Les audiences sont présidées par la coroner Andrée Kronström.

Décès de Lyndia Hamel: un rapport qui avait de quoi inquiéter?

Trois-Rivières — L’état de Lyndia Hamel tel qu’il était documenté dans le rapport de la journée du 26 décembre 2016 avait visiblement de quoi inquiéter les supérieurs de la Maison Carignan. Alors que la directrice clinique de la ressource, Audrey Alarie, expliquait mercredi ne pas avoir eu un portrait juste de la situation lorsqu’elle a été contactée au téléphone par l’intervenant Anthony Dessureault, son adjointe a pour sa part eu le portrait complet en lisant le rapport de soirée, peu avant minuit.

En congé lors de la journée du 26 décembre, l’adjointe clinique de la Maison Carignan, Marie-Danielle Vézina, a pris connaissance, par courriel, du rapport de soirée qui avait été envoyé après l’intervention. Ce qu’elle y a lu l’a incitée à communiquer rapidement par messages textes avec l’intervenant Anthony Dessureault car, selon elle, les faits contenus dans le rapport laissaient transparaître une situation majeure. L’échange de textos entre les deux collègues a d’ailleurs été reproduit en preuve, jeudi lors de la troisième journée de l’enquête du coroner (voir la retranscription).

L’adjointe clinique indique avoir surtout voulu s’enquérir que les actions mises en place pour Lyndia Hamel avaient été approuvées par sa supérieure, Audrey Alarie. On lisait notamment dans le rapport avoir fait dormir la jeune femme avec une autre résidente pour vérifier qu’elle ne convulse pas.

On sait toutefois, après le témoignage de Mme Alarie, que cette dernière n’avait pas reçu les mêmes informations par téléphone, que la situation lui avait été dépeinte comme étant sous contrôle et que Lyndia Hamel n’était plus en état d’intoxication lors de l’appel d’Anthony Dessureault. Audrey Alarie n’a jamais pu prendre connaissance du rapport de fin de soirée le 26 décembre, car elle dormait déjà lorsque le courriel est entré, vers 23 h 30. Rappelons qu’en témoignant, Mme Alarie s’est dite estomaquée de constater, le 27 décembre, à quel point le rapport du 26 décembre était déphasé par rapport aux informations qu’on lui avait transmises.

Textos

«On s’est assuré qu’elle meure pas cette nuit», a notamment texté M. Dessureault à Marie-Danielle Vézina, un texto écrit évidemment sans connaître le drame qui allait se jouer, mais qui a remué bien des émotions pour les proches de la jeune femme qui assistent à l’audience.

Les actions entreprises, selon les informations contenues dans le rapport, apparaissaient aux yeux de Marie-Danielle Vézina comme étant dangereuses et même illégales. Elle a donc validé auprès de M. Dessureault que le tout avait été approuvé par Audrey Alarie, ne sachant pas à ce moment que sa supérieure n’avait pas été mise au fait du contenu du rapport.

Au lendemain, en apprenant le décès de la résidente, Mme Vézina explique ne pas avoir été en mesure de revenir immédiatement sur les événements avec ses collègues, étant donné qu’Audrey Alarie et elle devaient mettre en place le plus de mesures possible afin de soutenir les intervenants et les résidents.

Mme Vézina a eu du mal à retenir ses larmes en se remémorant cette journée, qu’elle a dépeinte comme un choc terrible pour tout le monde. Selon elle, ça a pris «un bon moment» avant que l’équipe ne soit en mesure de reparler des événements.

Devant ce nouvel élément de preuve, l’intervenant Anthony Dessureault a été rappelé par la coroner afin de pouvoir donner sa version des faits. Le jeune homme n’a pas caché qu’il était mal à l’aise et bouleversé de relire ces textos.

Selon M. Dessureault, ces messages n’ont pas été écrits dans un état d’esprit de vouloir prendre tout ça à la légère, mais bien pour essayer de se convaincre qu’il avait fait au mieux.

«Je vis avec ça depuis deux ans et demi. Je me pourris de remords en me demandant pourquoi je n’ai pas poussé plus. Moi, j’étais en faveur de procéder à son expulsion et j’avais un malaise avec comment ça s’était fait. Ce rapport a été fait dans le but qu’on en reparle le lendemain, en équipe. Je ne pensais pas du tout qu’elle était en danger, sinon je ne serais jamais parti comme ça», a évoqué celui qui indique avoir travaillé près de 16 heures cette journée du 26 décembre.