Une barrière est enfin levée dans les résidences pour personnes âgées, au plus grand plaisir de Jean-Guy Dupont et Bernard Côté. À gauche, Steve Lachance, propriétaire du Domaine du parc à Shawinigan.
Une barrière est enfin levée dans les résidences pour personnes âgées, au plus grand plaisir de Jean-Guy Dupont et Bernard Côté. À gauche, Steve Lachance, propriétaire du Domaine du parc à Shawinigan.

Déconfinement progressif: vive la liberté, mais pas à tout prix

Shawinigan — Le déconfinement progressif dans les résidences pour personnes âgées venait à peine d’être confirmé par le premier ministre François Legault, mardi, que les plans pour la fête des Mères s’éclaircissaient à certains endroits. Bien qu’ils comprennent la décision du gouvernement, les propriétaires espèrent que cette liberté retrouvée ne leur apportera pas la COVID-19 entre leurs murs en échange.

Yvon Perreault, propriétaire des Résidences de l’Arche et Saint-Louis-de-Gonzague de Shawinigan, de même que Saint-Joseph à Nicolet, raconte que depuis la semaine dernière, ses quelque 300 résidents pouvaient sortir dans la cour arrière, sous surveillance. Ça ne se passait pas trop mal.

Mais mardi après-midi, il a vu une vague se former à l’horizon.

«On a déjà commencé à avoir des appels téléphoniques pour la fête des Mères», raconte M. Perreault. «Il y a des gens astucieux, qui suggèrent d’apporter leur pique-nique tout en respectant la distance de deux mètres... Comment peut-on contrôler ça? Même avec la surveillance, ça va être l’enfer! J’ai des résidents autonomes, qui ont leur voiture et qui peuvent aller où ils veulent... Il faut faire confiance à notre clientèle, mais il y a toujours des irréductibles.»

Même ambivalence à la Résidence des Bâtisseurs de La Tuque, où vivent 124 personnes.

«Nous voulons une certaine liberté pour nos aînés, mais pas à tout prix», mentionne la directrice générale, Manon Côté. «Il y a encore un risque, même si à La Tuque, on est une région vierge, sans aucun cas. Nous vivrons donc un enthousiasme qu’il faudra encadrer.»

Par contre, Mme Côté comprend que les aînés ont aussi besoin de leurs proches. «C’est beau animer, chanter sur les balcons, les gens s’ennuient quand même», constate-t-elle. «On ne peut pas remplacer les enfants.»

À la Place Belvédère de Trois-Rivières, Louis Perron, président du Syndicat de copropriété, souhaite aussi que la levée des barrières ne se retournera pas contre ce complexe de 435 unités.

«Il faut remercier le personnel, puisque nous n’avons aucune contamination», se réjouit-il. «Mais il ne faudrait pas qu’une seule personne négligente gâche tout le travail pendant le confinement. Vous avez vu à quelle vitesse ça se propage à Cloutier-du Rivage? On ne voudrait pas que ça se produise ici.»

Pris de court

Personne ne s’attendait à ce que les mesures strictes de protection mises en place dans les résidences pour personnes âgées durent éternellement, mais l’appel au déconfinement arrive un peu brusquement. Les directions doivent combiner ce défi à l’invitation à laisser les proches aidants reprendre contact avec ceux qui en expriment le besoin, augmentant aussi les risques de contamination.

«On aurait aimé être averti un peu plus à l’avance», reconnaît Steve Lachance, propriétaire du Domaine du parc de Shawinigan.

Au cours des dernières semaines, la direction a réussi à maintenir la salle à manger ouverte en respectant les consignes de distanciation et à organiser des activités originales. Dans l’esprit du propriétaire, tout se passait relativement bien avant cet appel au déconfinement.

«Pour les résidents, c’est une bonne nouvelle», comprend M. Lachance. «Mais nous n’avions pas de cas et tout allait bien. Là, les gens vont aller dans les magasins et un peu partout. Le risque de contamination va être plus élevé.»

M. Perron reconnaît que quelques résidents ont souffert d’anxiété au cours des dernières semaines à la Place Belvédère, mais il tient à relativiser les choses.

«Nous avons vécu la misère des riches, comparativement à ceux qui sont alités avec des appareils respiratoires», fait-il remarquer. «Ici, le seul malheur est d’être confiné dans une bâtisse et de regarder la télévision. Ce n’est quand même pas si pire que ça!»

Aux Résidences du Manoir à Trois-Rivières, Gaétan Montplaisir, directeur du marketing et des communications, s’appliquait à aviser par courriel les familles des quelque 900 résidents répartis sur trois sites, mardi après-midi.

«Nous allons leur envoyer notre politique, parce qu’on veut quand même exercer un certain contrôle sur les allées et venues sur nos terrains», prévient celui qui redoute la journée de dimanche. «Nous allons établir un plan d’action, probablement avec un horaire pour les visites pour ne pas que tout le monde arrive en même temps.»

Le lavage des mains et la distanciation de deux mètres à respecter seront martelés au cours des prochains jours aux Résidences du Manoir. À court terme, pas question de rouvrir les salles à manger.

Denis Beaudry, propriétaire des Résidences Albert-Guimond et Sainte-Julie de Trois-Rivières, s’attend à rencontrer ses locataires au cours des prochaines heures.

«Je n’avais aucun cas», rappelle-t-il. «Reste à savoir jusqu’où nos résidents seront conscients de la dure réalité. Certains ont de légers problèmes cognitifs, c’est normal en vieillissant. Seront-ils conscients qu’ils doivent faire très attention, se laver les mains, ne toucher à rien? Si on se ramasse avec des cas, est-ce que nos employés voudront rentrer au travail?»

Dans le même esprit, M. Perreault prévient les résidents de ses trois installations qu’il prônera un déconfinement très progressif.

«Comme propriétaire, ma peur était que mes employés amènent la COVID à l’intérieur de mes résidences», rappelle-t-il. «Mais là, ce sont mes résidents qui pourraient la transmettre à mes employés!»