Chloé Leriche
Chloé Leriche

Décès de Joyce Echaquan: «Il faut dénoncer les actes de racisme»

Audrey Tremblay
Audrey Tremblay
Le Nouvelliste
LA TUQUE — «C’est un combat qui dure et qui perdure». La cinéaste Chloé Leriche est bouleversée, enragée et même révoltée de ce qu’elle a vu et entendu dans les derniers jours. Celle qui est derrière le film «Avant les rues», le premier long métrage de fiction entièrement en langue atikamekw et tourné dans la communauté de Manawan, souhaite que toutes les recommandations de la Commission Viens soient mises en place dès maintenant.

«Ça nous rentre dedans ce genre d’injustice», souligne Chloé Leriche.

Cette dernière connaît particulièrement bien la communauté atikamekw de Manawan. C’est là qu’elle a imaginé et réfléchi son premier film au début des années 2000.

«C’est une communauté que je connais assez bien, de mieux en mieux […] Je trouve que c’est un peuple d’une magnifique beauté. On a beaucoup à apprendre d’eux et leur résilience est phénoménale», affirme-t-elle.

Chloé Leriche souligne que les témoignages des membres de la communauté de Manawan en lien avec l’hôpital de Joliette s’additionnent depuis un moment déjà, encore plus depuis la publication troublante de la vidéo de Joyce Echaquan. Ils se plaignent d’avoir été eux aussi ignorés, mal traités.

D’ailleurs, elle rappelle que la Commission Viens a consacré une semaine entière au racisme systémique subit par les Atikamekws dans cet hôpital.

«Ce n’est pas rien. Ça fait longtemps que j’entends parler des problèmes dans cet établissement-là», souligne-t-elle.

La situation amène également, selon elle, les membres de la communauté à se questionner face à d’autres décès survenus dans cet hôpital.

«Je vois que le doute est semé dans l’esprit des Atikamekws à la suite de cette vidéo publiée par Joyce. Quelle Warrior cette femme d’ailleurs, elle a eu la force et le courage sur son lit de mort d’interpeller les siens en faisant un Facebook live alors qu’il ne lui restait presque plus d’énergie», lance-t-elle.

Chloé Leriche s’est jointe aux centaines de personnes qui se sont rassemblées à Joliette pendant plusieurs heures, mardi soir, par solidarité et soutien à la famille.

«Les gens de la famille étaient extrêmement touchés de voir ça. Pour une rare fois, les gens de la communauté se sentent soutenus, mais il va falloir plus que ça, je crois, pour qu’ils se sentent supportés. Il faut en parler, que les médias en parlent, et que la population change. On a de très grands problèmes de racisme au Québec», indique-t-elle.

D’avoir congédié l’infirmière ne réglera pas la situation: le problème est plus profond et plus ancré selon la cinéaste.

«Premièrement, on entend deux infirmières. Il y en a une qui a des propos plus ouvertement racistes que les autres, mais personne autour n’intervient. On se rend compte que c’est quelque chose qui est toléré. Qu’on soit capable de dire de telles énormités devant des collègues de travail… Ça ne peut pas être un cas isolé. De congédier l’infirmière, c’est une farce, c’était le minimum. C’est toute l’administration de l’hôpital qui doit être virée. Mais surtout, il doit y avoir un plan d’action», insiste-t-elle.

«Il faut qu’on soit capable d’aller à l’hôpital en sécurité et être traité avec dignité», ajoute-t-elle.

Le prochain film de Chloé Leriche traite du racisme systémique, un projet qu’elle travaille depuis déjà un moment qui est plus d’actualité que jamais.

«Je parle d’un événement qui s’est passé en 1977, et mon sujet est encore d’actualité. Je ne me suis pas trompée quand j’ai eu l’intuition de me lancer dans cette histoire-là. Ça me touche autrement ce qui se passe. Je suis déjà dans cette réflexion-là depuis de nombreuses années. Je suis bouleversée, il y a beaucoup de drames et de traumas vécus par les Atikamekws et les Premières Nations en général», note-t-elle.

Faire son bout de chemin

Il n’y a pas de solutions miracles, certes, mais de mettre en place les recommandations du rapport Viens serait déjà un bon pas vers l’avant selon elle. À très court terme, des actions quotidiennes pourraient faire la différence.

«Il faut dénoncer les actes de racisme, c’est un peu la base. Il faut arrêter de tolérer le racisme qui nous entoure, et ça, monsieur et madame Tout-le-monde peut le faire […] Il ne faut pas laisser les gens des Premières Nations être les seuls à aller au front pour ça. Il faut aussi prendre parole et apporter du soutien. Les Allochtones doivent aussi être partie prenante de la solution. Ce serait tout à fait normal, c’est la clé en fait. C’est le seul pouvoir qu’on a», a-t-elle souligné.

Chloé Leriche espère maintenant que la famille de Joyce Echaquan entamera des procédures judiciaires.