Les travaux de la coroner Andrée Kronström se sont achevés, mercredi, au palais de justice de Trois-Rivières.

Décès de Lyndia Hamel à la Maison Carignan: «elle méritait d’avoir de bons services»

Trois-Rivières — «La logique aurait été qu’elle soit accompagnée pour venir me voir à l’hôpital et qu’elle soit ramenée tout de suite après au centre. Mais elle a été laissée seule pendant deux jours, alors qu’elle était vulnérable. Si ça n’avait pas été de ça, elle n’aurait jamais consommé. Je ne souhaite à personne de vivre ce que je vis».

C’est en ces mots que Céline Hamel, la mère de Lyndia Hamel, a tenu à s’adresser à la coroner Andrée Kronström mercredi, à l’occasion de la clôture des travaux de l’enquête publique visant à faire la lumière sur les causes et circonstances du décès de sa fille, en décembre 2016 à la Maison Carignan. Pour Céline Hamel, la séquence des événements qui a suivi le retour de sa fille d’une sortie de deux jours autorisée pour venir lui rendre visite à l’hôpital, a été une série d’erreurs qui ont mené jusqu’à sa consommation d’opioïdes à l’intérieur des murs du centre de thérapie, une dose qui lui aura été fatale.

La dernière journée de cette enquête publique était majoritairement consacrée à permettre aux parties intéressées de faire des représentations pour résumer à la coroner l’essentiel des propos tenus dans le cadre de cette enquête, qui s’est amorcée en juin dernier. Et si Céline Hamel a reproché à la ressource d’hébergement en dépendance d’avoir échoué à considérer la volonté de sa fille à obtenir de l’aide, la directrice générale de la Maison Carignan, Valérie Piché, a profité des dernières minutes de cette audience pour réitéré être convaincue que les gens présents lors de la journée du 26 décembre 2016, la veille de sa mort, ont eu foi en Lyndia Hamel, en son désir de s’en sortir et ont travaillé à chaque minute avec tout leur cœur parce qu’ils portaient en eux la vocation d’aider les personnes vivant avec une dépendance.

L’avocat de la Maison Carignan, Me Patrick Matos, a d’ailleurs profité des représentations pour rappeler qu’à la suite des événements survenus en décembre 2016, les enquêtes policières et les vérifications de conformité n’ont mené au dépôt d’aucune accusation criminelle ou pénale, de même qu’à aucune levée de la certification de la ressource, et que la direction avait été très proactive dans la révision de ses protocoles internes par la suite.

Un avis qui n’est pas partagé par un ami de Lyndia Hamel, Étienne Fréchette, qui agissait aussi comme partie intéressée. Selon lui, en 2016, «les intérêts économiques ont passé avant la sécurité des gens» à la Maison Carignan. Il estime en outre que les bénéficiaires qui ont tenté d’alerter les intervenants sur l’état d’intoxication de la jeune femme et ses propos suicidaires ont été «stigmatisés par les intervenants», qui ne les ont pas pris au sérieux.«Je n’ai pas l’impression que quelqu’un l’a entendue. Vous avez éteint la mince lueur d’espoir qui l’animait. Lyndia n’était pas une junkie finie, elle méritait d’avoir de bons services», a-t-il déclaré, rappelant que son amie âgée de 21 ans en était à sa toute première thérapie pour ses problèmes de dépendance aux drogues, et avait le désir réel de s’en sortir.

Recommandations

Plus tôt dans la journée, la directrice générale de la Maison Carignan, Valérie Piché, a présenté plusieurs recommandations qu’elle souhaitait formuler à la coroner, dans l’espoir de les voir se matérialiser dans le rapport final de cette enquête publique.

Mme Piché a soulevé la possibilité que les ressources d’hébergement en dépendance puissent avoir accès en tout temps à un procureur-conseil afin que les intervenants puissent discuter du dossier précis de la personne judiciarisée qui commet un bris d’engagement, comme une rechute. Selon elle, un tel service aurait permis aux intervenants en place le soir du 26 décembre de rassurer Lyndia Hamel qui, rappelons-le, avait manifesté son désespoir à l’idée de retourner en détention le lendemain pour avoir consommé des stupéfiants. La preuve démontre qu’elle aura de nouveau consommé dans son lit durant la nuit une dose fatale.

Valérie Piché se demande d’ailleurs si une seule rechute doit systématiquement entraîner une révocation de la cour, une démarche qui lui semble contre-productive. «Les policiers ne peuvent pas se substituer aux procureurs, et la tolérance zéro amène un risque auprès de la personne», évoque-t-elle, indiquant toutefois qu’il serait laborieux, voire irréaliste sur le plan des ressources humaines, de penser que toutes les ressources en dépendance pourraient obtenir demain matin la certification permettant de traiter avec les cas d’intoxication. Toutefois, elle a rappelé que lors de son admission au centre, Lyndia Hamel n’était pas intoxiquée et que, dans les circonstances, elle se trouvait dans la bonne ressource. Un énoncé qui a été confirmé par Dany Jolicoeur, agente de planification programmation et recherche au CIUSSS Mauricie et Centre-du-Québec, qui est notamment responsable du volet de la certification des ressources en dépendance.

Mme Jolicoeur a par ailleurs spécifié que le CIUSSS-MCQ comptait revoir sous peu la procédure de fouille permise dans les ressources d’hébergement en dépendance, une procédure qui est présentement très sommaire et qui aurait notamment permis à Lyndia Hamel de cacher sur elle des stupéfiants sans que le responsable ne puisse les détecter.

Valérie Piché estime qu’il serait également utile de pouvoir écrire un nouveau protocole pour la gestion des intoxications ponctuelles, sans en faire une spécialisation de la ressource, un protocole qui serait balisé en fonction des observations cliniques, de la collaboration du bénéficiaire, de son état physique et de la substance consommée. Elle a réitéré que la trajectoire actuelle pour les ressources en dépendance qui devaient faire face à une personne intoxiquée demeurait imprécise dans la région, se limitant pour l’instant à un transport vers l’urgence.

La coroner Andrée Kronström prendra en considération les nombreux témoignages entendus tout au long de ces audiences et rédigera son rapport, qui proposera des recommandations pour améliorer les processus. Son rapport sera attendu au cours des prochains mois.