Alain Léger et Linda Chandonnet étaient soulagés de retrouver leur logement, à Trois-Rivières, même s’ils ne pourront pas le quitter pour les deux prochaines semaines.
Alain Léger et Linda Chandonnet étaient soulagés de retrouver leur logement, à Trois-Rivières, même s’ils ne pourront pas le quitter pour les deux prochaines semaines.

De retour du Maroc: «On n’a jamais vécu autant d’anxiété»

Matthieu Max-Gessler,  Initiative de journalisme local
Matthieu Max-Gessler, Initiative de journalisme local
Le Nouvelliste
TROIS-RIVIÈRES — L’état d’angoisse dans lequel se trouvait en permanence un couple de Trifluviens coincés au Maroc a pris fin samedi soir, lorsqu’il a pu prendre place à bord du vol d’Air Canada qui l’a ramené au pays. C’est avec un immense soupir de soulagement que Linda Chandonnet et Alain Léger ont pu réintégrer leur domicile à Trois-Rivières. Après la frénésie des derniers jours, à courir les vols pour quitter le Maroc, vols tous annulés les uns après les autres, c’est avec sérénité qu’ils ont entamé la quarantaine recommandée aux voyageurs et qu’ils comptent bien respecter.

«On est habitués de voyager, mais on n’a jamais vécu autant d’anxiété», reconnaît d’emblée Alain Léger. Le septuagénaire confie que leur quotidien est devenu infernal à partir du 14 mars, lorsque le vol qu’ils souhaitaient prendre pour rentrer au pays le plus rapidement possible a été annulé. Dans la semaine qui a suivi, ces annulations se sont succédé, alors que sa conjointe et lui multipliaient les démarches pour quitter le Maroc, tel que le recommandait l’ambassade canadienne dans ce pays.

«Ce n’est qu’une fois assis dans l’avion que j’ai enfin pu me détendre un peu. Parce que même si j’avais ma carte d’embarquement en main, je savais que ça ne valait rien. Rien ne me garantissait qu’on ne m’annoncerait pas que le vol était annulé et que je devrais en trouver un autre», soutient M. Léger.

Le couple trifluvien déplore le manque d’organisation et l’inefficacité des communications de l’ambassade canadienne au Maroc et du ministère des Affaires étrangères du Canada. Selon M. Léger, l’ambassade les référait constamment à des compagnies aériennes, les laissant complètement à eux-mêmes.

«Ça ressemblait à un feuillet publicitaire, ce qu’on nous envoyait. Je ne comprends pas pourquoi le Canada n’a pas fait comme tous les autres pays, qui ont assuré le retour de leurs ressortissants. Nous, on nous disait de sortir du pays en passant par un pays tiers et de rentrer ensuite. Mais avec la fermeture des frontières, ça ne marche pas comme ça», déplore-t-il.

M. Léger insiste par ailleurs sur le fait que les Canadiens qui ont pris place à bord du vol d’Air Canada, samedi soir, n’ont pas été ramenés au pays sur le bras des contribuables. Chacun d’entre eux a dû débourser plus de 1300 $, un tarif d’ailleurs nettement plus élevé que ce qu’il en coûterait normalement pour un vol Casablanca-Montréal.

«Sur les réseaux sociaux, je vois des commentaires de gens qui chialent qu’ils vont devoir payer pour nous, mais je vous l’assure, ce n’est pas le cas. On a dû payer nos billets, alors qu’on a déjà dépensé une fortune pour les vols qui ont été annulés et qu’on ne sait pas ce qu’on va pouvoir se faire rembourser», souligne-t-il.

Solidarité

Dans la dure épreuve qu’ils ont traversée, Alain Léger et Linda Chandonnet se souviendront heureusement d’un aspect plus positif: la solidarité exprimée par leur famille et leurs proches, qui prenaient régulièrement de leurs nouvelles et leur envoyaient des encouragements. L’expression la plus marquante de solidarité qui leur a été témoignée vient toutefois d’une famille marocaine qui les a hébergés et dépannés.

«Ils nous ont accueillis une nuit et on s’est rendu compte le lendemain qu’ils avaient dormi par terre, dans la chambre de leurs enfants, pour nous laisser la leur. Quand on a su qu’il fallait se rendre à Casablanca pour prendre l’avion, le monsieur a loué une voiture pour nous y conduire. Il n’a pas d’auto et il n’avait pas pris le volant depuis neuf ans, depuis qu’il avait eu un accident dans lequel il avait failli mourir. Et quand on a su qu’on n’aurait probablement pas de repas dans l’avion à cause des mesures d’hygiène, ils nous ont préparé un lunch en catastrophe», raconte Mme Chandonnet, non sans émotion.

La solidarité leur est également venue du Brésil. Un prêtre a été mis au courant, par le biais d’une ancienne petite amie d’un parent de Mme Chandonnet, de la situation dans laquelle celle-ci et son conjoint se trouvaient. Il a décidé de leur consacrer une prière pour qu’ils puissent rentrer chez eux sans encombre.

«C’est peut-être grâce à cette prière qu’on a pu avoir un avion», lance M. Léger.