L’épisode de chaleur qui a sévi du 2 au 5 juillet aurait été à l’origine de 12 décès dans la région.

Décès pendant la canicule: des personnes pauvres et seules touchées

Trois-Rivières — Ce sont 12 personnes qui auraient perdu la vie dans la région en raison de l’épisode de chaleur extrême survenu du 2 au 5 juillet l’été dernier, selon le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec (CIUSSS MCQ). Dans la majorité des cas, il s’agit de personnes âgées, défavorisées et seules qui habitaient dans un îlot de chaleur urbain.

Notons qu’il s’agit de décès potentiels liés à la chaleur puisque dans certaines situations, la cause de la mort n’a pas encore été confirmée officiellement. Deux cas sont confirmés, six sont considérés comme probables alors que quatre sont à statut indéterminé, c’est-à-dire que c’est toujours sous enquête par le bureau du coroner. Toutefois, des indices laissent croire que la chaleur est bel et bien en cause.

La moyenne d’âge de ces huit hommes et quatre femmes était de 71 ans. Au moins huit de ces personnes vivaient seules. Deux demeuraient dans une résidence privée pour aînés alors que les dix autres habitaient dans leur domicile privé. Les îlots de chaleur urbains ont eu une incidence sur ce bilan puisque huit des victimes résidaient dans un tel environnement. À ces endroits, la température peut être jusqu’à 12 degrés Celsius plus élevée que dans les zones rurales environnantes, selon l’Institut national de santé publique du Québec.

Huit des douze victimes vivaient dans un quartier défavorisé ou très défavorisé sur le plan social ou matériel. De plus, six d’entre elles demeuraient à la fois dans un îlot de chaleur ainsi que dans un quartier défavorisé ou très défavorisé. Il n’a pas été possible de savoir dans quelle municipalité elles habitaient.

Certaines maladies étaient présentes chez les personnes décédées, mais aucune ne ressortait plus fortement que les autres, note le CIUSSS. On parle de diabète, d’asthme, de maladies pulmonaires obstructives chroniques, de problèmes cardiovasculaires et de maladies mentales.

Ces décès ont été signalés du 3 au 11 juillet. «Ce qui est particulier, c’est qu’on voit que le retour aux températures normales a montré quand même l’importance de maintenir un suivi, parce que les décès ne se passent pas juste durant la période de chaleur. Tous les effets cumulatifs, les problèmes de santé qui peuvent y être associés ont démontré qu’il y a eu des décès un peu plus tard», note Ann St-Jacques, conseillère en santé et environnement à la Direction de santé publique et de la responsabilité populationnelle.

En plus de ces décès, le CIUSSS a remarqué pendant cette période une hausse des transports ambulanciers et des visites à l’urgence. Dans les deux cas, l’augmentation a été de 22 % dans la semaine du 1er au 7 juillet 2018 comparativement à la même période de l’été 2017. Pour les transports ambulanciers, on parle d’une hausse de 22 % toutes causes confondues alors que pour les visites à l’urgence, il s’agit vraiment de consultations pour des problèmes liés à la chaleur. Dans la semaine précédant ou suivant celle-ci, aucune hausse n’avait été observée.

C’est la première fois que la région était frappée par une telle chaleur sur une si longue période. L’ensemble des partenaires s’était d’ailleurs mobilisé. C’est donc la première enquête épidémiologique que le CIUSSS menait concernant cette problématique. Sans surprise, les résultats confirment que la chaleur a une importante incidence sur l’état de santé. Un phénomène qui risque de se répéter avec les changements climatiques. D’ailleurs, rendu public mardi, un rapport commandé par le ministère fédéral de l’Environnement conclut que le réchauffement est près de deux fois plus rapide au Canada que dans le reste du monde. Les vagues de chaleur font partie des conséquences appréhendées. Selon Environnement Canada, l’été 2018 se classe au quatrième rang des étés les plus chauds dans la région depuis que des données sont compilées.

«On est très réaliste dans le sens qu’on voit qu’il y a une hausse des températures et l’effet sanitaire est vraiment là. Il y aura vraiment un impact avec les épisodes de chaleur à venir, surtout que cet épisode-là, ce qu’il avait de particulier, c’est son intensité. Il a fait très chaud et ça a duré plusieurs jours. Ce qui est difficile, c’est que les gens ne peuvent pas récupérer d’où l’apparition de problèmes de santé et d’impacts plus importants», explique Mme St-Jacques.

Pour ce qui est des problèmes de santé, la région risque d’être particulièrement touchée puisque le vieillissement de la population y est prononcé.

Du 15 mai jusqu’en septembre, la Direction de la santé publique est en état de veille concernant la température. Un plan d’intervention est déjà en place. À la suite des épisodes de chaleur de l’été dernier, ce plan est en train d’être révisé.

L’étude épidémiologique va aider la Santé publique à orienter ses actions.

«Ça nous a appris qu’on a encore un travail de prévention à faire pour mieux intervenir, donc on sait que notre défi va être de rejoindre les personnes vulnérables. Si on regarde ce qui s’est passé, il va falloir travailler avec les personnes âgées et les personnes vivant seules. Il va falloir travailler sur des stratégies pour mieux les soutenir en cas de chaleur extrême. On regarde pour travailler de façon plus serrée avec les organismes communautaires, avec les proches pour soutenir les personnes vivant seules», précise Mme St-Jacques.

«Il y a différentes clientèles vulnérables qui sont identifiées dans les cas de chaleur extrême. On pense aux très jeunes enfants et aux travailleurs extérieurs, et on y travaillait déjà. Le portrait qu’on a des décès actuels et des consultations nous dit de se concentrer peut-être davantage sur les personnes vulnérables vivant seules et les personnes âgées parce que ce sont elles qui sont les plus touchées par les impacts vraiment graves. La promotion est peut-être efficace au niveau des jeunes enfants. Les travailleurs aussi sont de plus en plus informés et appliquent davantage les mesures préventives. Les pauses, la bonne hydratation, on en a entendu beaucoup parler en juillet», note Guillaume Cliche, porte-parole du CIUSSS.

Un travail sera aussi fait auprès des résidences pour personnes âgées (RPA). Un effort particulier sera donc entrepris pour joindre les personnes vulnérables en cas de chaleur extrême.

«Il y a un travail qui va se faire pour essayer d’identifier les personnes vulnérables qui ont des services avec le CIUSSS. On va essayer d’avoir des listes de personnes vulnérables qu’on va pouvoir rejoindre. Ça c’est le travail au niveau du CIUSSS et il y en a également un au niveau des municipalités. Il y a un travail à faire concrètement. On est en train de penser à la promotion des cartes d’îlot de chaleur pour permettre de cibler les interventions lorsque les épisodes arrivent. On est déjà en mode action présentement. On travaille avec l’Organisation régionale de la sécurité civile pour faire un plan d’intervention, pour améliorer nos procédures de communication entre autres avec les municipalités et pour essayer d’encourager de bonnes pratiques», explique Mme St-Jacques.