Lyndia Hamel

Décès de Lyndia Hamel: «C’est ma dernière nuit!»

TROIS-RIVIÈRES — «C’est ma dernière nuit ! Je ne retournerai pas en détention!» C’est en ces mots que Lyndia Hamel aurait exprimé son désarroi, le 26 décembre 2016, à Sylvie Dusablon, une résidente de la Maison Carignan. Cette dernière, de même que Julie Austin, qui a partagé la chambre de la jeune fille et découvert son corps inanimé au matin, sont venues rapporter les derniers instants de la jeune femme de 21 ans jeudi, au troisième jour de l’enquête publique du coroner sur sa mort.

Lyndia Hamel, on se souviendra, avait consommé des opiacés par injection à l’intérieur du centre le 26 décembre en après-midi. Selon les témoignages entendus jeudi, elle avait ramené les stupéfiants de sa sortie à Québec, une sortie qui visait à aller voir sa mère qui venait de subir un AVC.

Confrontée par les intervenants, la jeune femme serait passée aux aveux. Bien que selon les règles en place à l’intérieur de la Maison Carignan à l’époque, une rechute ne signifiait pas une expulsion automatique, les deux résidentes ont indiqué que les intervenants en place avaient fait comprendre à Lyndia qu’elle retournerait en prison le lendemain.

Sylvie Dusablon a recueilli la confession de Lyndia vers 20 h ce soir-là. «Elle m’a dit: c’est ma dernière nuit! Je ne retournerai pas en détention. Je suis retournée voir les intervenants pour leur dire qu’ils ne pouvaient pas la laisser comme ça, qu’il allait arriver quelque chose de grave. Mais on m’a dit de me mêler de mes affaires, qu’ils allaient gérer ça et que ça ne concernait pas les résidents», a évoqué cette témoin.

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Inanimée

Pour sa part, Julie Austin a été réveillée vers 23 h par l’intervenante Fannie Lampron, qui lui demandait de changer de chambre afin d’apporter un soutien à Lyndia Hamel. La dame a été amenée à l’écart par l’intervenant Anthony Dessureault pour lui expliquer la situation. «Il m’a dit que le lendemain, elle remonterait (en prison)», se souvient Julie Austin.

Julie Austin partageait la chambre de Lyndia Hamel le soir de son décès. Elle l’a retrouvée tôt le matin, inanimée dans son lit.

Les deux résidentes sont demeurées ensemble à discuter jusque passé minuit. Selon Julie Austin, Lyndia Hamel était en panique et démontrait encore des signes d’intoxication. «J’ai tenté de la rassurer. Elle m’a dit: je te jure Julie! Je ne retourne pas en prison», indique Mme Austin, qui lui a flatté le dos jusqu’à ce qu’elle s’endorme. «Je me suis endormie au rythme de sa respiration, ça m’a rassurée», confie-t-elle.

Par le biais d’une déposition, une autre résidente, Karine Dallaire, a indiqué avoir discuté avec Lyndia Hamel à 1 h 30 du matin, alors qu’elle se trouvait dans la salle de bain. La jeune femme pleurait toujours et est retournée à sa chambre par la suite.

À 6 h, lorsque son réveil a sonné, Julie Austin a été prise d’un drôle de sentiment. Elle a constaté que Lyndia Hamel était couchée sur le ventre, un bras au-dessus de la tête. En touchant son chandail, la dame a constaté que sa peau était froide. Elle a rapidement tourné sa co-chambreuse sur le dos pour la trouver bleutée, une seringue dans son lit et un sachet vide à côté.

«J’ai hurlé à une autre résidente d’aller chercher de l’aide et j’ai commencé les manœuvres de réanimation. L’autre résidente est revenue avec le défibrillateur. Je l’ai installé, mais la machine n’a émis aucun choc», signale-t-elle, laissant entendre qu’il n’y avait déjà plus rien à faire.

Les manœuvres se sont poursuivies jusqu’à l’arrivée des ambulanciers, se souvient Julie Austin.

Fouille

L’intervenante Sylvie Garceau, qui avait été chargée de fouiller les affaires de Lyndia Hamel lors de son retour d’une sortie de 24 heures, est venue expliquer à la coroner Andrée Kronström n’avoir trouvé aucune drogue ni aucune seringue dans ses affaires. Toutefois, selon les procédures en place à ce moment, les intervenants n’étaient pas autorisés à procéder à des fouilles à nu, pas même de toucher aux résidents pour trouver des stupéfiants dissimulés.

La journée a également été ponctuée du témoignage d’Ethan Foster, un ami intime de Lyndia, qui lui avait rendu visite le 10 décembre et qui affirme avoir pu entrer dans la Maison Carignan sans devoir se rapporter à personne. Il a même pu fournir un iPod à la jeune femme sans se faire poser de questions. Par ailleurs, Ethan Foster affirme avoir été en contact par messages textes avec Lyndia Hamel jusqu’à très tard dans la nuit du 26 au 27 décembre, des affirmations qui ne concorderaient toutefois pas avec plusieurs autres témoignages entendus.