Un arbre est tombé sur la rue Saint-François-Xavier, près de l’église Notre-Dame-des-Sept-Allégresses, à Trois-Rivières.

De nombreux dégâts et des pannes dans la région

Trois-Rivières — Les vents forts qui ont balayé la région vendredi ont fait de nombreux dégâts et causé des centaines de pannes, plongeant plus de 100 000 abonnés dans le noir. Des dizaines d’arbres ont été déracinés ou ont cassé sous la violence des rafales, tombant sur des fils électriques, des poteaux, des voitures ou des résidences. Bien que la fureur de Dame Nature s’est estompée au cours de l’après-midi, les autorités ont eu fort à faire pour tenter de réparer les dégâts causés par les bourrasques.

À 23 h, vendredi, plus de 100 000 clients d’Hydro-Québec étaient toujours plongés dans le noir, en Mauricie et au Centre-du-Québec. La société d’État a recensé plus de 2000 pannes sur son réseau à travers la province, dont près de 450 dans la région. La région la plus touchée, vendredi soir, était la Montérégie, avec près de 160 000 abonnés sans électricité.

Étant donné l’ampleur des dégâts, alors que de nombreux fils et des poteaux ont été arrachés par des arbres ou divers débris volants, Hydro-Québec mettra plusieurs jours à rétablir le courant partout. En conférence de presse, vendredi après-midi, le président d’Hydro-Québec Distribution, Éric Filion, a prévenu que certains foyers se trouvant dans des zones plus éloignées où aux endroits où le réseau a été fortement endommagé pourraient rester sans électricité jusqu’au début de la semaine prochaine.

Un arbre est tombé sur la rue Saint-François-Xavier, près de l’église Notre-Dame-des-Sept-Allégresses, à Trois-Rivières.
Un arbre est tombé sur une automobile qui venait de s’engager dans la côte Plouffe, vendredi matin.

Plusieurs routes fermées

Les dégâts causés par le vent ont entraîné la fermeture de plusieurs routes et la perturbation de la circulation partout dans la région. Le pont Laviolette a été fermé à la circulation aux camions lourds pendant une partie de la journée, en raison des vents.

Un automobiliste reposait dans un état critique après avoir fait une sortie de route sur l’autoroute 40, près de Louiseville, vendredi matin.

Un automobiliste a par ailleurs été conduit à l’hôpital dans un état critique, après avoir fait une sortie de route vers 7 h 45, vendredi matin, alors qu’il circulait sur l’autoroute 40 en direction est, près de Louiseville. Selon la Sûreté du Québec (SQ), il aurait traversé le terre-plein central et terminé sa course dans l’accotement d’une voie dans la direction inverse. L’homme a été éjecté du véhicule. La SQ croit que la vitesse et les forts vents pourraient avoir joué un rôle dans cet accident.

Une partie du toit du gymnase de l’école secondaire des Pionniers, à Trois-Rivières, s’est soulevée, forçant l’évacuation des quelque 1700 élèves.

Deux écoles évacuées

À Trois-Rivières, deux écoles secondaires ont dû être évacuées vendredi midi. Les élèves et le personnel de l’école des Pionniers de Trois-Rivières ont été évacués de façon préventive, car la membrane de la toiture d’un gymnase s’est décollée, en fin d’avant-midi. Les 1700 élèves qui fréquentent l’établissement ont donc dû rentrer à la maison, en autobus scolaire ou en empruntant les autobus de la STTR, pour les élèves qui utilisent ce moyen de transport. En attendant les autobus, les élèves ont pu trouver refuge au Collège Laflèche et des policiers ont supervisé le retour des élèves à la maison.

«Heureusement, il n’y a pas eu d’élève blessé, ils ont tous été en sécurité», assure Anne-Marie Bellerose, porte-parole de la Commission scolaire du Chemin-du-Roy.

Mme Bellerose ajoute que l’école sera ouverte lundi. Toutefois, les périodes d’éducation physique devront être réaménagées, puisque le gymnase restera fermé jusqu’à ce que le toit soit réparé.

L’Académie les Estacades, dans le secteur de Cap-de-la-Madeleine, a elle aussi été évacuée vendredi, en raison d’une panne d’électricité. Mme Bellerose mentionne que des écoles primaires sous sa juridiction ont aussi été privées de courant, mais leur évacuation n’a pas été nécessaire.

