Romy et Norah Carpentier
Romy et Norah Carpentier

Décès de Norah et Romy Carpentier: Deuil-Jeunesse encourage une discussion franche avec les enfants

Norah Carpentier avait 11 ans, sa petite sœur Romy n’en comptait que 6. Elles allaient à l’école, elles avaient des amis… Leur entourage posera des questions. Plusieurs parents devront trouver les mots pour expliquer cette mort tragique à leurs enfants.

Plusieurs personnes se sont déplacées sur les lieux du drame, à Saint-Apollinaire, cette fin de semaine. Elles voulaient aider aux recherches, se montrer solidaires. Plusieurs adultes étaient accompagnés de leurs enfants, parmi eux, des amies des petites filles disparues.

Bien que Deuil-Jeunesse n’encourage pas la participation des enfants aux recherches – ils n’ont pas à garder en mémoire une découverte aussi macabre que les corps inanimés de Norah et Romy –, l'organisme croit qu'il est bénéfique de voir la réalité, plutôt que de s’imaginer toutes sortes de scénarios.  

«Si les enfants ne participent pas, ils vont s’imaginer tellement de choses… le concret va les aider. C’est aussi ça, la vie, on ne peut pas mettre nos enfants dans une ouate confortable et les éloigner de tous les drames qui arrivent. C’est traumatisant et choquant pour eux, oui, mais ils peuvent voir bien pire que ça aux nouvelles ou dans les films», explique Josée Masson, fondatrice et directrice générale de Deuil-Jeunesse.

«S’ils n’étaient pas en sécurité, je ne serais pas d’accord. Mais dans ce cas-ci, ça peut les aider. On ne force pas, c’est la règle d’or», ajoute-t-elle.

L’organisme d’interventions professionnelles vient en aide aux jeunes et aux adultes qui vivent la maladie grave, la mort d’un proche ou une perte à la suite d’une séparation parentale, l’abandon ou l’adoption.

Leurs services sont disponibles partout en province. Depuis samedi, les lignes téléphoniques sont très occupées et les intervenants travaillent fort pour accompagner les familles dans le drame.

Un casse-tête incomplet

«C’est important de dire aux enfants que des choses comme ça peuvent arriver. Il manque beaucoup d’éléments dans l’histoire actuellement, il faut éviter de dire : “Papa a tué ses enfants”. On attend d’avoir toutes les informations. La cause du décès va faire que l’histoire est différente. La vérité est toujours bonne, mais il faut faire attention de ne pas l’inventer. On dit les faits que l’on sait au moment où on les connaît.» 

Les infos connues sont que les deux fillettes ont été retrouvées dans les bois sans vie et que leur père est toujours recherché par la police. Ils étaient tous les trois disparus depuis mercredi soir. Pour le reste, l’enquête de la Sûreté du Québec nous le dira lorsque les éléments seront rendus publics.

«C’est comme si on avait un casse-tête de 100 pièces, et qu’il manquait 75 morceaux. C’est dur de voir l’image complète», insiste Josée Masson.  


« C’est aussi ça, la vie, on ne peut pas mettre nos enfants dans une ouate confortable et les éloigner de tous les drames qui arrivent. C’est traumatisant et choquant pour eux, oui, mais ils peuvent voir bien pire que ça aux nouvelles ou dans les films »
Josée Masson, fondatrice et directrice générale de Deuil-Jeunesse

Deuil-Jeunesse encourage une communication franche. Les enfants doivent sentir que les parents sont là pour répondre aux questions. Lorsque ces événements sont passés sous silence, s’ils l’apprennent à l’école ou ailleurs, les enfants ne seront pas tentés d’en discuter ouvertement.

«Ils vont finir par le savoir… on ne parle que de ça. Ils ne sont pas obligés d’être constamment plongés là-dedans, mais juste de dire qu’il s’est passé quelque chose.»

Avec Norah qui avait 11 ans, il est très probable que les jeunes de son entourage aient déjà accès aux réseaux sociaux. Sur Internet, il devient difficile de filtrer l’information.

«Il faut surtout dire aux enfants que toutes les séparations ou les problèmes de santé mentale ne mènent pas à ce dénouement. Il y a plusieurs facteurs à prendre en compte. Pour expliquer ça, il faut en parler», explique aussi Josée Masson.

Josée Masson est la fondatrice et directrice générale de Deuil-Jeunesse.

Retour à l'école surveillé

Est-ce que les écoles devraient mettre en place des services d’aide lors de la rentrée en septembre?

«Pour les écoles touchées, je dirais oui. Il y aura des réactions, atténuées avec l’été, mais présentes quand même. Revenir dans un contexte où notre amie n’est pas à nos côtés… c’est difficile. J’insisterais pour un retour à l’école plus surveillé. Dans toutes les écoles, ça pourrait faire partie des discussions. Parler du coronavirus, oui, mais aussi un retour sur le drame. Il faut ouvrir la porte et oser aborder le sujet pour que les jeunes se sentent en sécurité», explique Mme Masson. 

Pour chaque appel, les intervenants de Deuil-Jeunesse se fient au tempérament de chaque enfant afin d’équiper la famille le mieux possible. Et même si les jeunes ne semblent pas préoccupés, ils savent quelle méthode employer pour les aider. 

«Pour qu’ils veillent à leur sécurité, c’est important pour les enfants de savoir que des gens adultes qu’ils aiment peuvent avoir un comportement inapproprié. Si c’est le cas, ils doivent le dénoncer. La vie n’est malheureusement pas seulement faite de belles choses», termine la fondatrice de l'organisme. 

Numéro sans frais de Deuil-Jeunesse: 1-855-889-3666