs tel que Advance Real Estate», explique-t-il.
Après l'ouverture de son usine de production à Plattsburgh aux États-Unis au début 2016 et de son bureau de vente en Chine à l'automne dernier, Delastek se positionne, dit-il, sur l'échiquier des fournisseurs de classe mondiale et «son modèle d'affaires performant est reconnu par les plus grands donneurs d'ordre de l'aéronautique et du transport».
«Cette implantation au Mexique est la phase III du plan stratégique que s'est donné l'entreprise afin de rayonner au niveau du globe», précise M. Lessard. 
Pour le syndicat, on se dit peu surpris de cette «nouvelle tactique patronale pour éviter de régler le conflit». «C'est une manière d'éviter les lois québécoises et cela doit être dénoncé au même titre que nous dénonçons les délocalisations des grandes entreprises vers des pays où les salaires et la réglementation en matière de droit du travail, d'environnement et de fiscalité sont non contraignants», croit Renaud Gagné.
À son avis, c'est d'autant plus déplorable que «cette compagnie s'est mise au monde largement par l'octroi de subventions publiques». «Et maintenant ils se défilent de leurs obligations», a indiqué le dirigeant syndical.
Par ailleurs, les parties sont toujours devant le tribunal présentement afin de déterminer si du travail de production est fait par des briseurs de grève à l'usine du secteur Grand-Mère. «Récemment, les ingénieurs de Bombardier sont venus témoigner que les pièces produites par Delastek pour la CSeries ne sont plus en recherche et développement alors que l'employeur le prétend», rapporte le syndicat.
«Pour nous, ce sont les tribunaux qui finiront par trancher la question, car il est clair que nous ne pouvons rien régler avec quelqu'un qui fait tout pour éviter de trouver une issue au conflit», a indiqué celui qui parle de son pire conflit en 35 ans de syndicalisme.
Rappelons que la cinquantaine de membres de la compagnie Delastek sont en grève depuis le 1er avril 2015. Le respect de l'accréditation syndicale et du travail syndiqué sont au coeur de ce conflit de travail. C'est toujours l'impasse du côté des négociations.
«On va tout mettre en oeuvre pour que ça soit réglé cet automne», a conclu le président Lessard, dont le fils Andy participe actuellement au Salon international de l'aéronautique du Bourget, en banlieue de Paris.