Une mise en demeure a été envoyée à la Maison Carignan par la famille et les proches de Lyndia Hamel.

Décès de Lyndia Hamel: les dirigeants de la Maison Carignan «moralement coupables»

TROIS-RIVIÈRES — La famille et les proches de Lyndia Hamel, cette jeune femme décédée des suites d’une surdose de drogue à la Maison Carignan en décembre 2016, intentent un recours contre le centre de thérapie trifluvien. Une mise en demeure a en effet été envoyée à la Maison Carignan au cours des derniers jours, tenant l’organisme moralement responsable de la mort de la jeune femme, en plus de leur reprocher la complicité après le fait et la fabrication de preuves, notamment.

Selon le document, dont Le Nouvelliste a obtenu copie, l’ancien directeur général de l’organisme Alain Poitras, plusieurs employés qui étaient en poste lors des événements de même que les membres du conseil d’administration de l’époque sont visés par cette mise en demeure. Le demandeur, Étienne Fréchette, était un ami de la jeune femme décédée et dit agir à titre de mandataire de la famille et des proches de Lyndia Hamel.

On se souviendra que la jeune femme de 21 ans est décédée des suites d’une overdose à l’intérieur des murs de la maison de thérapie dans la nuit du 26 au 27 décembre 2016. Elle était revenue d’une sortie pour visiter sa mère qui avait un problème de santé, et avait admis avoir consommé durant sa sortie. Le rapport du coroner Pascal Pelletier signifiait que la jeune femme était décédée dans la nuit des suites d’une surdose de drogues au centre de thérapie.

Or, à la suite de la publication de ce rapport, des témoins se sont manifestés publiquement pour soutenir que la maison avait failli à ses responsabilités, et que la jeune femme avait clairement manifesté des intentions suicidaires après qu’on lui eut fait savoir qu’elle retournerait en prison le lendemain pour avoir brisé ses conditions. La mise au jour de ces nouvelles informations a d’ailleurs incité la coroner en chef, Me Catherine Rudel-Tessier, à ordonner la tenue d’une enquête publique sur ces événements, enquête dont la date n’a toujours pas été déterminée. Le Bureau du coroner attend en effet la conclusion de l’enquête criminelle dans ce dossier, de même que la décision du Directeur des poursuites criminelles et pénales à savoir si des accusations seront déposées, avant de poursuivre ses travaux.

Lyndia Hamel est décédée des suites d’une surdose de drogue à la Maison Carignan, en décembre 2016.

Selon la mise en demeure, les proches de Lyndia Hamel tiennent le centre et ses employés de l’époque «moralement coupables» de négligence causant la mort, de non-assistance à une personne en danger, d’empêcher de sauver une vie, de parjure, de témoignages contradictoires et de fabrication de preuve, en plus de complicité après les faits.

«Dès son retour de sortie, vous avez par action et omission, participé à l’établissement des circonstances adéquates pour faciliter un tel drame. Pire encore, vous avez, par action et omission, empêché à plusieurs reprises qu’on lui sauve la vie. De ce fait, vous avez infantilisé et ignoré les témoins, vos bénéficiaires», indique la mise en demeure, rappelant que plusieurs personnes avaient tenté de prévenir les intervenants ce soir-là que Lyndia avait manifesté des intentions suicidaires, et qu’elle aurait même indiqué préférer «se passer» que de retourner en prison.

La mise en demeure reproche en outre à l’organisation de ne pas avoir retourné directement Lyndia auprès des autorités carcérales, dès le constat de son manquement à ses conditions, de l’avoir gardé une nuit sans que le centre ne détienne les permis nécessaires pour garder une personne intoxiquée entre ses murs, qu’on ait donné la responsabilité à une autre bénéficiaire de veiller sur Lyndia durant la nuit, en plus d’avoir fourni de fausses informations aux policiers ayant mené l’enquête et d’avoir fourni de mauvaises informations aux bénéficiaires de l’établissement qui avaient été témoins.

«La Maison Carignan a volontairement entravé de façon directe et indirecte les fonctionnaires publics et les agents de la paix dans l’exécution de leurs fonctions, en tenant les témoins loin des enquêteurs. Le tout fut orchestré par M. Alain Poitras. Si ce n’avait été le cas, le dossier aurait été fermé depuis près d’un an. Nous prouverons que vous avez dissimulé et falsifié les preuves dans le but de camoufler plusieurs infractions incluant de la négligence», soutient le demandeur.

La mise en demeure somme donc la Maison Carignan d’émettre une lettre d’excuses publiques à l’attention de tous les bénéficiaires touchés, «directement ou indirectement par les agissements inacceptables de votre organisation, avec mot d’ordre. «Il n’y a personne au-dessus des lois», peut-on lire dans le document.

La famille et les proches de la jeune femme indiquent en outre qu’ils évaluent présentement un montant en dommages moraux et punitifs qui pourrait être réclamé si les procédures devaient se traduire par une poursuite judiciaire, et ce, même s’ils précisent qu’ils sont incapables de chiffrer la vie de Lyndia.

Du côté de la Maison Carignan, on a indiqué avoir reçu la mise en demeure. La direction mentionne avoir transmis le dossier aux assureurs, qui en prendront connaissance et pourront par la suite amorcer leur enquête.