La vétérinaire de la clinique Méliblack, Mélissa Blackburn, a informé la population de La Tuque qu’elle ne procéderait plus au dégriffage des chats. Mme Blackburn tient dans ses mains des «soft paws», une des solutions proposées par les vétérinaires.

De moins en moins de chats dégriffés

La Tuque — Le dégriffage du chat, l’onyxectomie pour les spécialistes, consiste en l’ablation des dernières phalanges des pattes du félin. Une pratique que plusieurs vétérinaires remettent désormais en question. Dans la région, certaines cliniques n’offriront plus cette chirurgie à leur clientèle à compter de 2018.
Les «soft paws» sont une des alternatives proposées par les vétérinaires.

«Avec dix ans d’expérience, je pense que je suis rendue à une étape dans ma vie où je peux dire que cette chirurgie-là, moi je ne me sens plus à l’aise du point de vue moral de la faire», a lancé d’entrée jeu la vétérinaire latuquoise Mélissa Blackburn, qui fait partie de ceux qui n’offriront plus le service.

«Quand on dit aux gens que c’est une amputation, les gens reviennent parfois sur leur décision. Ils ne sont pas au courant. Notre travail c’est aussi d’éduquer les propriétaires. Il y a des solutions et des trucs à adopter», ajoute-t-elle.

À l’Hôpital vétérinaire trifluvien, la pratique de l’onyxectomie sera également chose du passé en 2018. Dans un long message destiné à la clientèle, l’organisation explique que c’est à la suite de l’interdiction de la taille d’oreilles et de queues qu’elle s’est penchée sur la question éthique des chirurgies non essentielles chez les animaux de compagnie. 

«L’Hôpital Vétérinaire Trifluvien en est venu à la conclusion que l’onyxectomie est une procédure n’apportant aucun bénéfice à l’animal, voire des risques et complications inutiles chez les chats. Bref, c’est avec une grande fierté que notre hôpital a décidé de se joindre à plus de 35 pays dans le monde et plusieurs établissements vétérinaires québécois à cesser cette pratique dans le but d’administrer des soins justifiés de qualité à nos petits félins adorés», peut-on lire.

Cette pratique de plus en plus controversée chez les chats domestiques sera d’ailleurs un sujet et un enjeu prochainement pour l’Association des médecins vétérinaires du Québec en pratique des petits animaux (AMVQ).

«C’est un sujet sur lequel on veut se pencher dans les prochains mois. On a sondé nos membres et il y a environ 50 % d’entre eux qui sont contre le dégriffage. Dans le 50 % qui reste, ce qu’il faut réaliser, c’est qu’il y a encore une forte pression de la clientèle. […] Il ne faut pas leur en vouloir. On a besoin de faire plus de sensibilisation avant de se rendre à interdire la procédure», a fait savoir Valérie Trudel, présidente de l’AMVQ.

On note par ailleurs une augmentation de la prise de conscience de la population vis-à-vis l’opération.

«Il y a de plus en plus de propriétaires qui sont au courant de ce que c’est et qui sont ouverts à nos explications. Par contre, il y a encore un grand pourcentage de clients pour qui c’est essentiel», note-t-elle.

«Pour éviter le dégriffage, il faut un effort du propriétaire comparativement au dégriffage qui est assez simple et efficace pour l’humain.»

La remise en question du dégriffage ne date pas d’hier, mais le sujet est de plus en plus d’actualité, surtout depuis l’adoption de la Loi visant l’amélioration de la situation juridique des animaux qui stipule que désormais, les animaux sont considérés légalement comme des êtres doués de sensibilité ayant des impératifs biologiques.

«Je ne crois pas que c’est la loi qui fait que ça change. Le fait qu’on soit rendu comme société à mettre en place une loi comme ça nous fait dire qu’on est de plus en plus sensibilisé à la souffrance animale. Le dégriffage, c’est une chirurgie esthétique. C’est pour l’humain. Le chat n’en retire aucun bénéfice et c’est une procédure qui va amener de l’inconfort à l’animal», insiste la vétérinaire Valérie Trudel.

Alors qu’au Canada la pratique est encore acceptée, l’intervention est considérée scandaleuse et même totalement interdite dans des dizaines de pays à travers le monde. 

L’Association des étudiants en médecine vétérinaire du Québec (AEMVQ) a publié une capsule sur Facebook récemment afin d’informer la population sur cette opération. Le président de l’AEMVQ, Jean-Simon Richard, affirme d’ailleurs dans cette vidéo que les étudiants en médecine vétérinaire se sont positionnés à l’unanimité en faveur d’une interdiction du dégriffage dans la province.

«On voit que les nouvelles générations de vétérinaires ont tendance à se positionner très clairement contre le dégriffage, alors oui, ça va devenir un enjeu», a indiqué Mme Trudel.

À la SPA Mauricie, on ne dégriffe aucun chat à l’intérieur des murs. Pour l’instant, on ne refuse pas l’adoption d’un chat à un propriétaire qui a l’intention d’avoir recours à cette pratique. Par contre, on veut se pencher sur la question éventuellement. D’ici là, on veille aussi à ce que le client ait en main toute l’information nécessaire sur l’opération elle-même et sur les options efficaces. 

«Il y a des gens qui nous font la demande, mais nous on ne dégriffe pas. On émet des bémols au niveau du dégriffage. On n’en fait pas ici et on incite fortement les gens à utiliser les alternatives», a indiqué Sarah-Lise Hamel, responsable communication et marketing à la SPA Mauricie

«On va leur parler de taille régulière de griffes et on va leur montrer comment faire. Également, on leur parle de l’application des capuchons qui sont comme des faux ongles, des gaines de caoutchouc qu’on place par-dessus les griffes qui durent de 4 à 6 semaines. On leur explique aussi comment habituer le chat à utiliser les poteaux à griffes», a-t-elle ajouté.

Évidemment, cette décision ne fait pas que des heureux, même si la majorité des clients sont en accord.

«Il reste un petit pourcentage de gens qui disent ne pas vouloir briser leurs meubles… Je respecte ces gens-là», a indiqué Mélissa Blackburn.

«Par contre, ce n’est pas vrai qu’il y a plus d’abandons parce que les chats ont leurs griffes. Il y en a plein de chats qui n’ont pas de griffes qui sont abandonnées. Les causes d’abandon sont principalement les déménagements, les allergies, les problèmes de malpropreté ou d’agression, pas les griffes», a-t-elle conclu.