«Dans une école primaire, il y a plus de fenestrations et c’est plus facile de s’ajuster pour s’assurer que les repas soient donnés à la cafétéria. C’est plus sécuritaire pour les enfants de rester sur les lieux et c’est moins un casse-tête pour les parents, puisque les enfants ne peuvent pas rester seuls à la maison», souligne-t-elle.

L’école secondaire L’Escale de Louiseville s’est également retrouvée plongée dans le noir une partie de l’avant-midi. Toutefois, les activités n’ont pas été interrompues, étant donné que l’école est munie de génératrices. Selon Mme Bellerose, des commerçants de Louiseville ont fourni des repas aux élèves.

Du côté des commissions scolaires de la Riveraine et de l’Énergie, aucune école n’a été fermée.

Le recouvrement du toit d’Auto Jean 23, à Trois-Rivières, a été complètement arraché par les vents, vendredi.

Nombreux dégâts

Plusieurs autres toitures ont été arrachées ou endommagées sérieusement par les vents violents, à plusieurs endroits à Trois-Rivières. Plusieurs commerces ont dû fermer temporairement en raison des pannes de courant ou de dégâts subis. Ce fut le cas d’Auto Jean 23, au coin des boulevards Jean-XXIII et Mauricien. Le recouvrement de la toiture a été complètement arraché, en fin d’avant-midi. Le garage mécanique, qui a également été affecté par une panne d’électricité, a dû fermer ses portes. Le propriétaire de l’établissement, Réjean Émond, restait serein malgré ce malheur, qui survient alors que les garages sont très achalandés alors que les gens sont nombreux à faire installer leurs pneus d’hiver. «Au moins, tout le monde respire, personne n’est blessé», se réjouit-il.

M. Émond relève qu’il s’agit de la deuxième fois que son toit est arraché par les vents. Il l’avait fait refaire il y a sept ou huit ans. «On m’avait dit: ‘‘tu as le temps de mourir deux ou trois fois avant que ce soit à refaire’’», mentionne-t-il avec ironie. Le propriétaire ignore pour le moment s’il devra garder son établissement fermé jusqu’à ce que le toit soit réparé, puisque celui-ci n’est plus étanche. Un représentant de son assurance, venu sur les lieux, prévient toutefois que les assureurs de la province sont débordés, ce qui devrait ralentir le processus de réclamation.

Le toit de l’ancienne Coop fédérée, sur la rue Saint-Joseph, a également été abîmé, vendredi. Le centre-ville de Trois-Rivières n’a pas non plus été épargné, alors que de nombreux arbres et branches sont tombés sur les fils électriques, des voitures et même sur des maisons. Un arbre est tombé sur une automobile qui venait de s’engager dans la côte Plouffe, paralysant cette voie de circulation et ralentissant du même coup la circulation sur le boulevard des Forges à cette hauteur. La voiture a subi de lourds dommages. À quelques centaines de mètres, un autre arbre est tombé sur la clôture qui entoure le parc Sainte-Marguerite et forçait les automobilistes à faire un écart pour l’éviter, puisqu’il obstruait une partie de la voie carrossable. Plusieurs arbres sont également tombés sur des maisons. Sur la rue Laviolette, une partie de la toiture d’un bloc à logements s’est arrachée et a atterri près de la rue Panneton. Les pompiers de Trois-Rivières se sont rendus sur les lieux pour vérifier l’intégrité de la structure. Des voitures ont aussi été sérieusement endommagées après avoir reçu des briques qui se sont détachées du mur d’un édifice, sur la rue Marion.

La Ville de Trois-Rivières a mis sur pied une cellule de mesures d’urgence impliquant plusieurs directions, dont celles des communications, de la police et du service de sécurité incendie, afin de répondre efficacement aux signalements d’arbres tombés et de fils électriques pendants.

Les vents violents ont également causé des soucis aux Shawiniganais. La circulation sur certaines rues a été compliquée par la chute d’arbres et de branches, notamment sur le chemin de Sainte-Flore, qui a été fermé entre les chemins du Lac-Paulette et du Lac-Vergne. Selon la Ville de Shawinigan, quelques abris d’auto se sont envolés sous la violence des rafales, mais la situation était dans l’ensemble moins pire qu’à Trois-Rivières.

