Les candidats à la mairie de Shawinigan ont débattu devant les étudiants en sciences humaines du Collège Shawinigan.

Débat à Shawinigan: des flammèches sur des thèmes inattendus

Shawinigan — La dette et le taux de taxe mobilisent beaucoup d’attention chez les opposants de Michel Angers au cours de la période électorale qui s’achève, mais le débat organisé par des étudiants en sciences humaines du Collège Shawinigan, mardi, réservait les meilleurs échanges sur la future marina, les services supralocaux et la... culture. Comme quoi cette campagne relativement calme peut réserver des surprises.

Quelque 150 jeunes ont participé à cet exercice, en début d’après-midi mardi au salon de l’association générale des étudiants. Enseignant et responsable du programme de sciences humaines, André St-Louis a répondu à l’intérêt de plusieurs jeunes qui souhaitaient organiser des activités liées à la politique. La campagne électorale municipale ne pouvait mieux tomber! Les étudiants de première année devront produire un compte-rendu de l’exercice, mais plusieurs autres s’étaient déplacés par curiosité. «Beaucoup de ces jeunes n’ont pas encore 18 ans, mais ça leur montre les rudiments de la politique et ça leur apprend à démêler les champs de compétence», explique M. St-Louis, très satisfait de la participation. 

Le maire sortant, Michel Angers, ainsi que les aspirants Judeline Corriveau et François Bonenfant ont participé au débat électoral organisé par le Collège Shawinigan, mardi en début d’après-midi.

Après leur présentation, Michel Angers, Judeline Corriveau et François Bonenfant devaient répondre à une question sur quatre thèmes, soit la démographie, l’économie, le volet social et l’environnement. Des répliques étaient permises après les réponses des trois candidats.

Les premières flammèches sont apparues sur le projet de la marina qui sera construite dans le secteur Grand-Mère. Mme Corriveau réitère que le moment est mal choisi pour Shawinigan pour plonger dans ce projet, tandis que 

M. Bonenfant se dit en faveur de cet aménagement, en autant qu’un partenaire privé investisse. Or, étant donné que le projet annoncé est entièrement financé par des fonds publics, l’aspirant à la mairie doute de sa rentabilité. «C’est un beau projet... s’il se réalise», avance-t-il. «Pour moi, c’est un beau ballon électoral lancé avant d’avoir tous les acquis. Si ça se réalise, il faut que ce soit fait par le privé.»

Fort bien, réplique M. Angers, mais Québec et Ottawa ont annoncé une contribution de 9,2 millions $ sur un projet de 13,8 millions $. Sans la participation de la Ville de Shawinigan, ces subventions auraient abouti ailleurs. Il soulève d’ailleurs qu’elles font des envieux à travers la province. «Pourquoi le privé ne veut pas embarquer?», insiste M. Bonenfant. «Parce que ce n’est pas rentable. Si le projet était valable, des privés embarqueraient là-dedans.»

Le maire sortant souligne que la Ville s’associera avec un promoteur pour un projet d’hôtel et spa, «déjà tout attaché», glisse-t-il. «Ça va amener éventuellement des taxes».

Créativité

Au plan culturel, M. Bonenfant aimerait voir plus d’activités dans tous les secteurs de Shawinigan plutôt que de les voir concentrées au centre-ville. De son côté, Mme Corriveau envie le feu roulant d’animation à Trois-Rivières; elle suggère même un «Festival des parapluies», une inspiration portugaise!

Michel Angers semble bien prêt à recevoir toutes les idées, mais il faut aussi respecter un budget. «Donnez-moi deux millions $ de plus en culture et vous aurez des festivals, des activités à tous les jours pendant toute l’année», lance-t-il. «Nous tentons, avec les budgets que nous avons, d’être les meilleurs. Il n’y a pas plus brillant que Bryan Perro pour développer la culture à Shawinigan.»

«Quand on me répond qu’on n’est pas capable parce qu’il manque d’argent, je me dis que ce n’est pas l’argent qui manque. C’est la créativité», suggère Mme Corriveau.

Une question d’une étudiante sur les conséquences du cul-de-sac des négociations sur les compensations à obtenir pour l’utilisation des infrastructures supralocales a aussi animé le débat. M. Angers a rappelé que des ententes semblables s’étaient matérialisées partout à travers le Québec au cours des dernières années et qu’il s’agissait d’une question d’équité, mais sa stratégie n’a visiblement pas convaincu ses adversaires. «Je ne me présente pas à la mairie pour fermer la porte aux gens, au contraire», réplique M. Bonenfant. «Il dit lui-même que c’est pour quelques milliers de dollars. Il faut fermer ce dossier, remettre ça à zéro et négocier de bonne foi avec les municipalités voisines. Pas en étant de glace comme le dit M. Angers, ou en étant immuable. Nous voulons accueillir les gens, qu’ils viennent dépenser dans notre ville.»

«Vous avez négocié vous-même, seul», dénonce-t-il en pointant le maire. «M. Giguère (député de Saint-Maurice) vous a offert ses services pour négocier, mais vous les avez refusés. Vous avez un commerçant qui est venu au conseil municipal pour dire qu’il était inquiet. On gagne quoi, au bout du compte?»

«Nous avons les infrastructures», corrobore Mme Corriveau. «Si on veut que ce soient des investissements, il faut que les gens les utilisent.»