L’historien Alexandre Dumas, de l’UQTR, lançait mercredi son ouvrage L’Église et la politique québécoise, de Taschereau à Duplessis à la librairie l’Exèdre de Trois-Rivières.

De solides mythes déboulonnés

Trois-Rivières — Ce qui est bien avec la discipline de l’histoire, c’est qu’elle est toujours susceptible de nous surprendre même sur des idées qu’on tient pour acquises. L’historien Alexandre Dumas, chargé de cours à l’UQTR, en fait une intéressante démonstration avec la sortie de son ouvrage L’Église et la politique québécoise, de Taschereau à Duplessis qui a fait l’objet d’un lancement à la librairie l’Exèdre de Trois-Rivières mercredi.

Le jeune historien présente une thèse fort intrigante en ceci qu’elle déboulonne certains mythes solidement ancrés dans notre imaginaire collectif du fait, notamment, qu’ils ont été répercutés par des historiens à travers le temps. Pour Dumas, le lien étroit qu’on suppose entre l’Église catholique et l’Union nationale de Maurice Duplessis était nettement moins fort qu’on le pense généralement.

«Les relations entre l’Église et le Parti libéral du Québec étaient meilleures qu’avec l’Union nationale de Duplessis, soutient même l’auteur. Je l’explique dans mon livre en faisant notamment référence à des archives jusqu’ici jamais consultées. Dans les années 30, 40 et 50, on constate que Duplessis était très manifestement le seul chef de la province et qu’il ne partageait son autorité ni avec l’Église ni avec personne d’autre. Même que l’Église n’était pas toujours satisfaite de la façon dont le premier ministre gérait la province.»

«Je démontre par ailleurs comment plusieurs mythes ont été élevés au rang de réalité historique, j’explique le chemin que ces idées ont parcouru et comment s’est construite la mémoire collective.»

Il a notamment l’audace de remettre en cause le soutien électoral du clergé envers l’Union nationale, la ferme opposition de l’Église au droit de vote des femmes, l’origine cléricale de la fameuse Loi du cadenas au même titre que le soutien qu’aurait accordé l’archevêque de Montréal au dirigeant fasciste Adrien Arcand.

Alexandre Dumas est parfaitement conscient que pareilles affirmations sont susceptibles de soulever bien des réfutations mais l’historien est à l’aise avec l’idée du débat. «Je suis très prêt pour les débats simplement parce que j’ai les sources pour étayer chacune de mes affirmations. Mon objectif n’est pas de réhabiliter Duplessis, poursuit-il. Duplessis a ses mérites, il a ses défauts. Je n’ai pas l’intention d’en faire un héros comme certains ont tenté de le faire et ce, même dans les dernières années, mais simplement qu’on puisse l’apprécier à sa juste valeur. Le ‘dédiaboliser’ est un effort qui mérite d’être fait à mon avis.»

«Beaucoup d’historiens travaillent à dédramatiser ce qu’on a appelé la grande noirceur depuis des années. Par contre, du point de vue politique, il y a encore beaucoup à faire. Les ministres de Duplessis sont très peu connus, par exemple, et s’ils ont été élus et réélus, ça ne tient pas qu’à la corruption et l’influence cléricale. Il y avait aussi de bonnes raisons de voter pour eux et de ne pas le faire pour le Parti libéral. C’est ça qu’on doit redécouvrir aujourd’hui.»

Plonger dans un débat sur des questions religieuses présentement au Québec comporte sa part d’écueils et Alexandre Dumas estime que c’est un dossier qui comporte énormément de connotations émotionnelles. «C’est un débat qui est extrêmement émotif par définition parce que tout le monde a soit ses expériences négatives avec la religion des autres, soit ses propres préjugés. Au Québec, on a été traumatisés par notre relation avec l’Église catholique. On connaît tous des gens qui ont subi des abus physiques ou sociaux. C’est la raison pour laquelle, à mon avis, dès qu’on parle de religion, on tombe sur la défensive.»

«On a tendance à transposer nos propres expériences à ce qu’on voit autour de nous. Dans le cas du judaïsme, de l’Islam ou du sikhisme, qui font l’objet de beaucoup d’attention dans l’actualité, ce sont des religions qu’on ne connaît presque pas et qu’on ne prend pas le temps de connaître. Automatiquement, on a le réflexe de transposer ce que nous connaissons de notre propre passé religieux à ces religions qu’on voit apparaître dans notre environnement social.»

L’ouvrage qu’il publie aujourd’hui est basé sur sa thèse de doctorat en histoire, diplôme qu’il a obtenu à l’Université McGill. Bien sûr, la thèse a été retravaillée pour la rendre beaucoup plus digeste mais les dix chapitres de l’ouvrage s’appuient sur une très solide documentation, notamment dans beaucoup d’archives privées et particulièrement celles des archevêchés de Montréal et de Québec et de nombreux évêchés de la province.