Après 28 mois de conflit, les grévistes de Delastek assurent une présence constante sur une ligne de piquetage aux allures de camping.

Delastek: le plus long conflit de travail au Québec

«On prend notre mal en patience». «On n'a pas rien à perdre». «Ce n'est pas le temps de lâcher». Voilà l'état d'esprit des grévistes de Delastek, à Shawinigan, qui tiennent le fort en cette période estivale, et ce, sur une ligne de piquetage aux allures de camping.
Après 28 mois, le conflit de Delastek, déclenché le 1er avril 2015, est devenu le plus long en cours au Québec, devant le Centre de Communication Santé des Capitales, à Québec, où 35 salariés sont toujours en grève depuis le 1er juin 2016. Lors du deuxième «anniversaire», les 49 syndiqués de Grand-Mère figuraient pourtant au second rang provincial, derrière les travailleurs de l'usine Olymel, à Saint-Simon-de-Bagot. Or, ce lock-out, qui aura duré près de dix ans, a finalement été réglé en mai dernier.
«Les négociations sont au point mort et aucune rencontre n'est programmée», a indiqué au Nouvelliste le représentant national Unifor, Luc Deschênes.
Si les pourparlers sont dans l'impasse, les parties croisent encore le fer devant le Tribunal administratif du travail. Non seulement le syndicat reproche-t-il à l'employeur le recours à des briseurs de grève, mais Unifor veut faire valoir les droits d'une quinzaine de travailleurs ayant fait l'objet d'un avis de licenciement collectif. «On a deux auditions différentes», a confirmé le porte-parole syndical.
De l'extérieur, les choses semblent tourner au ralenti à l'usine Delastek, en cette période des vacances de la construction. «Nous ne sommes pas complètement fermés, car nous avons beaucoup de développements et nous devons supporter le client», a toutefois précisé son président Claude Lessard.
Celui-ci admet que la situation est «au beau fixe» en ce qui concerne la grève. «Ils ne semblent pas vouloir négocier. J'aimerais bien si les conciliateurs déposaient un projet d'entente de façon à relancer les négociations», a-t-il fait savoir tout en soulignant que ses autres projets suivent leur cours «et ça va bien».
On sait que Delastek prépare le démarrage d'une usine au Mexique d'ici l'automne, au coût de trois millions de dollars, ce qui permettra la création de 100 emplois sur deux ans.
Dès le jour 1 de la grève, M. Lessard avait ouvertement évoqué l'idée de déménager sa production de Shawinigan dans des pays tels que le Mexique. Dans un tel scénario, celui-ci pourrait alors conserver localement son équipe non syndiquée en recherche et développement, composée aussi d'une cinquantaine de personnes. D'ailleurs, ce groupe n'a jamais cessé d'être à l'ouvrage.
Or, le nouveau centre de production de 35 000 pieds carrés, qui sera situé à quelque 200 kilomètres au nord-ouest de Mexico, fabriquera «des pièces similaires» à ce qui se fait à Shawinigan, dans un bâtiment de 80 000 pieds carrés.
Pour le syndicat Unifor, qui représente les membres de la section locale 1209, cette annonce d'expansion démontrait une fois de plus que «cet employeur n'a jamais eu l'intention de négocier de bonne foi avec ses travailleurs».
Après l'ouverture d'une usine de production à Plattsburgh aux États-Unis au début 2016 et d'un bureau de vente en Chine à l'automne dernier, le président de Delastek dit vouloir positionner l'entreprise sur l'échiquier des fournisseurs de classe mondiale et «son modèle d'affaires performant est reconnu par les plus grands donneurs d'ordre de l'aéronautique et du transport», avait-il déjà affirmé.
Pour le syndicat, on s'était dit peu surpris de cette «nouvelle tactique patronale pour éviter de régler le conflit». «C'est une manière d'éviter les lois québécoises et cela doit être dénoncé au même titre que nous dénonçons les délocalisations des grandes entreprises vers des pays où les salaires et la réglementation en matière de droit du travail, d'environnement et de fiscalité sont non contraignants», avait lancé le directeur québécois d'Unifor, Renaud Gagné.
À son avis, c'est d'autant plus déplorable que «cette compagnie s'est mise au monde largement par l'octroi de subventions publiques». «Et maintenant ils se défilent de leurs obligations», décriait le dirigeant syndical.
Réunis dans l'un des deux abris tempo situés à l'arrière de la roulotte, les grévistes ne s'en font pas outre mesure avec les décisions de leur patron. «Il peut être au Mexique, on veut juste qu'il règle ici et protéger nos emplois. Et les gouvernements n'osent pas trop s'en mêler, car ils l'ont subventionné», a confié l'un d'eux.
Ces derniers sont convaincus que le travail de production est fait par des briseurs de grève. Le différend se situe au niveau du départage entre le moment où le travail de recherche et développement commence et où il se termine pour passer en mode production. «On se bat pour ce point-là», rappellent les grévistes.
Selon leur représentant syndical Luc Deschênes, le moral des troupes reste bon et «les fonds sont encore là». «On est bien équipé et notre syndicat est plus compréhensif que notre boss», concluent les travailleurs rencontrés, avant de retourner dans leur campement «temporaire».
Top 3 des conflits de travail en cours
- Delastek inc., employés: 49, début: 1er avril 2015, Grand-Mère, FTQ, grève
- Centre de communication santé des Capitales, employés: 35, début: 1er juin 2016, Québec, CSN, grève
- Bérubé Chevrolet Cadillac Buick GMC Ltée, employés: 13, début: 8 juillet 2016, Rivière-du-Loup, CSD, lock-out