La situation était similaire à Louiseville. Quelques branches sont tombées sur des fils à haute tension et quelques bardeaux ont été arrachés sur des toitures, mais sans que la situation prenne l’ampleur de celle vécue à Trois-Rivières, selon le maire Yvon Deshaies. La Ville de Louiseville a par ailleurs mis sur pied une brigade de pompiers chargés de faire le tour de la ville pour répondre aux problématiques survenues, mais ils n’ont pas eu à faire d’intervention majeure, assure M. Deshaies. Celui-ci indique que 1300 foyers ont été privés d’électricité au cours de la journée, principalement dans la partie est de la ville.

En début de soirée, la Ville de Nicolet indiquait que près de 80 % des foyers sur son territoire étaient sans courant et invitait les résidents touchés à se faire héberger chez des amis ou de la parenté, puisque le rétablissement pourrait prendre du temps. La Ville n’a pas ouvert de centre d’hébergement d’urgence, vendredi, mais pourrait revenir sur sa décision si cela devenait nécessaire. De nombreux dégâts causés par le vent, la chute d’arbres et des débris bloquant la voie publique ont également été rapportés aux autorités municipales.

Des véhicules ont été endommagés lorsque des briques sont tombées du mur d’un immeuble de la rue Marion, à Trois-Rivières.

Retour à la normale

Les vents ont heureusement diminué d’intensité dans la région au cours de l’après-midi. La situation devrait revenir à la normale d’ici samedi matin, du moins, sur le plan de la météo.

«Les vents ont perduré un peu plus longtemps que nous le pensions, mais ça s’estompe tranquillement. Les précipitations associées à ce système sont elles aussi terminées», indiquait Alexandre Parent, météorologue à Environnement Canada, en début d’après-midi.

Au plus fort de la tempête, des rafales ont soufflé jusqu’à 90 km/h, dans la plupart des régions du Québec. Selon M. Parent, il est toutefois probable qu’elles aient été encore plus fortes à certains endroits, notamment à Trois-Rivières. «Quand on parle de dommages aussi importants (que ceux à Trois-Rivières), c’est qu’il y a probablement eu localement des rafales qui se sont approchées de 110 ou même 120 km/h», explique-t-il.

Une autre raison qui explique pourquoi la capitale mauricienne a été aussi durement touchée est la provenance du vent. Habituellement, selon M. Parent, les vents forts que subit Trois-Rivières viennent du nord-est et sont canalisés le long du fleuve, alors que cette fois-ci, les rafales venaient du secteur sud-ouest.

«Ç’a été une tempête vraiment intense, autant en termes de quantité d’eau que de vitesse de vent, pas du même style que l’on peut avoir habituellement en automne ou au printemps. Ça ne veut pas dire qu’il n’y en a pas eu d’autre, mais ça fait 19 ans que je suis météorologue et je ne suis pas capable de me rappeler d’une situation similaire à celle qu’on vit présentement», souligne M. Parent.

Risque de glissement de terrain

La Sécurité civile confirme qu’à part l’automobiliste qui a effectué une sortie de route vendredi matin, aucune blessure associée aux vents violents n’a été rapportée aux autorités. «On est en mode rétablissement. On travaille de concert avec Hydro-Québec pour que le courant puisse revenir le plus rapidement possible dans les secteurs prioritaires, notamment ceux avec un hôpital. Mais c’est sûr que ça va prendre encore plusieurs heures, voir plusieurs jours dans certains cas, avant que le courant soit rétabli partout», indique Sébastien Doire, directeur régional de la Sécurité civile.

La plupart des situations dangereuses, soit les fils électriques pendants et les arbres et poteaux tombés sur la voie publique, étaient toutefois réglées ou en voie de l’être.

La Sécurité civile demeurera toutefois attentive aux signes avant-coureurs de glissement de terrain. En raison des importantes quantités de pluie tombées jeudi soir, le sol s’est gorgé d’eau, ce qui pourrait entraîner des mouvements de sol. M. Doire invite les citoyens qui voient des signes précurseurs de glissement de terrain, comme des fissures dans le sol, à avertir sans délai les autorités municipales.