Près de trois ans après le déclenchement de la grève, l’impasse perdure chez Delastek.

Delastek: «Il n’est pas en mode règlement»

Shawinigan — Alors que le propriétaire de Delastek dit attendre un jugement sur des congédiements avant d’envisager le moindre déblocage du conflit de travail, le directeur québécois du syndicat Unifor, Renaud Gagné, juge inacceptable la position de l’employeur.

«Même s’il y a un jugement, peut-être qu’il va aller en révision judiciaire s’il ne lui est pas favorable. Il n’est pas en mode règlement ce gars-là. Pourquoi ce conflit est le plus long au Québec? C’est parce que depuis le début, il n’a jamais accepté le syndicat et il cherche juste à se débarrasser des gens qui ont contesté sa décision, qui ne sont pas à quatre pattes pour ramper», a-t-il fait savoir au Nouvelliste.

Celui-ci a indiqué que le procureur de la partie syndicale avait tenté de «raisonner dans le bon sens» l’avocat de Delastek sur «la logique de régler» cette grève qui dure depuis bientôt trois ans. «Les derniers efforts par le ministère du Travail pour dénouer l’impasse se sont envolés», a-t-il admis lundi, accusant l’employeur de «vouloir se venger».

Selon lui, le président de l’entreprise, Claude Lessard, attend la décision du Tribunal administratif du travail «pour être certain de congédier ces 22 personnes».

Par ailleurs, Renaud Gagné trouve «vraiment particulier qu’on attende la décision de la juge». «Dans tout conflit de travail, quand on veut que ça se règle, on refile toutes les procédures, que ce soit de nature disciplinaire, les poursuites du syndicat pour les scabs. On met tout ça de côté. M. Lessard recherche à punir ce monde-là, à s’en débarrasser. Quand un employeur pense de même, ce n’est pas quelqu’un qui cherche à régler un conflit. Il doit regarder de l’avant», poursuit-il.

Car, dit-il, du côté syndical, on est prêt à retirer les procédures enclenchées auprès du Tribunal administratif du travail. «On n’a pas demandé de rendre un jugement sur la question des scabs. Normalement, on avise les tribunaux de ne pas rendre la décision parce qu’il y a entente entre les parties. C’est sûr que ce volet-là va continuer, mais le problème, c’est que ça nous mène où? On fait ces procédures quand on est en pleine guerre, mais quand on veut régler, ce n’est pas ce qu’on fait», ajoute le dirigeant syndical.

Déjà, le syndicat avait gagné une cause identique à l’été 2016 alors que deux employés contestaient leur congédiement. La direction avait alors évoqué le transfert d’activités aux États-Unis pour justifier les mises à pied en plein conflit. Mais le juge Raymond Gagnon avait accueilli les plaintes en rétablissant le lien d’emploi des deux salariés.

«Et il les a congédiés une deuxième fois», souligne M. Gagné.

De plus, celui-ci rapporte que l’employeur est même en mode embauche, ayant recours à une agence «qui recherche des employés scabs pour lui». «Il a même offert jusqu’à 25 piastres de l’heure pour aller chercher d’autre personnel alors que nous autres, notre monde est au salaire mininum ou presque», dénonce le grand patron d’Unifor au Québec.

Pourtant, en janvier, on semblait se diriger vers un dénouement avec la tenue d’une assemblée générale.

«Quand on a accepté une certaine condition dans le protocole de retour au travail, nos membres l’ont ratifié. C’était pour dire à Lessard: tu n’as qu’à signer en bas de la feuille et c’est réglé. Au moins, il y avait comme une issue. On lui présente un clé en main, il n’a qu’à dire oui. S’il veut régler, on va de l’avant. On s’est entendu sur le processus d’arbitrage. Techniquement, l’arbitre aurait tranché le reste», explique M. Gagné.

En réaction, le président de Delastek dit ne pas comprendre cette sortie syndicale alors que «notre position est très claire».

«Nous attendons la décision de la cour, nous avons proposé un protocole de retour au travail et maintenant, nous sommes en attente du processus d’arbitrage», a conclu M. Lessard.